The Murder Pit

La Grande-Bretagne victorienne et ses crimes est une époque plutôt fascinante. Qu’ils s’agissent de fictions comme les histoires de Sherlock Holmes ou de cas réels comme Jack l’Éventreur et ses victimes, je me laisse facilement convaincre par les livres sur cette thématique. Quand j’ai trouvé The Murder Pit de Mike Finlay à l’aéroport d’Édimbourg, je n’ai pas résisté (surtout que j’en ai profité pour récupérer une nouvelle édition de Good Omens). Un vol chaotique et quelques heures plus loin, je ne regrette pas mon choix.
The Murder Pit est le deuxième roman dans la série des Arrowood Mysteries. Et même s’ils ont tout deux été traduits en français, je ne connaissais pas du tout cet univers. Heureusement, celui-ci peut se lire de manière indépendante.
Le livre met en scène William Arrowood, un détective privé londonien qui se voit comme un rival de Sherlock Holmes, mais dont la clientèle est nettement plus pauvre, et la réputation nettement moins glorieuse. Engagés par un couple dont la fille, handicapée mentale, refuse tout contact avec eux depuis son mariage avec un fermier, Arrowood et son assistant vont se plonger dans les ho
rreurs de l’exploitation des aliénés et autres imbéciles, comme on les appelait à cette époque. Et découvrir au passage quelques cadavres.
À la différence de Sherlock Holmes, William Arrowood n’est pas un bon détective. S’il sait lire les émotions de ses interlocuteurs et tirer des déductions stupéfiantes du moindre détail, il n’a aucun contrôle sur ses propres sentiments, et ses décisions impulsives sont parfois de vrais freins à la poursuite de l’enquête. Quand elles ne sont pas purement et simplement odieuses.
Malgré cela, et surtout parce que ce n’est pas Arrowood le narrateur, mais son assistant, Mike Finlay sait rendre ses personnages attachants. Il fournit un récit très bien documenté sur des aspects assez méconn
us de l’ère victorienne comme le travail à la ferme et la vie dans la banlieue de Londres. Il fait également le choix d’utiliser la terminologie de l’époque au risque de choquer le lectorat moderne, mais ni lui ni ses personnages ne la cautionne non plus que l’eugénisme et le racisme qu’elle sous-entend. Au final, si tout n’est pas parfait dans ce récit policier, l’histoire se termine plutôt bien pour les « gentils ». Mon seul regret est qu’il n’était pas très difficile de mettre un nom sur le coupable. The Murder Pit reste une lecture plaisante et légère, malgré le thème abordé.

The Murder Pit
de Mike Finlay
Éditions HQ Stories

Deux variations autour de Sherlock Holmes

Avouons-le d’entrée de jeu, Sir Arthur Conan Doyle m’ennuie comme écrivain. Je trouve son style souvent trop maniéré pour me séduire. Pourtant, son personnage le plus connu me fascine. Que ce soit en anime, au cinéma ou dans ses différentes incarnations télévisuelles, Sherlock Holmes en prototype du détective britannique distant et abrupt, mais efficace m’attire. Du coup, à défaut de lire les romans et nouvelles de son créateur, j’aime assez découvrir ce qu’en ont fait d’autres auteurs. Voici deux variations de l’univers molmesien intéressantes.
La première est signé Caleb Carr. Connu pour les enquêtes policières du Dr Laszlo Kreizler (L’Aliéniste, L’ange des ténèbres) qui se situent à la même période que celles d’Holmes et Watson (fin 19e
début 20e) mais de l’autre côté de l’Atlantique, Caleb Carr est a son aise pour bâtir une intrigue policière. Le roman qui nous occupe, Le Secrétaire italien, pourrait tout à fait s’intégrer à l’œuvre de Conan Doyle sans trop dépareiller. Petit bonus pour moi, il fait apparaître l’un de mes personnages secondaires favoris, Mycroft Holmes. Le résultat est une intrigue solide au sein du palais royal d’Holyrood (à Édimbourg en Écosse) et bien ficelée. Malgré l’utilisation ingénieuse d’armes médiévales, elle reste à mon goût trop classique et trop proche du modèle original. Mais elle a au moins le mérite de confronter Holmes et Watson au surnaturel, comme dans Le Chien des Baskerville.

La deuxième variation est signée Kim Newman que je connaissais principalement pour sa trilogie Anno Dracula, Le Baron rouge sang et Dracula Cha Cha Cha où il imagine un monde où Dracula sort vainqueur de son affrontement avec Jonathan Harker, et vampirise cette chère reine Victoria pour s’emparer du trône anglais. Un tel auteur ne pouvait donc pas faire dans le classique avec le mythe holmesien. Et pour preuve, avec Moriarty, le chien des d’Urberville, Kim Newman prend le contrepied du cadre établi par Arthur Conan Doyle et choisi de s’intéresser aux deux principaux antagonistes d’Holmes : le professeur Moriarty et le colonel Moran. Il imagine que les deux se sont associés dans une agence du crime pendante parfaite de l’agence de détectives de Sherlock Holmes. Le colonel Moran tenant ici le rôle du docteur Watson, c’est lui le narrateur des septs affaires rassemblées dans ce recueil. Chacune étant le pendant obscur d’une affaire connue de Sherlock Holmes. Sauf qu’il ne s’agit pas ici de résoudre une énigme, mais bien pour Moriarty et ses acolytes d’arriver à leurs fins criminelles de façon la plus astucieuse possible. Et si certaines de ces aventures ne se terminent pas toujours bien pour nos « héros », elles ne manquent jamais de piquant et se savourent avec plaisir.
Et vous quelles sont vos variations autour de Sherlock Holmes préférées ? 

Le Secrétaire italien
de Caleb Carr
traduction de Jacques Martinache
Éditions Pocket

Moriarty – le chien des d’Urberville
de Kim Newman
traduction de Leslie Damant-Jeandel
Éditions Le livre de poche