Histoires illustrées de la Chine

Reçu à Noël dernier, Histoires illustrées de la Chine fait partie de ces beaux livres qui se dégustent petit à petit. Un conte par-ci, une légende par-là en prenant le temps d’en admirer les illustrations. C’est en effet un court recueil de treize histoires traditionnelles chinoises. Celles-ci sont souvent comiques comme La renarde et le tigre ou Il n’y a pas d’argent enterré ici, ou plus poétique comme Le rêve du papillon D’autres sont nettement plus connues comme Le roi Singe. Celle-ci, la plus longue de ce recueil, est en effet une énième version de la saga bouddhiste de Hanuman adapté à la cosmogonie chinoise. En Europe, tous ceux qui ont vu ou lu Dragon Ball étant enfant y retrouveront beaucoup d’éléments communs, puisque le manga puise à la même source.
Conçu par ses créateurs, Rosie Dickins et Andrew Prentice, comme une façon de découvrir la culture chinoise à travers ses récits les plus iconiques, ce livre propose certes des histoires très éloignées de ce qui nous est familier. C’est notamment le cas de La perle qui brillait dans la nuit ou du Mariage de la souris. Et d’autres qui sont au contraire très proches des contes traditionnels européens. La grand-tante tigre évoque furieusement Le Petit chaperon rouge et Les pantoufles d’or rappelle fortement Cendrillon. Sauf que dans ces deux cas-là, l’histoire est nettement moins sanglante que dans la version de Charles Perrault.
Outre les textes eux-mêmes, ce livre se distingue par des illustrations reproduction de peintures dans le style traditionnel chinois. C’est d’ailleurs la couverture du livre qui avait d’abord attiré mon regard. Et du coup, l’histoire Le Peintre et les dragons prend une autre saveur en regardant les illustrations qui y sont liées.
Que vous connaissiez ou non la Chine et sa culture, ce livre est un bon point de départ pour tous les amateurs de contes, quelque soit leur âge.

Histoires illustrées de la Chine
de
Rosie Dickins et Andrew Prentice
Traduction de Nathalie Chaput
É
ditions Usborne

 

Les Seigneurs de l’Instrumentalité

Les éditions Mnémos se sont lancées dans des travaux colossaux : rééditer en un seul volume certaines intégrales cultes de la science-fiction. Notamment un cycle que j’avais lu, adolescente, par petits bouts chez Presse Pocket, mais qui m’avait marqué en me laissant des petites phrases en tête comme un « pensez bleu, comptez deux » murmuré rituellement au moment d’entrer en salle d’examen ou avant un entretien professionnel : Les Seigneurs de l’Instrumentalité de Cordwainer Smith.
Cet énorme pavé — près de mille pages, 97
6 exactement en comptant les annexes — n’est pourtant pas malgré la mention de couverture, une édition intégrale. De son propre aveu, Timothée Rey explique dans la préface avoir écarté deux nouvelles, car la paternité de Cordwainer Smith en est douteuse. Vous pouvez les lire dans les éditions Presse Pocket si vous le souhaitez. En revanche, il a l’avantage de les présenter de manière chronologique autant que possible par rapport à l’histoire du futur que raconte Cordwainer Smith. Concrètement, cet ouvrage se divise en quatre livres. Deux recueils de nouvelles (Les Sondeurs vivent en vain et La Planète Shayol) et un roman (Norstralie, paru chez Presse Pocket sous le titre L’homme qui acheta la Terre), le tout suivi de nouvelles moins faciles à caser dans la continuité, des annexes et du glossaire. Vous pouvez piocher une nouvelle par-ci, une nouvelle par-là, commencer par la fin (Norstralie), ou tout simplement partir du début à la découverte d’une des œuvres de science-fiction les plus poétiques qui soient.
Personnellement, je vous conseillerais de commencer par
Norstralie si vous ne connaissez pas du tout Les Seigneurs de l’Instrumentalité. Vous découvrirez les concepts les plus importants en même temps que Rod McBan, le personnage principal, et vous aurez une vue d’ensemble de l’univers de Cordwainer Smith avec les principales factions impliquées. De plus, le roman ne manque pas d’humour et reprend une trame classique de « passage à l’âge adulte » d’un adolescent sortant de la norme avec moult aventures au programme. Personnellement, les ayant déjà lus, j’ai préféré recommencer du début. Et voir ainsi, touches par touches, la mise en place de l’univers qui se situe à l’époque de Norstralie entre 20 000 et 30 000 ans après la Seconde guerre mondiale. J’avoue que certaines nouvelles fondatrices comme Mark Elf, Non, non, pas Rogov ! ou Les Sondeurs vivent en vain m’ont ennuyée. En revanche, je me suis laissé happer par les autres histoires. Certaines comme La Planète de Gustible m’ont bien fait rire. Et d’autres comme Pensez bleu, comptez deux, Le jeu du Rat et du Dragon ou Sur la planète des Sables m’ont surprise à la relecture par leurs cruautés enrobées de poésie.
C’est ce mélange de barbarie et de douceur qui fait la force de Cordwainer Smith. Dans un univers de science-fiction remplit de vaisseau traversant l’espace, de planètes étranges et de créatures encore plus étranges (comme le sous-peuple, ces animaux évolués de force à la manière de L’Ile du Docteur Moreau, la douleur en moins), les histoires qu’il raconte dans Les Seigneurs de l’Instrumentalité ont la puissance des contes de fées de Perrault, d’Andersen ou de Grimm. Et parfois, la même noirceur présente également dans ces contes. Le jour de la pluie humaine, La Dame défunte de la Ville des Gueux ou La mère Hitton et ses chatons en sont des exemples parfaits.
Qu’il s’agisse d’une première lecture ou d’une relecture, ce livre est un régal. À offrir, s’offrir ou se faire offrir pour toute personne aimant la science-fiction ou voulant découvrir ce genre sans s’embarrasser de terminologie technique.

 

Les Seigneurs de l’Instrumentalité
de Cordwainer Smith
Traductions de Michel Demuth, Alain Dorémieux, Denise Hersant, Yves Hersant, Simone Hilling, Michel Deutsch et Pierre-Paul Durastanti, révisées par Pierre-Paul Durastanti pour la présente édition.
Éditions Mnémos