Nouvelle plume mise en avant depuis quelques années par Le Bélial’, Ray Nayler fait partie de ces auteurs dont je ne sais si la lecture va m’émouvoir ou m’intriguer, ou si elle va m’ennuyer. Son recueil, Protectorats, fut – passé la première nouvelle – une très bonne découverte. Le roman et la novella qui ont suivi font partie des livres tombés dans la catégorie « Un jour faudrait peut-être que je le finisse » (et pour l’UHL que je retrouve dans quel sac ou quelle crevasse spatio-temporelle, l’ouvrage s’est glissé). Le livre d’aujourd’hui, Où repose la hache, m’a d’abord attiré par sa couverture. Le monstre mécanique me rappelle à la fois l’ED-209 de Robocop et les marcheurs de la novella Cuirassés d’Adrian Tchaikovsky, deux œuvres que j’ai aimées. C’est bon signe, non ? Comme vous lisez ces lignes, vous pouvez en déduire que ce roman a été lu jusqu’au bout et jugé digne de vous le présenter.
Dans ce livre, Ray Nayler nous dépeint un monde dans un futur proche où l’Est et l’Ouest sont sous des régimes surveillant constamment leurs populations. À l’Est, la Fédération est sous la coupe d’un Président perpétuel qui, à chaque fois que son corps le lâche, fait transférer son esprit dans un autre « vacant » de chair artificiellement cultivé. À l’Ouest, les différents gouvernements nationaux ont peu à peu été remplacés par des intelligences artificielles qui déploient la Rationalisation, pour mieux répondre aux besoins des populations en fonction des ressources disponibles et de leur programmation (et notamment définir qui fait réellement partie de ladite population). Dans cet univers, l’auteur va nous raconter l’histoire de différents personnages de chaque côté à un moment où les différents régimes sont en position de faiblesse. À l’Est, le Président se meurt plus vite de prévu et à l’Ouest, l’IA d’une petite république augmente sans cesse le prix de l’énergie jusqu’à provoquer une révolte populaire. Est-ce le début de la fin ? Ou, au contraire, l’arrivée d’un nouveau cycle pour l’Humanité ?
Comme à son habitude dans ses romans, Ray Nayler multiplie les points de vue. Ici, il choisit des protagonistes qui, malgré leurs postes annexes, vont se retrouver consciemment ou non, au coeur de cette bascule. Et… contrairement à La Montagne sous la mer, les chapitres sont courts et le lien – parfois ténu – entre chaque personnage et situation se devine assez vite, ce qui évite à la lectrice d’avoir l’impression de lire plusieurs livres en même temps. En revanche, le monde dépeint par l’auteur n’est pas des plus gais que l’action se passe dans la Fédération, à Londres ou encore à Istanbul. Et l’écrivain réemploie certains éléments déjà présents dans ses précédents écrits, comme le connectome qui permet de transférer esprit et mémoire ou les drones animaux ultraréalistes utilisés, entre autres pour espionner les populations. En revanche, à l’exception peut-être de Nikolaï le médecin ou de Nurlan, les différents personnages présentés n’ont pas réussi à retenir mon intérêt ou m’émouvoir sur leur sort. Mais, malgré l’univers terne un peu trop probable qu’il dépeint – où à cause de lui ? –, j’ai lu avec curiosité ce livre en me demandant où il allait me mener. Et la fin ouverte est tout autant porteuse d’espoir que de crainte. Oui, pour moi, ce roman fait partie des bons crus de cet auteur. En sera-t-il de même pour le suivant ?
Où repose la hache
De Ray Nayler
Traduction de L’Épaule d’Orion et Henry-Luc Planchat
Éditions Le Bélial ’
