Demain et le jour d’après

Dans la série des livres qui donnent envie de relire d’autres livres, je demande Demain et le jour d’après de Tom Sweterlitsch. Second roman paru en français de l’auteur, mais écrit avant Terminus, ce livre est un thriller cyberpunk particulièrement noir dépeignant une vision des États-Unis traumatisés par l’explosion d’une bombe nucléaire sur son sol, qui a rasé la ville de Pittsburgh.
Dix ans après,
celle-ci n’existe plus que dans l’Archive : une simulation informatique effectuée à partir de toutes les traces laissées par ses habitants, leurs neurospams et les différentes caméras présentes dans la ville. Les survivants éplorés visitent l’Archive pour revivre leurs souvenirs.
John Dominic Blaxton, lui, s’y immerge quotidiennement pour deux raisons : l’une pour faire son travail d’enquêteur pour les a
ssurances et l’autre pour retrouver jour après jour sa femme, morte dans l’explosion. Jusqu’au jour où il tombe sur l’affaire de trop, et se retrouve au cœur d’une machination mélangeant politique, perversion meurtrière et grand capitalisme.
Les États-Unis dépeints par Tom
Sweterlitsch sont particulièrement glauques. La devise non officielle se résume à « Achetez américain !! Baisez américain !! Vendez américain !! ». Avec le neurospam directement implanté sur la boîte crânienne de la plupart des adultes, ceux-ci sont exposés en permanence au pire de la publicité et des tréfonds du Web : propagande pour les drogues et le sexe tarifé sous toutes ses formes directement sur la rétine, classement télévisé en temps réel des meilleurs suicides et des plus belles victimes de féminicides avec mise en avant des aspects les plus privés de leurs passés, retour des exécutions publiques télévisées en guise de lancement de la Fashion Week, etc. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire Demain et le jour d’après. Tout comme il faut l’avoir pour lire Le Quatuor de Los Angeles, d’un certain James Ellroy.
Et le protagoniste de Demain et le jour d’après aurait pu être un personnage d’Ellroy. Comme eux, il est dépressif (et plus exactement souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique) qu’il soigne à coup de drogue
s et d’activité compulsive (ses séjours dans l’Archive) ; comme eux, il est obsédé par des femmes mortes qu’il tente de sauver ou de réhabiliter alors même que son univers se détériore. Comme Le Dahlia noir, Demain et le jour d’après est un thriller parlant du deuil, de l’absence, de la culpabilité du survivant et d’un monde en pleine déliquescence. Sauf que nous sommes ici dans un futur possible, où la déconnexion n’existe quasiment plus et où tout se joue sous le regard avide de tous. Attention néanmoins, Demain et le jour d’après est un premier roman, et il n’est pas exempt de défauts. Contrairement à Terminus, le démarrage est lent et il y a quelques longueurs. Toutefois, au final, il vous happe et vous ne le lâchez plus jusqu’à la dernière ligne.

Demain et le jour d’après
de
Tom Sweterlitsch
Traduction de Michel Pagel

Éditions
Albin Michel

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