Quoi de mieux pour replonger dans la science-fiction en ce mois de l’imaginaire que de découvrir le nouveau roman de Becky Chambers. Le recueil de nouvelles, Une très bonne hérétique, paru l’an dernier ayant laissé son public sur sa faim, l’autrice revient avec un nouveau diptyque dont le premier tome, À ton éveil, fends la cosse, est sorti en même temps en version originale et en français.
D’ailleurs, attardons nous un instant sur la forme de la première édition de ce roman. L’Atalante a fait le pari osé de l’imprimer en violet, voir pour certaines pages en violet sur fond mauve plus clair. J’avoue que le résultat est non seulement beau, mais également reste très lisible et il ne fatigue pas les yeux au fil de la lecture. Les autres éditions seront, elles, imprimées de façon plus classiques.
Concernant l’histoire, Becky Chambers ouvre un nouvel univers avec ce livre. Un où la colonisation de l’espace hors Système solaire, s’est faite par « l’ensemencement » des autres systèmes stellaires par des arches automatiques qui terraforment plus ou moins les lieux puis élèvent à l’aide de robots la première génération de colons. Le système où se trouvent les protagonistes, Cora et Signy, fait partie de la deuxième vague de colonisation, celle qui ne vient pas de la mythique Terre, mais d’un autre système stellaire déjà ensemencé avec succès. Sauf que, malheureusement pour elles, Fortune la planète choisie n’est pas très hospitalière et, depuis des générations, la colonie humaine y est réduite à une ville flottante sous dômes, alors que les continents sont soumis à une activité volcanique intense et que l’atmosphère entre pluies acides et poussières omniprésentes n’est pas franchement respirable. Cora est pilote de rorquals – ici ce sont des animaux spatiaux comme les Acanti des X-Men ou les Fenjicks de Luce Basseterre – et souffre de la déteinte, une maladie professionnelle. Signy est une pépiniériste solitaire qui utilise en douce les plantes qu’elle cultive pour procurer des médicaments à ses clients.
Le livre va nous raconter comment ces deux femmes vont se croiser et s’aimer. Il présente une particularité. Il alterne entre les points de vue – celui de Cora et celui de Signy – mais également dans le temps. En effet, il nous narre à la fois le début et la fin de leur histoire. Comme l’indique la couverture, le récit tourne autour de deux planètes, à deux époques différentes : dans la première, les deux femmes ont la petite trentaine ; dans l’autre, elles approchent de la cinquantaine. Et comme c’est un diptyque, la suite sera à découvrir dans le volume suivant, Pour croître, suis la lumière.
Si vous ne connaissez pas Becky Chambers, ne vous attendez pas à un space opera plein d’action et de rebondissement. L’autrice excelle dans la description d’un quotidien à la fois très différent du notre, et très familier. Elle est également très douée pour nous faire partager les émotions de l’ensemble de ses personnages, même secondaires ou non-humaines. Et si certains pourront se dire « oui, bon il ne se passe rien », pour moi l’alchimie a fonctionné une fois de plus. Personnellement, alors que je suis bien la dernière à apprécier les romances, je me suis laissée emporter par l’histoire de Cora et de Signy, et j’ai hâte d’en découvrir la suite.
À ton éveil, fends la cosse
de Becky Chambers
Traduction de Marie Surgers
Éditions L’Atalante
