Après le space-opéra intimiste à la sauce Becky Chambers, le mois de l’imaginaire nous réserve une autre belle surprise en plein cœur de l’espace, Jours de Gloire d’Alastair Reynolds. Ici, l’auteur nous emmène dans un vaisseau générationnel, le Gloire qui voyage depuis des siècles et arrivera dans quelques décennies dans le système à coloniser. Dans ce vaisseau de 50 kilomètres de long, huit millions de personnes vivent et meurent, se font congeler et dégeler en fonction des besoins du vaisseau. Parmi elles, Youri Gagarine (oui, le cosmonaute du XXe siècle) est un dégelé qui travaille comme détective privé dans le vaisseau. Il se retrouve enquêter à deux morts suspectes dans les deux grandes familles rivales qui assurent la maintenance du vaisseau. Et si derrière un drame à la Romeo & Juliette se cachait un complot bien plus grand et dans le temps et dans l’ampleur ?
En pratique Jours de gloire commence un polar à l’ancienne avec la cliente mystérieuse, le détective privé un peu paumé, le flic ripou et alcoolique, avant de prendre une ampleur plus cosmique comme les aime Alastair Reynolds.
Le seul point qui m’a gêné dans ma lecture était la façon de parler de Gagarine reproduisant celle d’un Russe des années 1950-1960 parlant dans une langue qu’il ne maîtrise pas complètement, même si rien n’indique en quelle langue est censée parler la population de Gloire. Sont-ils pratiquement tous issus d’anglophones – comme l’auteur – ou parlent-ils une espèce de créole issus des différentes langues d’origines des passagers (comme les gens de la Ceinture dans The Expanse) ? Il y a un illogisme au premier abord – qui s’explique plus loin dans le récit, mais vous n’en saurez pas plus – qui m’a demandé un effort d’adaptation particulier. Pour le reste, si vous aimez les polars et que vous appréciez l’action et les retournements de situation de plus en plus phénoménaux, ce livre va vous séduire. Et si vous connaissez bien l’œuvre d’Alastair Reynolds, le grand secret de Jours de Gloire n’est pas une surprise. Mais cela ne gâche absolument pas la lecture. Encore une fois, en jouant avec des archétypes du polar, l’écrivain les détourne avec bonheur pour créer des personnages, humains ou artificiels, à la fois très drôles et très attachants. Comme par exemple, Spoutnik, à la fois robot fidèle et tellement maladroit qui finit par passer du simple assistant informatique au véritable second rôle comique et indispensable à la résolution de l’enquête et à la vie de Gagarine. Et Jours de Gloire est encore une fois un bon cru dans l’œuvre d’Alastair Reynolds, même si elle reste assez mineure par rapport à d’autres œuvres récentes comme Eversion ou La Maison des Soleils. Mais c’est une bonne entrée en matière pour les amateurs de murder mystery qui veulent s’essayer à la science-fiction et au space opera.
Jours de Gloire
d’Alastair Reynolds
traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions du Bélial’
