Parmi les différents livres en présélection en imaginaire pour le Prix des Auteurs Inconnus, Emazora — L’Esprit à la couronne fleurie de Claire Ivacci s’est fait remarquer par sa couverture flamboyante (signée Kateryna Vithovska). Il faut dire qu’elle intrigue et qu’elle se repère de loin sur l’étal du stand de sa maison d’édition en salon. Et la lecture de l’extrait lors de cette même phase m’avait donné particulièrement envie, m’attendant à tomber sur un équivalent des Carnets de l’Apothicaire, mâtiné de fantasy.
Hélas ma lecture finale fut moins enthousiaste, car ce livre souffre de quelques maladresses et d’un récit assez long à se mettre en place et à entrer dans le vif de l’action.
Déjà, l’empereur si mystérieux du prologue n’apparait plus du tout dans la suite du livre. Il est juste mentionné par certains personnages qui commentent ses nouveaux décrets. Peut-être parce qu’à en croire les librairies en ligne, il s’agirait d’un début de saga et qu’il reparaîtra en suite ? En tout cas, rien dans l’objet-livre lui-même n’indique qu’il s’agit d’un premier tome.
D’autre part, il est difficile de situer la temporalité de l’histoire. D’un côté, nous avons un empereur puissant, son épouse et ses concubines (ce qui ne correspond pas à la famille impériale japonaise actuelle) et des gens vêtus de façon quotidienne de tenues traditionnelles et avec un mode de vie ancestrale. De l’autre, certains objets modernes (comme le lecteur d’aura spirituelle d’Eizo) semblent exister ainsi que des modes de transports modernes. À chaque fois, je me suis arrêtée dans ma lecture pour savoir si le Kyoto décrit par l’autrice avait subi le même sort que le village de départ de Tsugai — Daemons of the Shadow Realm de Hiromu Arakawa et été magiquement coupé du XXIe siècle.
Mais le gros problème pour moi est que l’autrice a voulu trop bien faire. Elle a visiblement une idée très précise du fonctionnement de son univers et des rapports entre les esprits et le monde physique. Mais il en découle un certain manque de fluidité dans son écriture. Les phrases sont souvent chargées de détails. Les pages de descriptions abondent, et, hélas j’ai développé une allergie à ce type d’exposition depuis deux lectures scolaires d’Émile Zola où l’ouverture d’un trou de mine s’étale sur six pages). Et surtout, elle nous livre les informations essentielles comme accessoires par gros paquets assez maladroitement amenés ou, en particulier dans le premier tiers du livre, par une abondance de notes de bas de pages pas forcément pertinentes.
En revanche, passé ces défauts — de mon point de vue personnel de lectrice, pour en avoir discuté avec une amie chère, les points relevés ci-dessus ne l’ont-elle pas du tout gêné — l’histoire d’Emazora est intéressante, justement de par son interprétation du monde des esprits et de par ses différents rebondissements qui font à chaque fois sortir la lecture de son tracé classique (comme l’irruption du Maudit). Si j’ai trouvé Yuudai assez pénible pour son côté loup solitaire qui prend tout sur ses épaules (et je n’aime pas particulièrement ce type de personnage en manga ou en anime où ils sont courants), c’est le rôle qui lui convient. À l’opposé, la naïveté d’Hanae qui devrait normalement m’agacer profondément, m’a touché, même si j’avoue avoir préféré certains personnages secondaires aux deux protagonistes. Et certains passages, comme l’infiltration de la bibliothèque par les chasseurs, m’ont bien fait sourire.
Finalement, Emazora ne correspond pas forcément à ce que j’en attendais, mais ce n’est pas un mauvais premier roman, loin de là. Peut-être vous tentera-t-il plus que moi ?
Emazora — L’Esprit à la couronne fleurie
de Claire Ivacci
Éditions Pyrélion
