Toutes les saveurs

Que diriez-vous pour une fois de quitter les rives de l’imaginaire pour un court récit mêlant Orient et Far West ? Même si Toutes les saveurs de Ken Liu se retrouve dans la collection Une Heure-Lumière de Le Belial’, la dimension surnaturelle est à peine esquissée : un soupçon sur l’identité du narrateur, une guérison de blessure un peu trop rapide pour être honnête… En revanche, ce récit intimiste fera largement appel à votre imagination et vous fera voyager de la Chine des Trois Royaumes (correspondant à la période allant de 220 à 280 en Europe) à l’Idaho en pleine ruée vers l’or.
Petite fille, Lily s’ennuie cette été-là dans Idaho City. Les nouveaux locataires de son père, des immigrants chinois chercheurs d’or, la fascinent. En particulier l’un d’entre eux, Logan ou plutôt Lao Guan (
c’est à dire le vieux Guan), un géant débonnaire au teint rougeaud qui la prend sous son aile et lui fait découvrir l’histoire et la culture de son pays d’origine. À charge pour elle et son père, de le guider lui et les siens dans ce Nouveau monde et cette nouvelle culture. Les chapitres alternent ainsi entre le présent de Lily et Lao Guan et les récits qu’il lui fait, que ceux-ci concernent un lointain passé avec l’histoire de Guan Yu, dieu de la guerre chinois, ou plus récent avec la traversée de ses compagnons et leurs premières expériences aux États-Unis pour construire les lignes de chemin de fer.
Par la forme du conte, Ken Liu s’attaque une nouvelle fois à une tranche d’histoire oubliée. Cette fois-ci de son pays d’accueil, les États-Unis (où il s’est installé préadolescent avec ses parents), et la façon dont les premiers migrants asiatiques ont été plus ou moins bien accueillis. Si Toutes les saveurs n’a pas la force de L’homme qui mit fin à l’histoire, il n’en a pas la dureté non plus. Même si le racisme et le quasi-esclavagisme que devaient subir ces travailleurs venus chercher fortune loin de leurs familles ne sont pas passés sous silence, Toutes les saveurs est l’un des récits les plus optimistes et doux que j’ai lu de Ken Liu. Attention, il donne faim, très faim.

Toutes les saveurs
de Ken Liu
traduction de Pierre-Paul Diurastanti
Éditions Le Bélial’

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