Lee Winters, shérif de l’étrange

Toujours dans le cadre des lectures confinées, j’ai récupéré ce livre étonnant chez Les Moutons électriques. Amatrice de pulps, je connaissais plutôt ceux qui comme les vieux « penny dreadful » tiennent de l’horreur gothique, soit ceux très orientés science-fiction avec tenue spatiale argentée et monstres extraterrestres. Jusqu’à présent, je n’avais pas eu l’occasion d’en lire dans le genre western. Jusqu’à Lee Winters, shérif de l’étrange. Cet ouvrage regroupe onze nouvelles de Lon T. Williams parues dans des magazines spécialisés au cours des années 50.
Elles mettent en scène le même protagoniste, le shérif adjoint Lee Winters (Note au traducteur : Winters est le nom de famille — ou surname en version originale —, pas le prénom comme indiqué dans les premières nouvelles), et les alentours de Forlon Gap où il est en poste. Dans cette ville de l’Ouest américain, après le passage de la Ruée vers l’or, les maisons se vident et les alentours se peuplent de créatures étranges. À chaque nouvelle, le surnaturel tient un rôle. Parfois sous couvert de fantômes et de monstres, ce sont des bandits en chair et en os
qui effectuent leurs méfaits. Parfois, les fantômes cherchent à se venger et guident le shérif pour obtenir réparation. D’autres fois encore, il se retrouve plongé au milieu d’événements réinterprétant les mythes amérindiens, grecs ou bibliques, voire des pans d’histoire lointains, sans réellement comprendre ce qu’il fait là. À chaque fois, son entêtement, son bon sens et son six-coups lui permettront de se tirer des plus mauvais pas.
Alignées les unes derrière les autres, et non étalées dans différents magazines sur plus de huit ans, ces onze histoires ont une structure assez répétitive avec des passages obligés dans le salon de Doc juste avant la fermeture par exemple. Malgré tout, leur style suranné, mais restant parfaitement lisible et le choix assez original des thématiques leur donnent un côté rafraichissant.
Une excellente découverte…

Lee Winters, shérif de l’étrange
d
e Lon T. Williams
traduction de Stéphan Lambadaris

Éditions
Les Moutons électriques

Storm of Locusts — The Sixth World T.2

Vous le savez déjà, j’aime la mythologie et l’urban fantasy. Une nouvelle série de ce genre mêlant les deux ne pouvait que séduire la fan de Rick Riordan qui sommeille en moi. D’autant plus que The Sixth World de Rebecca Roanhorse s’adresse à un public plus adulte que celui de Rick Riordan sans pour autant céder, pour l’instant, aux sirènes de l’érotisme ou de la romance classiques dans ce genre d’ouvrage. Si le premier livre, Trail of Lightning est disponible depuis peu en français sous le titre La piste des éclairs, il ne fait que poser les bases de ce monde. Je l’ai trouvé pour ma part plus convenu et moins intéressant que ce tome 2, Storm of Locusts.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, posons les bases. The Sixth World se passe dans u
n futur pas si lointain où changements climatiques et catastrophes sismiques ont complètement ravagé la face du globe et rogné considérablement l’Amérique du Nord. Seul territoire à peu près épargné par les Grandes eaux (the Big Waters en VO), le Dinétah, le territoire d’origine des navajos à cheval sur le Nouveau-Mexique, l’Utah, le Colorado et l’Arizona. Protégés par des murailles quasi mystiques, les gens de ce territoire doivent composer avec les monstres, les héros et les dieux de la mythologie Diné (comme les Navajos se nomment eux-mêmes). Parmi eux, Maggie Hoksie est devenue par un malheureux concours de circonstances, tueuse à gages spécialisée dans les monstres.
Dans Storm of Locusts, elle va affronter le White Locust, le leader d’un culte religieux apocalyptique qui s’en prend tout autant aux religions chrétiennes survivantes (dont les Mormons de l’Utah et leur fondamentalisme) qu’aux puissances des Diné. Ayant pris sous sa coupe deux proches de Maggie,
celle-ci va se lancer à sa poursuite et devoir affronter le monde extérieur. Si Trail of Lighning m’avait un peu lassé avec le côté classique de la guerrière indépendante avec un fort (mauvais) caractère, un passé violent qui l’a traumatisé lancée dans une quête de rédemption, Storm of Locusts s’avère plus complexe et plus profond que le précédent.
Au-delà d’un simple enchaînement d’action et de répliques cinglantes entre les divers personnages, Rebecca Roanhorse va parler sans y toucher de sujets plus graves : l’exploitation des terres indiennes par les compagnies pétrolières ou minières, la coutume des « child brides »
toujours présente aux États-Unis, les incohérences du fondamentalisme religieux mêlé au capitalisme à tout crin. Attention, cela reste un roman d’urban fantasy et non pas un traité politique, mais ces détails donnent plus d’épaisseur au roman et aux personnages. Storm of Locust approfondit également la mythologie Diné au-delà du mythe des héros jumeaux fils du Soleil, et de Coyote (Ma’ii). Nous y faisons ainsi connaissance avec d’autres dieux comme Tó Neinilii qui commande à la pluie ou Nohoilpe le dieu des jeux de hasard. Et nous en apprenons plus sur les différents clans qui donnent des pouvoirs surnaturels aux personnages. De quoi passer quelques heures passionnantes à s’évader dans l’Ouest sauvage.

Storm of Locusts
de Rebecca Roanhorse
Éditions Saga Press

L’Étrange cabaret des fées désenchantées

Les frimas de décembre incitent à se réfugier dans un fauteuil profond avec un bon livre et une boisson chaude pour y lire des histoires magiques. Pour cette saison, notre quête mythologique nous porte vers L’Étrange cabaret des fées désenchantées écrit et illustré par Hélène Larbaigt.
Dans ce cabaret fondé en 1884 par la fée galloise Morte Vanité et sa fille demi-humaine, Guinevra Applewood, les fées des quatre coins du monde et de tous les âges de l’humanité trouvent un refuge. Un endroit pour y retrouver un peu de leur lustre magique d’antan, quitte à ensorceler et gober l’âme de quelques spectateurs. De la Baba Yaga russe à la Circé grecque en passant par une fille de Gorgone, une déesse féline et son ami crocodile, une banshie adepte du vaudou ou 3 Nornes ayant troqué fils et runes contre des cartes de tarot et des chouettes pour lire le destin des visiteurs, ce bel ouvrage nous présente les particularités de chacune des membres de la troupe et nous conte son histoire. Cha
que récit est indépendant, mais il s’intègre tel un maillon dans la longue chaîne de la destinée de L’Étrange Cabaret et ses liens avec l’existence même de ses fondatrices.
Les différents récits sont tous richement illustrés. Ma préférence va au portrait de Morte Vanité et à la double page représentant Memory et les Jackrabbits dansant sur le pont de Prague. Des affiches de spectacles, des billets, des programmes ou des menus issus de l’Étrange cabaret accompagnent les différentes parties. Ils rythment la progression de la lecture à la manière des respirations du conteur lors d’une veillée ou de l’alternance des différents numéros dans un spectacle de music-hall. Ajoutez-y une préface de Claudine Glot et une postface de Pierre Dubois en Mme et M.Loyal de cet
Étrange Cabaret des fées désenchantées et vous obtiendrez le cadeau idéal à offrir à toutes les amoureuses et tous les rêveurs de Féérie.

L’Étrange Cabaret des fées désenchantées
de Hélène La
rbaigt
Éditions Mnémos

Fil rouge 2018 : Le regard des Furies

En farfouillant dans l’une de mes librairies favorites, je suis tombée sur Le regard des Furies de Javier Negrete. Je me suis dit que ce roman espagnol de science-fiction serait parfait comme entrée pour la sélection d’août du fil rouge (après le coup de cœur manga de mardi), d’autant que j’ai une totale méconnaissance de cette branche de la science-fiction. Après lecture, ce roman écrit en 1997 m’est apparu comme un OVNI, à la fois très visionnaire par certains côtés, et très old school tendance machiste pour le traitement de ses personnages. De quoi s’agit-il ? Dans Le regard des Furies, l’Humanité a atteint l’espace, mais elle dépend pour ses déplacements interstellaires du bon vouloir d’une autre espèce, les Tritons, jaloux du secret de ses compétences. Quand un vaisseau Triton s’échoue sur une colonie pénitentiaire terrienne, la sentence tombe : l’Humanité a 13 jours pour le rendre ou elle sera annihilée. S’engage alors une course contre la montre entre multinationales pour s’emparer de l’objet avant le délai imparti. Le tout se faisant à coup d’armes illégales depuis une vingtaine d’années : les génètes, des humains génétiquement modifiés. Et c’est là que commence la partie « old school »/« OSS117 ne répond plus » du roman avec l’apparition du personnage principal. Celui-ci, Eremos, est l’un de ces génètes, employé comme tueur sur gage par l’une des multinationale qui s’affrontent et croisement improbable entre Superman et James Bond. Manipulateur, il utilisera tous les moyens mis à sa disposition, y compris un sex-appeal au regard froid ravageur (sic) pour accomplir sa mission. Il croisera la route de deux « Eremos girls » qui l’aideront et d’une assassine sadique et vénéneuse, elle aussi génétiquement modifiée. L’originalité du roman vient de l’imbrication entre la mythologie et la linguistique, et l’intrigue de SF pure et dure du roman (comment réussir à aller plus vite que la lumière). Ce sont ces connaissances remontant à l’Antiquité humaine qui montreront au « héros » la voie pour comprendre le mystérieux objet échoué et sauver l’humanité. Au final, Le regard des Furies est un livre plaisant à lire pour se distraire et trouver une version assez James Bondienne des aventures spatiales. En revanche, il ne fera pas partie des titres que je relirai, de peur que ses faiblesses n’en deviennent encore plus visibles.

Le regard des Furies de Javier Negrete
Traduction de Christophe Josse
Éditions L’Atalante

The Isle of Gold

Prendre la mer sur un bateau pirate, c’est savoir où commence le voyage, mais rarement où il finira. Et lire un roman autour de la piraterie, surtout The Isle of Gold de Seven Jane, offre peu ou prou la même expérience aventureuse, les dangers des océans en moins. Quand la narratrice de The Isle of Gold commence son récit, le voyage qu’elle entame semble classique. Jeune orpheline sur une île des Caraïbes à l’âge d’or de la piraterie, elle cherche à échapper à sa carrière toute trouvée dans un bordel et s’engage sur un bateau pirate en se faisant passer pour un adolescent. Sauf que… Ce bateau ne navigue pas à la recherche d’or ou de richesse, mais d’une île mystérieuse aux confins de l’océan et de la femme perdue de son capitaine.
Avec The Isle of Gold, Seven Jane crée un roman surprenant glissant peu à peu du roman d’aventures classique à l’épopée mythologique. En effet, la première partie concernant les premiers pas de la narratrice en mer est plutôt bien documentée d’un point de vue historique. Et peu à peu, à mesure que le récit avance et que la narratrice progresse dans sa quête personnelle, des éléments fantastiques apparaissent. Petit à petit, Seven Jane va convoquer toutes les mythologies européennes liées à la mer : Circé, les selkies, le Kraken ou le capitaine Davy Jones et son vaisseau fantôme. Même cette pauvre Mélusine (d’origine pourtant bien terrestre) répond à l’appel et se trouve mêlée à cette histoire de famille fantastique. Comme tout bon récit de voyage en mer, l’aventure dans The Isle of Gold va crescendo jusqu’à l’épilogue final. Seven Jane a même le talent de nous éviter le calme plat, ce moment du voyage ou du récit où rien n’arrive et tout stagne faute de vent ou d’action. Elle passe alors du déroulé des évènements à une galerie de portraits aussi variés les uns que les autres, et loin des clichés classiques de la piraterie. À l’abordage ?

The Isle of Gold
de Seven Jane
Éditions Black Spot Books

Magnus Chase et les dieux d’Asgard : le vaisseau des damnés

Avec Le vaisseau des damnés, Rick Riordan achève sa trilogie liée à la mythologie nordique et centrée autour de Magnus Chase. Pour résumer la situation, celui-ci – jeune SDF orphelin de Boston se découvre à l’occasion de sa mort tout à la fois fils du dieu Freyr, pensionnaire du Walhalla (paradis guerrier devenu hôtel de luxe) et chargé d’empêcher la survenue de Ragnarök, et à la différence du dernier film Marvel sans l’aide d’un géant vert.
Comme pour ses autres séries de romans pour la jeunesse, Rick Riordan reste extrêmement fidèle aux mythes qu’il utilise. Ainsi, les lecteurs de Norse Mythology pourront y retrouver presque tous les mythes contés par Neil Gaiman. Le tout étant mêlé à des préoccupations bien modernes d’adolescents du 21
e siècle. Dans la saga de Magnus Chase, et plus particulièrement dans Le vaisseau des damnés, ce sont surtout les deux filles de Loki, toutes deux du côté du héros contrairement à leur parent divin, qui incarne ces prises de position. La première, Samirah, doit concilier ses obligations de Valkyrie d’Odin avec sa foi musulmane très forte dans une Amérique de plus en plus intolérante au fur et à mesure des tomes. La deuxième, Alex, refuse à la fois de se définir à un genre ou à un autre, mais également de s’enfermer dans une rhétorique non binaire classique. Ainsi plutôt que d’utiliser un pronom neutre pour se désigner, il/elle annonce régulièrement à ses compagnons de quel genre il/elle se sent pour les heures à venir, le tout sans lien avec ses dons de métamorphe hérités de Loki.
Même si j’ai dévoré avec beaucoup de plaisir les trois tomes des aventures de Magnus Chase, Le vaisseau des damnés me laisse un goût — voulu — d’inachevé. En effet, comme le Ragnarök de la mythologie n’est pas une fin mais un renouveau brutal, l’épilogue de cette trilogie renvoie à son début, tant du côté des héros que de celui des dieux. Moralement, les héros ont progressé, les dieux absolument pas.

Magnus Chase et les dieux d’Asgard : le vaisseau des damnés
De Rick Riordan
Traduction de Nathalie Serval
Éditions Albin Michel

Quelques références sur la mythologie

Si vous lisez attentivement ce blog, vous savez déjà que j’ai une passion pour les dictionnaires et pour la mythologie. Du coup, je ne manque pas de livres dédiés sur le thème, que je feuillette et parcours au moment de Noël, Yule et autre Sol Invictus, passage de solstice ou Festivus. Ou que je vais parfois consulter au détour d’un roman ou d’une référence à la télévision. L’an dernier, la comédie horrifique Krampus m’a ainsi incitée à revoir de fond en comble l’histoire anthropophage du père Noël.

Outre le formidable Norse Mythology de Neil Gaiman pour qui veut découvrir les Dieux scandinaves, voici un petit échantillon de ma bibliothèque :

La grande encyclopédie des lutins
La grande encyclopédie des fées
La grande encyclopédie des elfes

 

 

 

 

 

En trois tomes, cette encyclopédie présente tous les personnages qui font communément partie du Petit Peuple. Mais là où d’autres auteurs s’arrêtent aux personnages des légendes nordiques ou celtes, Pierre Dubois dresse un panorama assez large avec des créatures issues des mythes africains, indiens, amérindiens ou autres. Chacune d’entre elles a droit à sa fiche signalétique, et à une description ou histoire détaillée sur une ou deux pages. Le tout est richement illustré par Roland et Claudine Sabatier. Pour tous à partir de 9 ou 10 ans.

La grande encyclopédie des lutins
La grande encyclopédie des fées
La grande encyclopédie des elfes
Écrit par Pierre Dubois, illustré par Roland et Claudine Sabatier
Éditions Hoebeke

Percy Jackson et les dieux grecs
Rick Riordan s’étant spécialisé dans l’urban fantasy mettant aux prises des adolescences avec des dieux, déesses et monstres mythologiques, il a de solides connaissances dans le domaine. Et quand il laisse la parole à son héros fétiche, Percy Jackson pour que celui-ci vous raconte les histoires de sa famille paternelle, les crises de rires sont au rendez-vous. Pour autant, cet ouvrage s’il n’a pas la prétention d’être exhaustif en matière de cosmogonie gréco-romaine, s’en tient aux mythes passés et non aux aventures que l’auteur leur a greffées par la suite. Dédié plus particulièrement aux enfants et adolescents, il se lit très vite. Et les adultes peuvent aussi l’apprécier.

Percy Jackson et les dieux grecs de Rick Riordan
Traduction de
Nathalie Serval
Éditions Wiz Albin Michel

La mythologie, ses dieux, ses héros, ses légendes

Restons chez nos amis gréco-romains et entrons dans l’ouvrage de référence par excellence dans le domaine. Se présentant sous la fome d’un dictionnaire, avec en prime des arbres généalogiques bien utiles, ce petit livre indique qui est qui dans l’immense fourre-tout que représentent les récits gréco-romaines. L’autrice présente également les différences existantes d’un mythe à l’autre (comme la parenté d’Aphrodite) et ses significations quand elles sont connues.

La mythologie, ses dieux, ses héros, ses légendes
de Édith Hamilton
Traduction d’Abeth de Beughem
Éditions Marabou
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Dictionnaire universel des dieux, déesses, démons

Dernier entré en date dans ma bibliothèque, ce livre est certes très universitaire, mais il est une mine incroyable d’information sur toutes les mythologies et religions passées et actuelles. De plus, outre quelques lignes traçant les grandes trames du personnage traité, chaque entrée présente des détails sur la façon dont on lui rendait/rend hommage, ses ascendances et descendances mythologiques et religieuses. Et surtout ce dictionnaire est réellement universel, et traite à parts égales, en fonction des documents retrouvés, les religions et mythologies des Amériques, de l’Océanie, d’Afrique, d’Asie et d’Europe. C’est même l’un des rares ouvrages à proposer des informations sur les mythologies basques, kanakes ou téléoutes ! Suivant le chercheur ayant rédigé le texte, certaines entrées sont plus ardues que d’autres à lire, mais elles sont toutes très riches.

Dictionnaire universel des dieux, déesses, démons
Ouvrage collectif sous la direction de Patrick Jean-Baptiste
Éditions Seuil

British Goblins
L’intérêt pour le folklore ne date pas d’hier. Pour preuve ce British Goblins, écrit par Wirt Sikes, consul américain au Pays de Galles au 18e siècle. L’auteur y a compilé tous les récits qu’on lui a faits sur les différents mythes britanniques et celtiques, et a tenté de les classer en différentes catégories : les fées et le petit peuple, les esprits et autres démons, les coutumes étranges et les lieux dits. Malgré tout, l’ouvrage reste assez confus, d’autant qu’il est rédigé en anglais d’époque. Pour autant, là où les mythes irlandais et écossais sont mieux connus, il est aussi agréable de découvrir un peu plus les mythes gallois.

British Goblins
de Wirt Sykes
Éditions The Lost Library

La mythologie du monde celte

Les Celtes ont dominé une grande partie de l’Europe pendant quelques siècles. Leurs traditions se sont maintenues vivaces face aux Romains et à leurs descendants dans certaines régions. Et pourtant leurs mythes, leurs dieux et leurs croyances restent très mal connus. La plupart d’entre nous ne connaissent les versions gauloises que par des extraits d’Astérix, et celles de Grande-Bretagne ont été tellement remaniées par les différentes invasions et la christianisation qu’il est difficile de les démêler. Avec La mythologie du monde celte, Claude Sterckx propose donc un ouvrage très intéressant. Attention toutefois. À la différence des autres livres de cette sélection, celui-ci semble écrit par un universitaire pour des universitaires. Les deux premières parties sur l’origine des Celtes et sur les documents est certes complètes, mais plutôt aride à la lecture. Mieux vaut commencer directement à la page 136 pour découvrir les différents dieux et les mythes, avant d’y revenir si vous souhaitez approfondir ces points. Heureusement la suite se lit nettement plus facilement. Côté pratique, un lexique des personnages vous permet de retrouver très vite l’essentiel sur telle déesse ou tel héros, dont vous auriez croisé le nom au hasard de vos lectures.

La mythologie du monde celte
de Claude Sterckx
Éditions Marabout


Le dictionnaire des Yôkai
À l’intérieur des Yôkai

S’il est un pays avec un nombre incroyable de créatures surnaturelles et légendaires, c’est bien l’archipel du Japon. Dieux, démons, feux follets, fantômes ou autres farfadets, il y en a pour tous les goûts et toutes les situations. Shigeru Mizuki, le mangaka qui a créé Kitaro le repoussant était un vrai spécialiste de ses créatures. En particulier, de celles qui sont les plus proches de nos elfes, lutins et autres fées occidentaux : les yôkai. Outre le fait qu’il y a puisé son inspiration pour certaines de ses histoires, il a également tenté de les cataloguer en reprenant leurs origines, leurs mœurs et comment les éviter, s’en débarrasser ou au contraire attirer leurs faveurs. Parmi ses livres, je vous en recommande deux en particulier. Le premier, Le dictionnaire des Yôkai, rassemble comme son nom l’indique plus de 500 types de yôkai différents. Tous ont leur fiche d’une page ou deux avec en haut une illustration en noir et blanc de la créature puis un texte détaillant sa vie, son œuvre et quelques contes ou anecdotes qui y sont liés. Si l’information sur certains des yôkai les plus connus comme les tanuki, les kistune ou les baneneko semble assez succincte, ce dictionnaire donne des pistes pour aller plus loin. En revanche, il va mentionner nombre d’êtres qui sont absolument méconnus hors du Japon ou même de leur zone d’activité. Et Shigeru Mizuki n’hésite pas à faire des parallèles entre des créatures locales comme le Basan (ou chien-phénix) et d’autres plus lointaines (ici le Balisic pétrificateur). Ce dictionnaire est en soi une référence indispensable.

Shigeru Mizuki a également pensé aux plus jeunes ou aux novices en matière de mythologie avec un À l’intérieur des yôkai qui propose des planches anatomiques, assez humoristiques pour 81 d’entre eux. Vous découvrirez les mœurs de ces créatures avec une tentative d’explication — assez fantaisiste — sur la source de leur pouvoir ou leurs habitudes alimentaires. Ce n’est pas forcément d’une grande finesse, mais c’est souvent très drôle. Entre un Shirouneri qui est une serpillère devenue vivante par la crasse qui l’entoure ou un Gambari Nyudô qui s’est érigé en protecteur des toilettes, les yôkai non plus ne font pas preuve d’une grande finesse. Le livre reste néanmoins accessible dès la primaire et fera bien rire les lecteurs.

Le dictionnaire des Yôkai
de Shigeru Mizuki
traduction de Satoko Fujimoto et Patrick Honnoré
Éditions Pika

À l’intérieur des yôkai
de Shigeru Mizuki
traduction de Satoko Fujimoto adaptée par Jean-Louis Capron
Éditions Cornélius

(première version de cette compilation publiée le 24 décembre 2017, actualisée et augmentée le 17 décembre 2019)

 

Les Travaux d’Apollon : la prophétie des ténèbres

Bien que sa cible soit principalement composée d’adolescents et de préadolescents, Rick Rioardan fait partie depuis quelques années de ces auteurs dont je dévore les livres dès leurs sorties quitte à mettre de côté les autres en cours de lecture. Le deuxième tome de sa série sur Apollon, Les Travaux d’Apollon : la prophétie des ténèbres ne fait donc pas exception et fut acheté aussitôt apparu dans l’une de mes librairies habituelles. Certes, je ne suis pas sa première lectrice dans la maison, mais cela n’explique pas tout.
Ma principale raison est toute simple. Les livres de Rick Riordan mélangent deux de mes péchés mignons : l’action pure et non stop avec une intrigue bien construite, et les contes mythologiques. Et si l’auteur imagine des ados américains aux prises avec les dieux et démons mythiques, il ne fait pas dans la simplification hollywoodienne à la Marvel (Thor blondinet et frère de Loki, sic), DC ou même des versions ciné de son Percy Jackson. Chaque petit détail, chaque monstre ou divinité peut être retracé à une interprétation des mythes connus ou à un fait historique. Le tout enrobé d’une bonne couche d’humour, d’action, de modernisme et de bons sentiments rebelles. Juste ce qu’il faut pour plaire à son public du 21e siècle.
Dans Les Travaux d’Apollon : la prophécie des ténèbres, nous continuons à suivre les aventures d’Apollon exilé une troisième fois par son père Zeus dans une enveloppe mortelle. À savoir pour le coup, un jeune homme de 16 ans boutonneux et légèrement enveloppé, avec comble de l’affront pour le dieu de la Musique, la voix qui mue encore. Le dit Apollon doit protégér les différents oracles antiques de l’action d’anciens empereurs romains mégalomanes. Ici il s’agit de trouver un oracle au fond d’une grotte près d’Indianapolis et d’affronter un Commode toujours plus mégalomane et irascible, portant donc très mal son nom. À l’occasion, Apollon qui a bien connu en son temps divin certains des protagonistes de l’histoire (dont Commode, mais également une ex-Chasseresse divine végétarienne) doit affronter sa propre culpabilité et apprend à affronter son passé pour aider ses amis présents, quitte à faire passer la survie de sa petite personne divine après la leur. Il devient aussi un spécialiste de l’épluchage des carottes et de la couvaison de griffons. Comme à son habitude, Rick Riordan construit une histoire sans temps mort, mais sans non plus tomber dans le travers du cliffhanger à chaque chapitre. Et l’histoire se conclut, ce qui permettra d’attendre le prochain volume sereinement sans souffrir d’un manque causé par une fin de livre vite expédiée.

Les Travaux d’Apollon : la prophétie des ténèbres de Rick Riordan
Traduction de Mona de Pracontal
Éditions Albin Michel (Wiz)

Norse Mythology

Qui a lu Sandman ou American Gods (si ce n’est déjà fait, lisez le avant de vous lancer dans la série TV ou au moins avant la saison 2) sait que Neil Gaiman est un amoureux de la mythologie. Imaginez ma réaction quand patientant à l’aéroport de Los Angeles, je découvre un livre avec « Mythology » et Neil Gaiman sur la couverture. Je ne pouvais que plonger. Et le vol de retour vers la France ne m’a jamais paru aussi court.
À la différence des autres titres cités, dans Norse Mythology, Neil Gaiman invente aussi peu que possible. Il s’est plongé aux racines de la religion nordique. Même si ce n’est finalement pas si loin dans le temps, car les seuls textes fondateurs qui nous sont parvenus ont été écrits durant la christianisation de la Scandinavie. De ces textes, poétiques ou en proses, Neil Gaiman se laisse aller à nous narrer treize contes mythologiques. Certains sont déjà bien connus, car déjà développés mille fois en livres, en dessin animés, en bande dessinée, etc. C’est le cas de Ragnarok : the Final Destiny of the Gods ou The Death of Balder. D’autres comme Freya’s unusual wedding ou The story of Gerd and Frey sont plus obscures. Et d’autres proposent d’étranges parallèles avec la mythologie gréco-romaine comme The Master Builder qui rappelle la fondation des murailles de Troie ou The Apples of Immortality qui ressemblent fortement aux fruits du jardin des Hespérides. Le tout est conté avec un style tout simple, mais entrainant. Comme si Neil Gaiman et son lecteur étaient tous deux au coin du feu et échangeaient des nouvelles de cousins lointains. Prenez une bière fraiche, un thé ou un chocolat chaud suivant vos goûts, et entrez dans la conversation.

Norse mythology par Neil Gaiman
Éditions W.W.W Norton & Company