Célestopol

La Lune à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Une ville sous un dôme avec ses canaux, ses palais, ses fastes et ses bouges. Un peuple bigarré d’humains, de chats et d’automates aux accents slaves. Telle est Célestopol, la ville qui sert d’écrin aux quinze nouvelles de ce recueil.
Dans Célestopol, Emmanuel Chastellière nous livre donc quinze vignettes à différentes périodes de ce qu’aurait pu être la vie sur la Lune dans une dystopie steampunk où l’empire russe a anéanti Bonaparte et où la Révolution d’octobre n’a jamais eu lieu. Si chacune des nouvelles est indépendante, elles sont classées par ordre chronologique des événements et certaines ne sont compréhensibles qu’en rapport avec les précédentes. Nous y retrouvons souvent les mêmes personnages : le duc régnant sur la ville lunaire, mais également des aventurières dont l’une accompagnée d’un ours sage et sentencieux, des escortes mécaniques ou un voleur bien entreprenant. Au fi
l des récits, Emmanuel Chastellière nous emmène découvrir toutes les strates de la société lunaire, de vieux baroudeurs gardant le barrage ou guidant les trains à l’extérieur du dôme protecteur, aux petits et grands bourgeois profitant de la beauté de la ville en passant par les étudiants, les ouvriers des niveaux souterrains ou le milieu interlope.
Attention toutefois, malgré tous leurs charmes ne vous attachez pas trop aux personnages. Que les histoires s’apparentent aux contes de fées, à la science-fiction pure, au fantastique ou au récit de mœurs, les quinze nouvelles de Célestopol ne sont pas des histoires heureuses. Les morts y servent souvent de chute, que
celle-ci soit flamboyante, déconcertante, tragique ou même mezzo vote.
Pourtant malgré ce ton mélancolique ou, peut-être à cause de lui, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce recueil.

Célestopol
d’
Emmanuel Chastellière
É
ditions Libretto

Luna New Moon/Luna Wolf Moon

Même si ce sont deux livres indépendants, j’ai acheté Luna New Moon et Luna Wolf Moon d’Ian McDonald en même temps. Et ce fut une très bonne idée, vu le suspense sur lequel termine le premier. Une fois passé le premier quart d’exposition de Luna New Moon, le lecteur se retrouve pris dans l’action et avale le total de près de 700 pages sans même les voir passer.
Souvent présentés comme une version SF Hard de Games of Throne, Luna New Moon et Luna Wolf Moon tiennent plus d’une version spatiale de Dallas ou Dynastie si les aventures des Ewing ou des Carrington avaient eu droit à une diffusion sur le câble sans censure concernant la violence ou le sexe. La Lune est en effet devenue le territoire que se partagent cinq grandes familles qui détiennent également les cinq grandes compagnies industrielles du satellite. Le seul droit qui s’applique est le droit civil des contrats. Tout s’achète et se vend, y compris les quatre denrées indispensables que sont l’eau, l’air, le carbone et les données. Et tout se négocie, quitte à régler les conflits devant une chambre de compensation, voire dans un duel rituel au couteau entre avocats.
S’il y a des impératifs scientifiques qui sous-tendent l’intrigue, comme le fait de vivre dans un environnement confiné pour bannir les armes à feu ou la gravité moindre et ses conséquences sur la physiologie des Luniens de souche, la force de ces livres tient plus à la façon dont les différentes cultures d’origine des familles se sont retrouvées adaptées à la Lune et mêlées entre elles. Est-ce parce que Ian McDonald est britannique ? Pour une fois, nous avons un univers hautement technologique et spatial où ni les États-Unis ni le Japon n’ont un rôle de premier plan à jouer. À peine est-il mentionné qu’un des personnages secondaires est une « Norte », venue d’Amérique du Nord. Les cinq familles elles-mêmes sont d’origines brésilienne, australienne, chinoise, russe et ghanéenne. On retrouve ainsi des références à l’umbanda, religion syncrétique afro-brésilienne, au droit coranique des mariages (le nikah servant d’alliance entre les différentes grandes familles) et à la sous-culture gothique des années 80 et 90.
Loin d’être brouillon, le résultat est un feuilleton spatial dense et haletant, mais plutôt aisé à lire. Même si dans un premier temps, vous passerez beaucoup de temps à regarder à la fin du livre qui est qui par rapport à qui dans la liste des personnages.

Luna New Moon
Luna Wolf Moon
de Ian McDonalds
Éditions Gollancz

Artemis: A Novel

Avec The Martian, lu dans une version à 0,99 $ bien avant sa reprise dans une grande maison d’édition et bien avant le film, Andy Weir m’avait scotchée dans le genre livre d’ingénieur bien fichu et très très drôle (bien mieux que le film vous dis-je !). Avec Artemis: A Novel, il confirme sur sa lancée tout en s’essayant à un autre genre : l’intrigue policière avec en guise de héros un criminel au grand cœur. Ou plutôt une criminelle, Jazz, contrebandière établie sur la seule ville lunaire, Artemis, et embrigadée sans le vouloir dans une tentative de prise de contrôle mafieuse des lieux.
Comme pour The Martian, Andy Weir dresse un portrait ultraréaliste et particulièrement détaillé de la vie sur la Lune. Les esprits les moins scientifiques parmi les lecteurs risqueront d’ailleurs de décrocher au moins de comprendre les différents points de fusion des métaux et pourquoi la soudure dans le vide est autrement plus pénible que la soudure dans une atmosphère classique même à 1/6e de G. Il le fait avec un ton humoristique et sarcastique qui rend les passages techniques nettement plus digestes. Quant à l’intrigue policière, elle est solide et assez bien menée pour que la solution finale n’apparaisse pas comme une évidence à mi-chemin du livre. En revanche, le choix du personnage me pose un léger problème. Andy Weir ne sait tout simplement pas écrire les personnages féminins. Certains auteurs peuvent écrire des hommes, des femmes ou des extraterrestres de tout âge sans que cela ne gêne le lecteur. D’autres ont du mal à se mettre dans la peau de l’autre. Là où Andre Norton ou Robin Hobb peuvent écrire des personnages masculins avec justesse, et là où Glenn Cook peut écrire plusieurs tomes de sa Compagnie noire en prenant la plume d’une capitaine, Andy Weir a un personnage féminin trop stéréotypé pour qu’il soit crédible en tant que lectrice. Même si je suis quasiment certaine que les maniérismes de Jazz et des autres personnages féminins ont été placés là de façon inconsciente par l’auteur. Rien de bien grave en tout cas. Sur ses 242 pages, Artemis vous emporte sur la Lune et vous mène d’un bout à l’autre d’une bonne petite opération criminelle à la Ocean’s Eleven. Un vrai régal pour les amateurs du genre.

Artemis: A Novel d’Andy Weir
Éditions Crown