Nouvel horizon

Les salons littéraires sont toujours une occasion en or pour découvrir de nouvelles plumes, notamment en auto-édition. C’est toujours le cas du Salon Fantastique, où j’avais découvert lors d’une précédente édition 1974 d’Arnaud Codeville. Cette fois-ci, je me suis laissée tenter par Nouvel horizon de Yann-Cédric Agbodan-Aolio. Perdue dans des allées consacrées particulièrement cette année consacrées à la fantasy et au fantastique, je cherchais un roman de pure SF. Je ne fus pas déçue.
Court, Nouvel horizon
se passe à la fin du 21e siècle au cœur du continent africain. Il part d’un double postulat : le dérèglement climatique et l’accession à la conscience des intelligences artificielles. En 2088, après avoir été éreintée par un réchauffement climatique d’origine humaine, la Terre a subi une deuxième catastrophe : la perte de puissance du Soleil qui la fait passer désormais dans une ère glaciaire. Guidé par une intelligence artificielle ayant pris la tête du successeur de l’ONU, ce qui reste de l’humanité se préparer à migrer pour Vénus au prix de grands sacrifices. Sauf que de méchants capitalistes leur mettent des bâtons dans les roues.
Même s’il a été écrit en 2017 par un auteur bien trop jeune pour y avoir participé,
Nouvel Horizon a un côté « âge d’or de la collection Anticipation » qui n’est pas déplaisant. Chaque camp est clairement défini, et au final le Bien triomphe du Mal, avec en guise de conclusion une description de Vénus en nouvelle planète bleue de l’humanité, digne d’un prospectus d’agence de voyages.
Dans la forme, les notes de bas de page à chaque explication technique ont un peu freiné ma lecture. En revanche, sur le fond, Nouvel Horizon tient toutes ses promesses : pendant quelques heures, je me suis pleinement détendue en rêvant de conquêtes spatiales et d’une humanité augmentée. Bravo ! Du coup, je me risquerais surement à découvrir les aventures de ces personnages dans d’autres univers parallèles comme le propose
Yann-Cédric Agbodan-Aolio en variant les genres à chaque livre.

Nouvel Horizon
de
Yann-Cédric Agbodan-Aolio
www.yanncedric-agbodanaolio.com

 

Acadie

Si la collection Une Heure-Lumière est spécialisée dans les courts récits inédits, Acadie de Dave Hutchinson est doublement inédit, car c’est le premier texte traduit de cet auteur britannique.
La nouvelle a un présupposé classique : une colonie fondée au fin fond de l’espace par des renégats craint d’être découverte par la maison-mère. Jusqu’au jour où un vaisseau pénètre les défenses de leur système. Ce jour est arrivé et c’est à Duke, le Président malgré lui, de sortir la colonie de ce mauvais pas. Quitte à en découvrir la face cachée.
Le récit est très court, rondement mené et raconté avec quelques flashbacks par Duke lui-même et toute sa faconde d’ex-avocat. Jusqu’au retournement final. Et là, vous vous surprendre
z à repasser dans votre tête les pages déjà lues pour y retrouver peu à peu les indices glissés en toute discrétion, avant de vous dire que vous auriez dû le deviner avant. Dave Hutchinson est un écrivain malin. Il intègre tellement de personnalité et de vie dans l’action se déroulant au premier plan du récit que le lecteur ne voit pas les quelques fausses notes indiquant que la vérité n’est peut-être pas aussi simple. Saurez-vous éviter les pièges, sans lire de suite la fin ?

Acadie
de Dave Hutchinson
traduction de Mathieu Prioux
Éditions Le Bélial’

Ce que la littérature de science-fiction peut nous apprendre de l’informatique actuelle

Le 30 juin dernier, je donnais en compagnie de René-Marc Dolhen, président de Noosfère, une conférence sur science-fiction et intelligence artificielle à Pas Sage en Seine. Si le sujet vous intéresse, en voici la captation vidéo.

 

Si vous ne voyez rien ci-dessus, merci de cliquer sur le lien : https://video.passageenseine.fr/videos/watch/6a3001bd-625a-4a8c-aeb6-a2a03e505612 L’instance Peertube fait des siennes. 🙂

Et voici la liste de livres de référence dont nous avons parlé sur ce sujet ainsi que les éditions où vous pourrez trouver une version française. La date entre parenthèses correspond à l’édition originale pour mesurer la distance entre le futur imaginé dans le texte et la réalité actuelle.
— Le cycle des robots d’Isaac Asimov qui pose les trois lois de la robotique. Il commence par Les Cavernes d’aciers (1954) disponibles aux Éditions J’ai Lu — Sur l’onde de choc de John Brunner (1975) disponible en France au Livre de Poche ou dans l’intégrale La Tétralogie Noire parue chez Mnémos
Un logique nommé Joe (1946) paru en France aux Éditions Le Passager clandestin
ORA:CLE de Kevin O’donnell (1983) disponible aux Éditions J’ai Lu
Demain les puces anthologie dirigée par Patrice Duvic (1986) disponibles aux Éditions Denoël
La Justice de l’Ancillaire (2013), L’Epée de l’Ancillaire (2014) et la Miséricorde de l’Ancillaire (2015) de Ann Leckie disponibles aux Éditions J’ai Lu
L’espace d’un an (2014) et Libration (2016) de Becky Chambers disponibles aux Éditions L’Atalante
Les Enfermés (2014) et Prise de tête (2018) de John Scalzi disponibles aux Éditions L’Atalante
Journal d’un Assasynth de Martha Wells — la tétralogie des Murderbots commence à être traduite en France chez L’Atalante avec Défaillances système et Schémas artificiels
Neuromancien de William Gibson (1984) disponible aux Éditions J’ai Lu — Le Samouraï virtuel de Neal Stephenson (1992) disponible aux Éditions Livre de Poche et sous le titre original Snow Crash aux Éditions Bragelonne — Le Code Enigma de Neal Stephenson (1999) disponible aux Éditions Livre de Poche
Le Réseau de Neal Stephenson (2011) disponible aux Éditions Sonatine
Le problème à trois corps de Liu Cixin (2006) disponible aux Éditions Acte Sud
— Le cycle de la Culture de Iain M. Banks entamée en 1988 avec L’Homme des jeux et ses suites disponibles aux Éditions Livre de Poche
— La Nuit des enfants-rois de Bernard Lenteric (1981) disponible aux Éditions Livre de Poche et d’Olivier Orban
Dans la dèche au Royaume enchanté de Cory Doctorow (2006) Disponible aux Éditions Gallimard (Folio SF)
Nuage orbital de Taiyo Fujii (2014) disponible en France aux Éditions Atelier Akatombo
Les futurs mystères de Paris de Roland C Wagner (série entamée en 1996) les livres sont disponibles chez Fleuve noir, chez J’ai Lu et chez L’Atalante — Starfish (1999), Rifteurs (2001) et Béhémoth (2004) de Peter Watts disponible en France chez Fleuve noir et Pocket
Comprends de Ted Chiang, une nouvelle parlant de réalité augmentée et de publicité personnalisée intégrée au recueil La Tour de Babylone (2002) paru aux Éditions Denoël

Suggéré par Sabrina Calvo
Idoru de William Gibson (1996) disponible chez J’ai Lu
Suggéré par Franck Mée (voir commentaire)
Hypérion de Dan Simmons (1989) disponible chez Pocket
Suggéré par Lætitia (voir commentaire)
Le Peuple d’argile de David Brin (2001) disponible chez Presse de la cité. Une histoire mêlant clonage, golem et téléchargement de conscience.

Si vous avez d’autres titres sur ce thème, n’hésitez pas à les donner en commentaire. Je complèterai la liste.

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)

Certains livres encensés par la critique, et plus importants par les copains fans du même genre ne sont en fait pas pour moi. Si je l’avais oublié, l’opération Ebooks et Crustacés des éditions Bragelonne me l’a rappelé en installant gratuitement Nous sommes Légion – Nous sommes Bob 1 de Dennis E. Taylor.
Tout commence avec Robert
Johansson, dit Bob, qui venant de vendre son entreprise d’informatique a signé un contrat pour se faire cryogéniser à sa mort. À peine le contrat signé, et sa retraite dorée fêtée, il se fait renverser par une voiture. Et se réveille plus d’un siècle plus tard dans une Amérique du Nord qui a bien changé. Le pire ? Il n’est plus humain, mais juste une simulation logicielle de sa personnalité. Monté dans un vaisseau spatial, il va devoir explorer le cosmos alentour. Et bien entendu, tout ne se passera pas comme prévu.
Autant j’ai apprécié la première partie et la façon dont Bob s’acclimate à son nouveau statut d’intelligence artificielle, autant la seconde m’a ennuyée. Certes, celle-ci a plus d’action
s. En se dupliquant, Bob peut couvrir plus de terrain : explorer d’autres systèmes solaires, découvrir une espèce intelligente ou deux, poursuivre les conflits terriens dans l’espace ou revenir sur Terre aider les survivants. Et chaque itération de Bob a sa propre personnalité, et son nom pour faciliter la compréhension de l’histoire. Sauf que… J’ai trouvé le tout très répétitif. Et que les blagues de fanboy de pop culture SF et série TV, me font rire cinq minutes, mais pas tout un livre. Et encore moins une trilogie entière. Surtout quand l’auteur se permet de bien insister sur les jeux de mots qu’il trouve pour les noms de ses différents Bob. Ayant achevé le premier tome, les différentes aventures que vivent les Bob ne sont pas suffisamment originales à mes yeux pour en lire les deux suivants. À vous de voir ce que vous en pensez…

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)
de Dennis E. Taylor
traduction de Sébastien Baert
Éditions Bragelonne

The Murderbots Diaries: All Systems Red & Artificial Conditions

Après Binti, un autre titre de novella était en promotion sur la boutique de ma liseuse (et sans DRM, car également publié par Tor books) : le premier tome de la série de The Murderbots Diaries de Martha Wells : All Systems Red.
Ni homme, ni femme, ni robot, ni humain, le protagoniste de cette histoire est un SecBot : un cyborg chargé par leur compagnie d’assurance de garantir la sécurité d’un groupe de scientifiques sur une planète inconnue. Véritable machine à tuer et maître d’armes accompli, il n’est pas censé avoir plus de personnalité qu’un tableur ou un traitement de texte. Sauf que… Un contrat précédent a mal tourné et il a massacré tous les humains sous sa protection. Pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise, il a désactivé son module de contrôle. Quand la mission actuelle prend un tour similaire à la précédente, MurderBot va devoir lâcher ses chères séries TV et effectuer son travail en toute indépendance. Comble de l’horreur, il va devoir interagir avec des humains sans filtre ni possibilité de se cacher derrière les instructions d’un tiers.
All Systems Red fonctionne comme un huis clos policier (à l’échelle d’une planète) avec MurderBot à la place de Sherlock Holmes ou d’Hercule Poirot, les petites cellules grises en moins et les muscles en plus. J’ai apprécié ma lecture, mais j’étais frustrée de ne pas en savoir plus sur la condition des cyborgs et des robots dans cet univers. Frustration en partie comblée avec Artificial Conditions où notre MurderBot enquête sur ses actions passées et essaie de comprendre comment le massacre a pu se produire. En cours de route, il croisera un vaisseau de transport intelligent (imaginez l’USS Entreprise avec la curiosité et l’humour d’un enfant de 10 ans) et quantité de cyborgs et robots en tout genre. Avec à nouveau au milieu des humains ayant besoin de son aide ?
Lirais-je la suite des Murderbots Diaries ? Certainement, je veux comprendre ce qui est arrivé à ce MurderBot, et j’apprécie son côté acerbe. La façon dont Martha Wells s’interroge à chaque livre sur un aspect de la frontière entre le vivant et l’artificiel me plaît. Où se trouve la limite ? Qu’est-ce qu’être humain ? Qui doit être considéré comme une personne de plein droit ? Comment interagir dans un tel univers ? Le tout sans faire de longs discours philosophiques, mais en l’intégrant à des histoires policières spatiales plus que distrayantes.
Si vous ne lisez pas en anglais, sachez que L’Atalante a entamé la traduction de cette série et vient de publier le premier tome sous le titre de Défaillance système – Journal d’un AssaSynth et que le tome 2 est prévu pour juin.

The Murderbots Diaries: All Systems Red & Artificial Conditions
de Martha Wells
Éditions Tor