Daughter of the Deep

Ayant dévoré enfant et adolescente les romans de Jules Verne et ayant apprécié adulte ceux de Rick Riordan mêlant modernité et mythologie, je lorgnais depuis son annonce sur Daughter of the Deep de l’auteur américain. Puis je l’ai oublié lors de sa sortie jusqu’à ce que la version française (sous le titre L’Héritière des abysses) apparaisse dans ma librairie de quartier. Et voici Daughter of the Deep remonté dans ma liseuse et dévoré en deux soirées.
Dans ce nouveau roman, Rick Riordan imagine que Jules Verne a réellement interviewé certains de ses personnages et en a romancé le récit de leurs aventures et de leur rencontre avec le capitaine Nemo dans Vingt
Mille Lieues sous les mers et dans L’Île mystérieuse. Ces personnages ont ensuite fondé deux écoles rivales pour étudier les technologies inventées par le capitaine Nemo et essayer de les comprendre. Au moment où s’ouvre le roman, au XXIe siècle, Ana Dakkar fait partie d’une de ces deux écoles. La guerre avec l’institut rivale dépasse soudain la simple inimitié entre établissements scolaires pour devenir nettement plus violente et mortelle. Ayant échappé au pire en raison d’un voyage d’études, elle va devoir retrouver les secrets de sa famille pour survivre et éviter une catastrophe mondiale.
Si vous avez déjà lu d’autres romans de Rick Riordan, et en particulier le cycle de Percy Jackson, vous vous retrouverez en terrain connu : les dieux de l’Olympe en moins, les dauphins et les orangs-outans
pâtissiers en plus. Et effectivement, en tant que lectrice adulte ayant quasiment tout lu de l’auteur, certains rebondissements m’ont paru prévisibles. Pourtant lire Daughter of the Deep est toujours un régal avec un juste équilibre entre les problèmes d’adolescents (ici une Indo-Américaine orpheline de 15 ans et ses deux meilleures copines) et le « sense of wonder » des récits d’aventures à la Jules Verne. Le tout saupoudré d’humour, mais également de réflexions intéressantes sur le colonialisme, le terrorisme et l’impact des technologies dans la société. Bien entendu, Rick Riordan s’adresse principalement à des lecteurs adolescents et veut avant tout les distraire, non leur asséner un cours d’histoire ou de géopolitique. Mais il ne les prend pas pour autant pour des idiots et si l’ex-professeur de collège qu’il est peut glisser quelques informations au passage, il ne s’en prive pas.
Au final, j’ai particulièrement
apprécié ma lecture pour sa légèreté et sa façon de moderniser l’histoire de Vingt Mille Lieues sous les mers. Je l’ai lu en anglais donc je ne me prononcerais pas sur la version française, mais si vous comptez l’offrir à un adolescent au collège, prenez plutôt cette dernière. L’original est truffé de termes nautiques assez peu courant dans un usage quotidien de la langue.

Daughter of the Deep
de 
Rick Riordan
Éditions
Penguin

Le Chant des Fenjicks

Dans le même univers que La Débusqueuse de mondes, Le Chant des Fenjicks de Luce Basseterre n’est pas une suite, mais une préquelle, quelques années ou siècles auparavant, longévité des personnages oblige.
Ici, Luce Basseterre va revenir à un classique du space opera : la guerre spatiale. Ou plutôt la guérilla de libération des cybersquales, ces grandes baleines cosmiques transformées en taxi robotisé et lobotomisé par les Chaleks, un empire regroupant plusieurs peuples sentients, mais dominé par des caméléons hermaphrodites et plutôt psychorigides dans leurs comportements et leurs conceptions de la vie.
Pour autant, l’autrice ne va pas nous livrer une histoire classique avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants, ou même les méchants
affrontant d’autres, encore plus méchants. Luce Basseterre nous plonge dans un récit choral nous invitant à suivre plusieurs personnages qui seront impliqués dans cette libération. Chacun d’eux part avec ses idées préconçues et pense être du bon côté de la barrière, avant d’évoluer au fil des événements. Pire, le premier tiers du récit nous fait suivre Waü Nak Du, jeune Chalek affecté à la conversion des Fenjiks en cybersquale, et Smine Furr, jeune félidé sur une planète en train d’être colonisée par les Chaleks. Par la suite, ils seront rejoints par d’autres personnages : squales, félidés, humains, reptiles ou plantes divers et variés… Dont un nom bien connu des lecteurs de La Débusqueuse de mondes.
Si le ton entre les deux livres est différent, Luce Basseterre réussit encore son pari. Même plongés en pleine guerre avec une grande capacité destructive, les personnages sont tout sauf des guerriers : ce sont des hackers, des bricoleurs ou tous simplement des gens qui, pris dans des événements qu’ils ne contrôlent pas, veulent reprendre le cours de leur vie. Et si certains en sortent meurtris comme Waü Nak Du ou Samtol, et d’autres ne s’en sortiront pas, à la fin de la lecture de ce livre, c’est l’optimisme, l’espoir et la satisfaction qui domine. Malgré la multiplication des personnages et le passage incessant d’un endroit à l’autre, Le Chant des Fenjicks se lit sans encombre et presque sans escale, une bonne tasse de thé à la main…

Le Chant des Fenjiks
de
Luce Basseterre
Éditions
Mnémos

The Murderbot diaries — Network Effect

Vu la vitesse à laquelle j’avais enchaîné les différentes novellas de Martha Wells mettant en scène l’unité de sécurité la plus bougonne et la plus accro aux soap opéra de la galaxie, je ne pouvais que me procurer son premier roman presque le jour de sa sortie. Et donc j’ai dévoré Network Effet, mettant de nouveau en scène Murderbot quelques semaines après la fin de Exit Strategy. Désormais libre et vivant avec ses anciens clients, l’unité travaille en consultant en sécurité en indépendant et comme garde du corps pour une partie de la famille du Dr Mensah. Quand à l’occasion d’une mission hors système leur vaisseau d’étude est arraisonné par un autre vaisseau supposé amical, Murderbot va devoir revoir ses priorités, et faire le tri entre ses amis et ses ennemis.
En changeant de format, Martha Wells a pris un risque. Là où les novellas permettaient de restreindre l’action quitte à frustrer le lecteur comme dans All Systems Red, Network Effect présente lui quelques longueurs. Soyons honnêtes, la prise d’otage du premier chapitre et une bonne partie du deuxième ne servent qu’à présenter le personnage principal et ses particularités au cas où vous n’auriez pas lu les novellas précédentes. Le début du roman m’a laissé une forte impression de déjà-vu… Même si les remarques de MurderBot sont toujours plaisantes à lire, j’avais un peu l’impression de tourner en rond jusqu’à l’arrivée du vaisseau ami ou ennemi. A ce moment là, on entre de plain-pied dans l’aventure. Et Martha Wells arrive de nouveau à nous surprendre. Aussi bien dans l’histoire elle-même de Network Effect qui se déroule
dès cet instant sans temps morts et avec des retournements de situation imprévus, que dans l’évolution de son personnage principal. Dans les novellas, le problème de l’unité de sécurité était de comprendre les êtres humains et d’arriver à se fondre parmi eux. Dans Network Effect, celle-ci s’interroge plus sur les interactions entre les différentes entités artificielles, et sur les limites de la vie et du libre arbitre. Comme toujours, l’histoire est contée sur un ton léger, mais c’est cette réflexion en filigrane qui fait tout le charme de cette série. Martha Wells a déjà annoncé un nouveau roman mettant en scène MurderBot en 2021. Je le lirai surement, en espérant que les problèmes de rythme de celui-ci seront résolus d’ici là. Et j’aurais aimé en savoir plus sur cette forme de vie ni humaine ni artificielle rencontrée pour la première fois dans Network Effect, mais je doute qu’elle soit au programme du prochain épisode. A suivre ?

The Murderbot diaries—Network Effect
 de Martha Wells
Éditions
Tor

The Isle of Gold

Prendre la mer sur un bateau pirate, c’est savoir où commence le voyage, mais rarement où il finira. Et lire un roman autour de la piraterie, surtout The Isle of Gold de Seven Jane, offre peu ou prou la même expérience aventureuse, les dangers des océans en moins. Quand la narratrice de The Isle of Gold commence son récit, le voyage qu’elle entame semble classique. Jeune orpheline sur une île des Caraïbes à l’âge d’or de la piraterie, elle cherche à échapper à sa carrière toute trouvée dans un bordel et s’engage sur un bateau pirate en se faisant passer pour un adolescent. Sauf que… Ce bateau ne navigue pas à la recherche d’or ou de richesse, mais d’une île mystérieuse aux confins de l’océan et de la femme perdue de son capitaine.
Avec The Isle of Gold, Seven Jane crée un roman surprenant glissant peu à peu du roman d’aventures classique à l’épopée mythologique. En effet, la première partie concernant les premiers pas de la narratrice en mer est plutôt bien documentée d’un point de vue historique. Et peu à peu, à mesure que le récit avance et que la narratrice progresse dans sa quête personnelle, des éléments fantastiques apparaissent. Petit à petit, Seven Jane va convoquer toutes les mythologies européennes liées à la mer : Circé, les selkies, le Kraken ou le capitaine Davy Jones et son vaisseau fantôme. Même cette pauvre Mélusine (d’origine pourtant bien terrestre) répond à l’appel et se trouve mêlée à cette histoire de famille fantastique. Comme tout bon récit de voyage en mer, l’aventure dans The Isle of Gold va crescendo jusqu’à l’épilogue final. Seven Jane a même le talent de nous éviter le calme plat, ce moment du voyage ou du récit où rien n’arrive et tout stagne faute de vent ou d’action. Elle passe alors du déroulé des évènements à une galerie de portraits aussi variés les uns que les autres, et loin des clichés classiques de la piraterie. À l’abordage ?

The Isle of Gold
de Seven Jane
Éditions Black Spot Books