Bien qu’il ait connu un franc succès avec son récit fantastique, Les Miracles du bazar Namiya, Keigo Higashino est surtout connu en France pour ses polars. Avec Le Gardien du camphrier, cet auteur prolifique explore une fois de plus le genre fantastique, mais, en y ajoutant sa patte pour les enquêtes, il réussit un tour de force : nous passionner pour l’histoire a priori banale d’un jeune paumé et du « petit boulot » qui va changer sa vie.
Reito Naoi, le protagoniste, est arrêté pour tentative de vol par effraction chez son ancien employeur. Pour lui éviter la prison, un avocat lui propose un étrange marché : obtenir sa liberté contre un travail dans un temple perdu en banlieue et dormir sur place. Dans l’enceinte du lieu se trouve un camphrier immense que tout le monde peut approcher de jour, mais qui fait l’objet la nuit de rituels mystérieux.
Je vous rassure tout de suite : même si l’écrivain est spécialisé en polars, les rituels nocturnes autour de l’arbre n’ont rient de sanglants ou d’horrifiques. Mais Reito ne les connaît pas et son employeuse refuse de le lui expliquer, hormis un équivalent de « tu trouveras tout seul en temps et en heure ». Et c’est au fur et à mesure des rencontres avec ces pèlerins du soir qu’il en apprendra plus sur le temple, sur leurs propres vies, sur sa famille et finalement trouvera sa propre voie.
Attention, Le Gardien du Camphrier relève finalement bien du fantastique à travers un élément magique : l’arbre lui-même. Celui-ci n’apparaît, dans sa dimension magique, qu’une fois le livre bien entamé. Pendant une grosse moitié de l’ouvrage, les mystères qui entourent l’arbre pourraient tout aussi bien recevoir une explication très terre à terre. Et c’est d’ailleurs les différentes méthodes de Reito pour comprendre ce que font les visiteurs nocturnes qui vont servir de fil rouge au livre. L’action du roman ne se confine d’ailleurs pas au temple, mais elle nous emmène dans des endroits aussi variés qu’un palace dans une ville touristique, un studio d’enregistrement ou un café pour cadres fatigués au cœur de Tokyo.
Même sans crimes, ses enquêtes sont l’occasion pour Keigo Higashino d’exceller une fois de plus dans la création de différents personnages à toutes les strates de la société japonaise, et de nous dévoiler certains rouages de celles-ci qui restent méconnus. Le tout avec des personnages ici très attachants, même s’ils sont loin d’être parfaits. Ils font juste de leur mieux en fonction des circonstances de la vie et en payent les conséquences avec plus ou moins de grâce. L’incursion de la magie se fait très naturellement, comme une nouvelle donnée tangible à prendre en compte pour résoudre ces mystères, et non comme un grand bouleversement.
Jouant aussi bien avec les faits qu’avec les émotions de ses personnages, finalement, Le Gardien du camphrier nous livre un cosy mystery sans crime, mais avec une pointe de fantastique, particulièrement prenant. Et sa fin douce-amère se révèle curieusement apaisante.
Le Gardien du camphrier
de Keigo Higashino
traduction de Liza Thetiot
Éditions Actes Sud
