Dark Run

Voici un livre que j’ai choisi uniquement sur sa couverture, signée par le vétéran de la SF John Harris : un cube perdu dans l’espace, ou peut-être un océan, et un minuscule vaisseau planant au-dessus. Avant même de retourner l’ouvrage pour en lire le résumé, le lecteur ou la lectrice en espère quelques pages d’« évasion ». Il comptera sur Dark Run pour plonger la tête dans les étoiles et s’échapper de la réalité le temps de quelques pages. Et elle ou il aura parfaitement raison. Le résumé continue sur la lancée en promettant une équipe de chasseurs de primes peu à peu rattrapés par le passé mystérieux de certains d’entre eux.
Disons-le tout de suite : ni la couverture ni le résumé ne mentent. Si vous souhaitez un space opera qui cherche à vous faire réfléchir sur la condition humaine ou l’évolution de la technologie dans la galaxie, passez de suite votre chemin. Ici, on vous vend de l’action, de la sueur, du sang et de la poudre. Rien de plus, rien de moins, mais le plat est joliment préparé et parfaitement assaisonné. Les saveurs y mêlent le classicisme de toute bonne histoire de pirate avec des touches plus exotiques. Vous y retrouverez un capitaine charmeur cachant un sombre passé, une seconde implacable et d’une droiture affolante, une pilote casse-cou, un guerrier effrayant, mais avec un cœur en or, et une novice petite-bourgeoise s’encanaillant dans les bas-fonds. Le tout saupoudré d’une couche cyberpunk intéressante avec des prothèses, des tatouages mouvants et de la bidouille informatique bien menée. Et d’une modernisation bienvenue du genre, avec une galerie de personnages très diversifiée sans surreprésentation du monde anglo-saxon.
Certes Dark Run prend son temps pour s’installer et présenter ses personnages. Mais dès la situation mise en place, le rythme s’accélère. L’action court aux quatre coins de la galaxie en passant par l’espace aérien franco-espagnol et notre bonne vieille Terre. Elle alterne entre courses-poursuites motorisées ou non, fusillades et embuscades, actes de piraterie ou escroquerie de haute volée. Certains personnages, dont L’Homme qui rit ou les jumeaux, sont sous-exploités et trop peu mis en valeur. Mike Brooks les garde-t-il en réserve pour les prochains épisodes de la série ? C’est une possibilité et cela expliquerait également la fin abrupte de Dark Run à laquelle il ne manque qu’un « À suivre… » ou un « Dans notre prochain épisode… », tellement l’envie de donner une suite aux aventures de l’équipage du Keiko est palpable chez l’auteur. D’ailleurs, deux autres romans sont déjà sortis en version originale. Le lecteur voudra-t-il les lire ? Personnellement, ce sera oui. À la façon dont on retrouve un blockbuster estival au cinéma, je suis prête à suivre les aventures d’Ichabod Drift et de son équipe de page en page pour reposer mes neurones une fois par an en me perdant dans la galaxie pour quelques heures.

Dark Run
de Mike Brooks
traduction de Hélène Collon
Éditions Fleuve

(critique initialement parue dans Bifrost n°96)
(confinement oblige, le livre est également disponible en numérique, si vous ne pouvez accéder à votre libraire)

 

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