Le Magicien quantique

L’Arnaque, Ocean’s Eleven ou encore Insaisissables… J’ai toujours aimé les bons récits d’arnaque flamboyante et bien menée. Adolescente, je me plongeais avec délice dans les aventures du Rat en acier inox de Harry Harrison. Logiquement, lorsque le 4e de couverture me vend Le Magicien quantique de Derek Künsken comme un équivalent SF de Ocean’s Eleven forcément je suis intriguée.
Déjà, situons-nous. Nous sommes dans un futur lointain où l’humanité a
conquis les étoiles en utilisant un réseau de trous de vers préinstallé par une espèce non définie. Aux côtés des humains de base se trouvent des versions OGM de l’espèce : les Bâtards, espèces de requins-baleines à bras et au caractère mal embouché ; les Fantôches poupées vivantes rappelant pourquoi Chucky et Annabelle sont des créatures de cauchemar ; les Épouvantails, cyborgs spécialistes de l’espionnage et les Hommes quantiques dont fait partie le Magicien du titre. Ceux-ci d’apparence classique ont vu leurs capacités mathématiques développées et une modification neuronale capable de les faire passer à volonté dans un mode de pure objectivité et d’observation de l’univers au niveau quantique. Pour une raison peu claire, Belsarius Arjona est un homme quantique défectueux. Au lieu de rêver à de pures spéculations comme ses congénères, il a mis son talent au service de différentes arnaques. Là, une troupe perdue va lui demander de faire passer en douce une douzaine de vaisseaux de guerre à travers l’axe de transport le plus surveillé de la galaxie ou presque.
Au départ, Le Magicien quantique reprend tous les codes d’une histoire d’arnaque. Nous voyons le héros à l’œuvre sur un petit coup, l’arrivée du commanditaire et de la mission, le recrutement des spécialistes et le déroulé de la mission. Sauf que… tout ne se passe pas comme prévu et ce n’est pas un, mais deux traîtres qui se trouvent dans l’équipe. Et on le découvre à mi-chemin… De là, la lecture s’apparente à la vision au ralenti d’une catastrophe en devenir. J’avoue que les passages de William au milieu des Fantôches ont été particulièrement éprouvants à lire. Et pourtant… Tout à la fin,
un retournement complet de situation vous fait comprendre qu’au lieu de lire Ocean’s Eleven vous étiez plongé dans Usual Suspects avec Belsarius Arjona dans le rôle de Kayser Söze. En revanche, Le Magicien quantique manque d’un « je ne sais quoi » pour s’attacher réellement aux personnages qu’il présente. Le lecteur est toujours en position extérieure par rapport à l’intrigue et va parfois s’agacer d’un début d’explication jargono-scientifique qui encombre certaines pages. Malgré ces quelques défauts, la lecture de ce roman satisfera les personnes aimant décortiquer de belles arnaques, d’autant que pour une fois, la motivation des personnages n’est ni l’argent ni la vengeance…

Le Magicien quantique
de
Derek Künsken
traduction de
Gilles Goullet
Éditions
Albin Michel

Artemis: A Novel

Avec The Martian, lu dans une version à 0,99 $ bien avant sa reprise dans une grande maison d’édition et bien avant le film, Andy Weir m’avait scotchée dans le genre livre d’ingénieur bien fichu et très très drôle (bien mieux que le film vous dis-je !). Avec Artemis: A Novel, il confirme sur sa lancée tout en s’essayant à un autre genre : l’intrigue policière avec en guise de héros un criminel au grand cœur. Ou plutôt une criminelle, Jazz, contrebandière établie sur la seule ville lunaire, Artemis, et embrigadée sans le vouloir dans une tentative de prise de contrôle mafieuse des lieux.
Comme pour The Martian, Andy Weir dresse un portrait ultraréaliste et particulièrement détaillé de la vie sur la Lune. Les esprits les moins scientifiques parmi les lecteurs risqueront d’ailleurs de décrocher au moins de comprendre les différents points de fusion des métaux et pourquoi la soudure dans le vide est autrement plus pénible que la soudure dans une atmosphère classique même à 1/6e de G. Il le fait avec un ton humoristique et sarcastique qui rend les passages techniques nettement plus digestes. Quant à l’intrigue policière, elle est solide et assez bien menée pour que la solution finale n’apparaisse pas comme une évidence à mi-chemin du livre. En revanche, le choix du personnage me pose un léger problème. Andy Weir ne sait tout simplement pas écrire les personnages féminins. Certains auteurs peuvent écrire des hommes, des femmes ou des extraterrestres de tout âge sans que cela ne gêne le lecteur. D’autres ont du mal à se mettre dans la peau de l’autre. Là où Andre Norton ou Robin Hobb peuvent écrire des personnages masculins avec justesse, et là où Glenn Cook peut écrire plusieurs tomes de sa Compagnie noire en prenant la plume d’une capitaine, Andy Weir a un personnage féminin trop stéréotypé pour qu’il soit crédible en tant que lectrice. Même si je suis quasiment certaine que les maniérismes de Jazz et des autres personnages féminins ont été placés là de façon inconsciente par l’auteur. Rien de bien grave en tout cas. Sur ses 242 pages, Artemis vous emporte sur la Lune et vous mène d’un bout à l’autre d’une bonne petite opération criminelle à la Ocean’s Eleven. Un vrai régal pour les amateurs du genre.

Artemis: A Novel d’Andy Weir
Éditions Crown