J’ai — comme nombre de lectrices impulsives — un talent certain pour débuter les séries dans n’importe quel ordre. J’ai commencé Les annales du Disque-monde par un Hogfather oublié par un autre vacancier à l’autre bout du monde, j’ai lu Les Voyageurs en passant directement du tome 1 au tome 4 avant de revenir dans l’ordre et j’ai également commencé par le tome 2 le cycle de Noon et ne parlons pas du grand désordre dans lequel j’ai picoré la Ballade de Pern au fil des trouvailles dans le bac du bouquiniste en vacances. Et si dans la littérature imaginaire, ce n’est souvent pas si grave que ça, en littérature générale… Fort heureusement pour Le Guide des femmes insoumises d’Alison Goodman, même s’il est visiblement la suite directe de Le Cercle des femmes rebelles, n’avoir par lu le premier n’a pas du tout freiner ma lecture. Les éléments importants étant rappelés par des dialogues entre les personnages de façon assez fluide. Et ne pas avoir une bonne mémoire des noms non plus, car ma précédente lecture de l’autrice australienne dans une fantasy historique se déroulant elle aussi dans la Grande-Bretagne de 1812 m’avait laissé une impression mitigée.
Mais Le Guide des femmes insoumises a deux avantages pour lui par rapport à Lady Helen et ses suites. D’une part, il ne contient pas une once de magie tout en restant tout aussi plein d’action, de rebondissements et de dialogues piquants. J’ai l’impression qu’Alison Goodman est bien plus à l’aise quand elle ne se lance pas dans un mélange des genres un peu trop déséquilibré. D’autre part, la protagoniste, Augusta dite Gus, et sa jumelle sont des femmes adultes (quoi qu’en pensent la bonne société de la Régence anglaise ou leur propre frère) et se comportent comme telles. Et même si ce sont les « femmes insoumises » du titre, elles n’ont plus l’impulsivité ni la naïveté d’héroïnes adolescentes… Ce qui ne les empêche pas de prendre en main leur destin et d’aider les autres, comme ici un couple de femmes (dont l’une a été sortie d’un asile psychiatrique où elle avait été enfermée et torturée en raison de ses mœurs) à exfiltrer. Mais en prenant le temps de la réflexion et en retournant à leur avantage les armes que l’aristocratie anglaise met à leur disposition, comme les multiples règles de bienséance ou l’orgueil et la peur de perdre la face des hommes. Et dans le même temps, elles vont devoir gérer leurs différentes relations (dans et hors de leurs classes sociales) et dans le cas de Gus, comprendre que sa propre sœur peut elle aussi faire ses choix en toute indépendance, même si cela lui crève le cœur. Si vous aimez le côté reconstitution historique des différents milieux de l’époque (y compris une nouvelle version de Beau Brummel), si vous voulez de l’aventure avec un soupçon d’enquête qui vous entraîne des bas-fonds londoniens aux salons philosophiques et manoirs à la campagne de l’aristocratie et si vous aimez les dialogues ciselés et percutants, alors Le Guide des femmes insoumises est fait pour vous. Petit bémol, la fin est ouverte sur le sort des deux jumelles et j’aimerais bien que le tome 3 ne mette pas trop de temps à sortir pour le découvrir.
Le Guide des femmes insoumises
d’Alison Goodman
Traduction de Marina Boraso
Éditions Albin Michel
