La ronde de nuit

Du fantastique coréen, je connais surtout ce que proposent le cinéma et la télévision et, en littérature, les quelques titres écrits par la diaspora coréenne. Comme j’étais passée à côté de l’enthousiasme de la livrosphère à la sortie de Lapin maudit de Bora Chung, j’ai profité d’un passage en librairie pour me laisser tenter par le poche de La ronde de nuit et son agneau amateur de lépidoptères en couverture.
Le résumé nous invite à l’intérieur d’un mystérieux Centre de recherche où sont entreposés et étudiés des objets liés à des phénomènes surnaturels. Bora Chung va nous raconter l’histoire de certains d’entre eux. Et pour cela, elle nous met dans la peau d’une nouvelle employée chargée de la surveillance nocturne des lieux, qui écoute les mises en garde et les anecdotes de l’Ancienne, l’autre employée de nuit, qui a la particularité d’être aveugle.
Si vous vous attendez à des gerbes de sang, des tripes dégoulinantes ou des monstres connus, passez votre chemin : La Ronde de nuit n’est pas pour vous. Le fantastique et l’horreur dans ce recueil sont plus dans l’esprit des backrooms et de ces espaces où la réalité fait un pas de côté. Chaque objet (ou animal) hantant le centre est souvent lié à un côté sombre de la société coréenne, qu’il s’agisse de sa structure patriarcale et misogyne, et où le « pater familias » peut ruiner la vie de ses proches avec ses dettes de jeux ou son attitude immature, mais également une certaine façon d’aborder le chamanisme à la fois dans la vie quotidienne (ou comme moyen de se faire de l’argent facile) ou le passé violent de la péninsule. Chaque histoire est indépendante des autres et peut se lire seule, mais on s’aperçoit vite qu’elles sont liées entre elles. L’objet ayant rendu fou de convoitise la victime d’une histoire a servi à protéger la protagoniste d’une autre ou à l’aider à se venger. Ce qui créer en pointillé un tableau doux-amer très intéressant.
De plus, comme La ronde de nuit est très court (moins de 200 pages), Bora Chung n’a pas réellement le temps de se répéter et de lasser la lectrice avec ses histoires. Ni celui de traîner en longueur, contrairement à de nombreux k-dramas dont les épisodes dépassent allègrement les 60 minutes en multipliant les scènes de repas, quasi absentes dans ce recueil. Ce fut donc, pour ma part, une très bonne découverte de cette autrice et j’y reviendrai à l’occasion.

La ronde de nuit
de Bora Chung
traduction de Kyungran Choi et Pierre Bisiou

Éditions Rivages

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