Biomega

De Tsutomu Nihei, en manga je n’avais lu que Blame! pour des raisons professionnelles, et si j’avais apprécié son style graphique, l’histoire était bien trop confuse à mon goût pour rentrer réellement dans son œuvre. Puis j’ai entendu parler de Biomega. Un homme, une moto intelligente ? Cela ressemblait tellement à Tonnerre mécanique que je ne pouvais que tenter l’expérience. Résultat ? Les six volumes de cette série ont été dévorés une première fois en quelques heures, et ont entraîné une relecture dans la foulée.
Biomega se situe approximativement 1000 ans dans le futur : Mars a été colonisé puis oublié, et
une équipe scientifique est partie sur place voir ce qu’il en restait. Elle revient sur Terre porteuse d’un mystérieux virus, le N5S qui transforme la population humaine en drones, comprendre des zombies sans fringale de cervelle avérée, sauf quelques spécimens immunisés. L’homme à la moto, c’est-à-dire Zoichi Kanoe, est chargé de sauver ces immunisés. Il va au fil des tomes découvrir toute une galerie de personnages attachants et intrigants, mais également découvrir que ce virus n’est finalement pas arrivé sur Terre par accident. Plusieurs factions comptent s’en servir pour accéder à l’immortalité et remodeler le monde à leur image.
Mélangeant des thèmes post-apocalyptiques avec une contagion ravageant peu à peu l’humanité et la remodelant de façon grotesque, et du cyberpunk avec des êtres de synthèses, des intelligences artificielles et des transferts de conscience, Biomega rebrasse de nombreux thèmes ch
ers à Tsutomu Nihei et déjà abordés dans Blame! Sauf que cette fois-ci, il les enrobe dans une intrigue nettement plus claire et avec des personnages beaucoup plus attachants. La fin, très ouverte, peut sembler obscure ou libre à l’interprétation du lecteur, mais le parcours est plus que haletant. Graphiquement, on retrouve les envolées architecturales de Tsutomu Nihei, avec un côté plus organique et dans certains plans plus européens. Comme le bâtiment où Ion Green habite au début de l’histoire ou certains villages sur la fin. On y trouve également un code assez claire : cheveux sombres ce sont des entités plutôt organiques, cheveux clairs ce sont des entités majoritairement électroniques. Et mine de rien, ce genre d’indice visuel devient bien pratique.

Biomega
(6 volumes
)
 de Tsutomu Nihei
traduction de
Olivier Neimari
Éditions
Glénat

La schismatrice

Certains auteurs font partie des pères fondateurs d’un genre. C’est le cas de Bruce Sterling pour le cyberpunk anglo-saxon. Et La schismatrice est l’une de ses œuvres phares dans le domaine. L’ayant trouvé par hasard dans la « boite à lire » de la plage, j’ai décidé de tenter l’aventure.
À la différence de mes lectures estivales habituelles, je ne l’ai pas lu d’une traite.
La schismatrice tient plus du concept littéraire que l’on admire que du roman passionnant qui vous plonge dans ses pages sans vous lâcher jusqu’à la fin. En effet, aucun des personnages de Bruce Sterling, à commencer par le « héros » de l’histoire Abélard Lindsay, n’a éveillé de sympathie en moi. Les raisons de la vendetta qui l’opposent à Philip Constantin au fil des décennies sont assez maigres, et sa tendance à fuir systématiquement n’est pas des plus héroïques. En revanche, l’univers dépeint par Bruce Sterling est foisonnant d’idées. Se plaçant dans un système solaire où une partie de l’humanité a fui une catastrophe climatique dans des habitats autour de la Lune ou dans la ceinture d’astéroïdes, Bruce Sterling imagine une humanité tiraillée entre les tenants d’améliorations cybernétiques (les mécanistes) et ceux misant tout sur la biologie (les formationnistes). Au fur et à mesure chaque tendance va aller jusqu’à des solutions toujours plus radicales, comme les électro-câblés ayant abandonnés leurs corps physiques pour être des fantômes des réseaux d’information ou la geisha se transformant en astéroïde de chair humaine. Dans ces conditions, l’ajout d’extra-terrestres en devient presque superflu, si ce n’est pour la transcendance finale de Lindsay.
Faut-il lire La schismatrice ? À la manière des Voyages de Gulliver, l’histoire n’est qu’un prétexte pour que l’auteur présente sa vision de l’évolution de l’humanité et des sous-espèces qu’elle engendrera. Si vous aimez ce genre d’évocation, ou si vous adorez le cyberpunk mâtiné ici d’une bonne dose de space opera, n’hésitez pas. En revanche, si vous avez besoin d’une intrigue solide pour
vous plonger dans un livre, passez au large. Si le livre ne manque pas de rebondissements ni d’action, les liens entre chaque séquence seront trop lâches pour retenir votre intérêt.

La schismatrice
de
Bruce Sterling
Traduction de
William Desmond
Éditions
Denoël