Working Class Heroic Fantasy

S’il est bien un livre où le bouche-à-oreille sur les réseaux sociaux marche, c’est Working Class Heroic Fantasy. À force de voir circuler par épisodes les chapitres sur Mastodon, un réseau social pourtant réputé opaque, j’ai fini par craquer. Et maintenant que le roman de Simon « Gee » Giraudot est enfin terminé, je l’ai chargé sur ma liseuse et vogue la galère…
Moins de vingt-quatre heures plus tard, mon voyage s’est achevé sur un franc sourire. Même si comme son titre l’indique clairement, Working Class Heroic Fantasy, relève de la fantasy pure et dure qui n’est pas mon genre de prédilection, j’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre révolutionnaire. Dans un monde moderne pas si éloigné du monde, les races classiques de la fantasy — elfes, orques, gobelins, gnomes, nains, humains, fées, etc. — vivent en paix et a priori classiquement. Sauf que…
Sauf que la classe politique est aux mains de morts-vivants, que le pouvoir économique est aux mains des orques et des gobelins, et que ceux-ci, cédant aux clichés du genre à une exception près, sont détestables et n’hésitent pas à opprimer les classes subalternes. Et sauf que le spécisme est bien présent entre les races magiques (elfes, fées et magiciens) et les races dites « inertes » qui ne peuvent naturellement pas utiliser la magie et se sont tournées vers la science et la technologie pour compenser, et suivant la taille moyenne des différentes tailles (les orques frôlant les 3 m au sommet de la pyramide et les individus à la verticalité plus vacillante comme les nains et gnomes se retrouvent tout en bas). Quand Brane Mustii, humain employé de bureau de base, se fait une fois de plus humilier par son supérieur gobelin, il se décide à franchir la porte de son syndicat. Et se retrouve en moins de deux embarqué dans une quête qui de minutes de jurisprudence en épée mystique aboutira à rien moins que la révolution, et peut-être l’émergence d’une nouvelle forme de société autogérée et plus égalitaire. Vous l’aurez compris, mais ici aussi le titre est assez clair, Working Class Heroic Fantasy met la politique au cœur de son histoire. Avec une analyse assez fine et toujours hilarante des différents courants de pensée en vigueur. Les postures syndicalistes de Carmalière et ses contradictions internes après huit siècles de lutte valent notamment le détour… Et comme toute quête, l’action ne manque pas avec un dragon et des Valkyries à affronter, et des caractères bien trempés à concilier.
Si sur le fond, Working Class Heroic Fantasy vaut déjà le détour, sa forme de distribution est également originale. En effet, non seulement le livre est autoédité, mais il est disponible sous Creative Commons (CC BY-SA 3.0 FR plus exactement), ce qui donne le droit à tout à chacun de remanier ce livre pour le diffuser sous un autre format, en utiliser une partie ou le réarranger à sa sauce à condition de ne pas appliquer de restrictions légales ou techniques à votre version. Si vous voulez lire simplement le livre, vous pouvez le télécharger ici ou ici gratuitement, ou le commander ici en version papier pour 15 €. Bonne découverte !

Working Class Heroic Fantasy
de
Simon “Gee” Giraudot
É
ditions Framabooks

Fil rouge 2018 : Persepolis Rising

Mars débute et en l’honneur du dieu romain qui lui a donné son nom, parlons de guerre. Et plus exactement de ses répercussions. C’est le thème qu’aborde Persepolis Rising, le septième livre dans la série The Expanse de James SA Corey. Comment prendre possession d’un système solaire et se rendre maître d’un essor galactique naissant ? Comment s’opposer à une invasion quand l’ennemi vous connaît par cœur, et dispose d’une puissance de feu inimaginable jusqu’ici ? Persepolis Rising y répond en ouvrant une autre série de questions pour les deux (derniers ?) livres de la série à venir.
Civils, militaires, résistants ou collaborateurs, vainqueurs comme vaincus : la guerre est toujours sale et fait des dégâts dans tous les camps. C’était vrai depuis la plus haute Antiquité, c’est plus que jamais vrai en ce début de XXIe siècle, et ce le sera encore au XXVe siècle selon James SA Corey*. Persepolis Rising commence trente ans après le précédent livre (Babylon Ashes) et entre 40 et 50 après le tout premier livre de The Expanse (Leviathan Wakesl’Éveil du Leviathan en VF). Trente ans que la guerre entre les planètes intérieures (la Terre et Mars) et la Ceinture a eu lieu, trente ans que les portes ouvrant la voie vers d’autres systèmes stellaires sont ouvertes grâce à la protomolécule. Dans cet univers apaisé, l’équipage du Rocinante dont les quatre personnages que l’on suit depuis le début (James Holden, Naomi Nagata, Alex Kamal et Amos Burton) songent à la façon dont chacun assurera ses vieux jours. Alors que deux d’entre eux se décident enfin à raccrocher, d’une des portes surgit une vieille menace oubliée et plus puissante que jamais. Le fragile équilibre à l’intérieur comme à l’extérieur du vaisseau vole en éclat et tout le monde doit trouver ses marques pour lutter contre l’envahisseur ou simplement survivre.
Malgré un saut dans le temps, d’autant plus déstabilisant pour la lectrice que la série TV The Expanse m’avait renvoyée à la genèse de cet univers, Persepolis Rising est encore l’un des romans les plus puissants de la série. Il est nettement plus intéressant que Strange Dogs, la nouvelle qui l’a précédé même si celle-ci ouvre de nouvelles perspectives en rapport avec la fin de ce roman. Pourquoi ? Parce qu’on y retrouve nos personnages favoris. Ils ont vieilli, ils sont désormais dans des positions où on ne les imaginait pas comme Camina Drummer passée de Tycho Station à la tête de l’union des transporteurs. Et comme d’habitude, ils doivent faire face à des événements qui les dépassent. De plus, James SA Corey nous montre chaque facette du conflit spatial en cours : de chaque côté du système solaire : en zone occupée comme sur la ligne de front, côté envahi comme côté envahisseur. Celui-ci se joue aussi bien en jouant aux échecs en 3D avec les navires, astéroïdes et habitats comme pions, qu’en multipliant les actes de sabotage dans les coursives des stations ou en contrôlant les médias pour influencer l’opinion. Une fois le problème posé, la solution qu’apporte James SA Corey au fil des pages reste imprévisible. Tous les personnages ne ressortent pas vivants de cette guerre, personne n’en sort intact et encore une fois le statu quo de The Expanse est bouleversé pour le prochain roman. Les ennemis d’hier et d’aujourd’hui y seront peut-être forcés d’être les alliés de demain.


* Oui, je sais derrière le pseudonyme James SA Corey se cachent deux auteurs, Daniel Abraham et Ty Franck, mais comme ils se répartissent l’écriture à parts égales autant maintenir grammaticalement la fiction en utilisant le singulier.


Persepolis Rising (The Expanse 7)
de James SA Corey
Éditions Orbit