L’Effet domino

Si vous êtes nostalgique des Brigades du Tigre, si vous aimez l’histoire, si vous avez adoré l’Aliéniste (le livre de Caleb Carr comme la série), ou si tout simplement vous cherchez un bon livre policier, laissez-vous tenter par L’Effet domino de François Baranger. L’ayant acquis lors de la toute dernière #GrosseOP des éditions Bragelonne, j’ai lu d’une traite ce livre lors d’un voyage.
En bon thriller, il oppose un flic taciturne et sa petite équipe à un tueur violent et maniaque. Sauf que là où les histoires de tueurs en série se situent généralement soit dans le monde anglo-saxon, soit à partir de la fin du XXe siècle, François Baranger a choisi pour L’Effet domino une période méconnue de l’histoire : le Paris de 1907 pris entre la Commune de 1871 et la montée vers la Première Guerre mondiale. À mi-chemin entre le XIXe siècle et les esquisses des méthodes modernes de police, l’enquête de l’inspecteur Lacinière sur les traces du « tueur à répétition », le Domino, oscille également entre le récit historique et le polar bien noir classique. De fausses pistes en frein politique, celle-ci va buter contre un certain nombre d’obstacles avant d’arriver par des chemins détournés, et une touche de magie, au dénouement final.
L’Effet domino, comme tout bon polar, ne se lâche plus une fois entamé. Hormis quelques descriptions historiques qui ont agacé la lectrice que je suis, traumatisée par une étude scolaire de Zola, il apporte une touche de dépaysement bienvenue dans les thrillers. Ayant découvert l’auteur, je suivrais, s’il y en a, la suite des aventures de son inspecteur de près.

L’Effet domino
de François Baranger
Éditions Bragelonne

Lucide — T.1 : Initiation

Quelquefois, il est bon de lire un livre léger et sans prétention. Ayant particulièrement apprécié Le Collectionneur chez Alter Real, j’ai voulu tester un autre livre chez cet éditeur et ai porté mon choix sur Lucide de Soraya Doye. Même si je ne suis pas franchement le cœur de cible marketing pour de la littérature young adult, la couverture m’a attirée. J’avoue un faible pour les améthystes. Ce sont des petits détails dans ce genre qui font parfois pencher la balance…
Si Lucide — T.1 Initiation est une bonne surprise, ce livre n’est pas exempt de quelques défauts comme une romance très convenue avec un retournement final évident, et un équilibre assez étrange entre trop de détails (a-t-on réellement besoin de savoir les moindres détails du mascara ou de la tenue de A. ?) et des incohérences (Depuis quand on peut démarrer en trombe en plein Paris pour aller en voiture au lycée ? Et où Maya trouve-t-elle la place de garer son véhicule en arrivant à l’heure en cours ?). Malgré tout, et si vous n’êtes pas Parisien ces réflexions ne vous viendront pas forcément à l’esprit, Lucide se lit très
bien et raconte une version originale de l’adolescente qui découvre que le monde qui l’entoure n’est pas celui qu’elle connaît et qui va devoir apprivoiser ses nouveaux pouvoirs.
Le jour de ses 18 ans, A.
découvre une étrange marque sur son épaule et rencontre des problèmes de sommeil qui n’ont rien à voir avec l’arrivée du bac dans quelques semaines. Elle va apprendre que, comme sa mère disparue lorsqu’elle avait douze ans, elle fait partie des Lucides, une catégorie d’humain capable d’avoir des rêves conscients et de vivre dans le monde du sommeil comme dans le monde de l’éveil. Certains de ces Lucides ont des pouvoirs dignes de superhéros (dont, ô surprise, A.) et suscitent l’envie d’une mystérieuse faction, les Quartz, qui les fait disparaître. Cette faction s’intéresse très vite à A. et celle-ci va devoir s’allier avec des Lucides sans jamais être sure de pouvoir leur faire confiance tout en n’éveillant pas les soupçons de sa famille et de ses amies.
L’ensemble écrit à la première personne donne une aventure à dévorer très vite, où peu à peu l’on s’attache aux personnages, même si leurs défauts apparaissent de plus en plus flagrants. Ce qui les rend plus réels ? Comme le titre l’indique, Lucide — T.1 Initiation, ce livre est le premier d’une série. Pour ne pas laisser le lecteur sur sa faim, Soraya Doye a justement un peu trop précipité la fin de ce volume. Celle-ci aurait mérité un ou deux chapitres de plus pour être moins embrouillée pour le lecteur. Histoire à suivre au tome 2 ?

Lucide — T.1 Initiation
de Soraya Doye
Éditions Alter Real

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu

Nous sommes fin mars en cette année dédiée à HP.Lovecraft et je commence déjà à saturer malgré tout mon amour pour l’œuvre d’H.P.L et ses créatures monstrueuses. Pourtant, j’ai craqué lors de Livre Paris 2018 pour un énième livre mettant en scène Cthulhu (et je prévois un craquage en octobre pour le prochain livre de Charles Stross dans la série des Laundry Files avec Nyarlathotep en personnage principal). Pourquoi ? Tout simplement parce que je fais confiance à Karim Berrouka depuis Le club des punks contre l’apocalypse zombie pour me distraire et me faire rire avec une histoire surprenante et rondement menée.
Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu tient toutes ses promesses. Ingrid, trentenaire parisienne entre deux jobs et entre deux bars découvre un jour qu’elle est l’élément clé pour enfin réveiller Cthulhu et peut-être détruire l’humanité. Pour celle qui a tendance à se laisser porter par la vie et qui n’a jamais lu une ligne de Lovecraft, l’affaire est surprenante. Surtout quand cinq factions d’hurluberlus mettent tout en œuvre pour la convaincre, la séduire, la menacer ou la kidnapper. Et pourquoi une statuette de scribe volée au Louvre a un rôle primordial dans cette histoire ?
Si vous connaissez aussi peu l’œuvre de Lovecraft qu’Ingrid et que vous n’avez jamais mis les pieds à Paris, ce livre est déjà très réjouissant de drôlerie. Karim Berrouka a un sens inné de la formule. Son « Monjoie ! Saint-Denis ! Fuck the patronat ! » du livre précédent, m’amuse encore. Dans celui-ci, Ingrid a quelques fulgurances linguistiques à rire à gorge déployée dans le métro.
Si en plus, vous êtes fin connaisseur du mythe de Cthulhu ou que vous maîtrisez la géographie parisienne comme votre poche, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu s’avérera encore plus riche et plus drôle. J’ai trouvé la fin en pied de nez particulièrement bien trouvée, même si, Cthulhu, malgré son sommeil profond, est finalement assez bon bougre au réveil.

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu
de Karim Berrouka
Éditions ActuSF

Testament 1, 2 et 3

Testament 1, 2 et 3

L’urban fantasy française de qualité est encore très rare. Et les séries d’urban fantasy avec un début et une fin programmée qui ne s’étale pas sur une dizaine de tomes sont d’une espèce encore plus rare. C’est donc peu dire que Testament, la trilogie de Jeanne-A Debats, est un spécimen excessivement rare.
L’histoire est celle d’Agnès Cleyre, une demi-sorcière affligée de multiples allergies et d’un don pour voir les fantômes, navigant dans un Paris d’un futur relativement proche de nous. Dans les rues bien connues des Parisiens, elle y croise tous les membres de l’Altermonde (loups-garous, vampires, sirènes, sorcières, anges et nymphes). Embauchée dans l’étude notariale de son oncle, elle doit en démêler les imbroglios judiciaires tout en domptant ses propres pouvoirs et en découvrant le secret de ses origines.

Attention, malgré son ton primesautier et sous des dehors légers et humoristiques, les trois volumes de Testament (L’Héritière, Alouettes et Humain.e.s, trop humain.e.s) ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Les amoureux d’architectures risqueront de souffrir à certains passages, même si personnellement je me suis régalée de la destruction du centre Beaubourg et du Sacré-Cœur (et, comme Agnès beaucoup moins de la bibliothèque du centre). Et certains passages, notamment ceux où intervient Navarre le vampire, sont particulièrement crus et rappellent des réalités oubliées d’époque lointaine ou non. Ajoutez-y des personnages aux couleurs politiques (variées) mais passionnés et une critique bien sentie du tout sécuritaire que connaît depuis plusieurs années notre pays pour que certaines âmes sensibles se sentent mal à l’aise. Pour les autres, ces trois livres se dévorent littéralement. Même si, effectivement la fin ne peut être que définitive, je n’ai eu qu’un regret en refermant le troisième volume : en avoir fini avec des personnages aussi attachants.

Testament : l’Héritière
Testament : Alouettes
Testament:Humain.e.s, trop humain.e.s
De Jeanne-A Debats
Éditions ActuSF

Le Paris des Merveilles – Les enchantements d’Ambremer

De Pierre Pevel, j’avais lu le tome premier du Haut-Royaume et celui des Lames du Cardinal. Le style était assez clair et enlevé pour m’emmener jusqu’au bout des livres, mais mon peu d’intérêt pour ces histoires de fantasy sommes toute très convenues ne m’avait pas donné envie d’aller plus loin. Or, si je ne suis pas une grande amatrice de fantasy dite « classique », j’ai un très très gros faible pour la littérature steampunk et la fantasy humoristique. Profitant d’une des GrosseOP de Bragelonne, j’ai donc pris le tome 1 du cycle Le Paris des Merveilles en promotion à 0,99 €.

Et là, Pierre Pevel s’est révélé beaucoup plus intéressant à mes yeux que lors de mes précédentes tentatives. Certes je n’y retrouve pas l’ironie, les bons mots ou l’inventivité dont fit preuve Terry Pratchett dans sa saga Discworld, mais j’ai dévoré ce court roman en quelques heures d’insomnie avec grand plaisir. Pour une fois qu’un roman steampunk ne se passe pas à Londres ni à la toute fin du 19e siècle, cela change !

J’ai particulièrement aimé la création de créatures originales comme les chats-ailés ou les arbres parlant, ainsi que certains clin d’œil comme l’apparition de la fine équipe des Brigades du Tigre en précurseur de la police scientifique. L’histoire, à la différence du souvenir que j’avais gardé des deux autres livres, est également moins prévisible (sauf la fin) , tout en progressant assez rapidement.

Pour autant, certains détails m’ont agacée, comme le fait que le narrateur parle directement à son lecteur pour lui faire remarquer tel ou tel détail de son récit. Frédéric Dard était certes coutumier du fait, dans ses San-Antonio, mais comme il le faisait en tant que Commissaire San-Antonio racontant ses aventures avec toute l’exagération liée à son caractère, ces écarts ne sortaient pas le lecteur du récit en cours. Ici ce ne sont ni Griffont, ni Isabel de Saint-Gil ni aucun autre des personnages qui écrivent après coup les aventures. Ces interventions arrivent comme un cheveu sur la soupe. La fin semble aussi très vite amenée et emballée. Du coup, dans l’édition de Bragelonne (je ne sais si cela était déjà le cas dans l’édition originale), on se retrouve avec une courte nouvelle liée à l’univers de Jules Verne. Certes la nouvelle est plaisante, mais j’aurais préféré une fin un poil plus longue pour être moins bâclée.
Du coup, vais-je lire les deux autres tomes ? Oui, certainement si Bragelonne les ajoute à sa prochaine GrosseOP, ou si je les trouvent à l’occasion. Mais je ne précipiterai pas pour aller les commander de suite chez mon libraire.

Le Paris des Merveilles – Les enchantements d’Ambremer
de Pierre Pevel
Éditions Bragelonne