Les Temps ultramodernes

Que ce soit en musique ou en littérature, j’avoue avoir un faible pour l’univers steampunk et rétrofuturiste. Cela tombe bien, le premier titre à paraître en 2022 chez Albin Michel Imaginaire se réclame de cette mouvance. Il s’agit de Les Temps ultramodernes de Laurent Genefort. Dans ce livre, nous sommes à la fin de la période habituellement couverte par l’appellation steampunk, puisque l’action se situe dans les années 20 à Paris et sur Mars.
Dans Les Temps ultramodernes, le point de déviance par rapport à notre ligne temporelle se situe en 1895 par la découverte d’un certain Georges H. Cavor d’un élément, la cavorite, ayant la particularité d’émettre un rayonnement contrant la gravité terrestre. Depuis, toute une industrie a prospéré avec notamment des voitures volantes, et des paquebots spatiaux qui ont permis la conquête de Mars. Les grands empires coloniaux européens — à savoir l’Angleterre, l’Allemagne et la France — se battent pour qui étendra ses conquêtes dans le système solaire et qui s’appropriera les mines de cavorite. Las, les quantités disponibles arrivent à épuisement et les propriétés d’antigravité s’estompent plus vite que prévu. Après une guerre éclair en 1912, un krach boursier a exacerbé les tensions sociales et économiques dans la vieille Europe. C’est dans ce contexte que nous suivons plusieurs personnages : Renée, institutrice de province montée à Paris et prête à instruire tout le monde, « indigènes » martiens compris ; Georges, artiste fauché qui se laisse séduire par la violence politique ; Maurice, inspecteur de police proche de la retraite rêvant d’un dernier gros coup et Marthe, journaliste scientifique spécialiste de la cavorite. Leurs destins vont se mêler au sein d’une enquête qui les mènera des bas-fonds de Paris et de sa banlieue aux avant-postes coloniaux martiens.
Avec Les Temps ultramodernes, Laurent Genefort signe donc un roman d’aventures uchronique bourré de rebondissement
s tels les feuilletons qui paraissaient dans les quotidiens du début de ce siècle. Il se livre également à un exercice de style en empruntant le rythme et le ton de son livre à cesdits feuilletons, mais également aux romans de « merveilleux scientifiques » vivaces en ce début de XXe siècle, avec des clins d’œil plus qu’appuyés tant à H.G.Wells qu’à Gustave Le Rouge. Tout en y ajoutant une dimension sociale forte et une critique du colonialisme, de la spéculation capitaliste et de leurs travers modernes (même si celle-ci était déjà présente chez les autrices et auteurs anarchistes dès la fin du XIXe siècle). Le tout forme un roman au style volontairement désuet, mais plein d’actions et aux personnages bien campés. Dommage d’avoir une résolution si rapide, après une mise en place soignée des différents pions en présence.
À noter qu’en complément du roman, l’auteur sous le pseudonyme d’Hippolyte Corégone commet un Abrégé de Cavorologie reprenant le format des vieux manuels scolaires de sciences. Celui-ci retrace l’histoire de ce minerai fictif, en détaille les propriétés et les différents usages possibles ainsi que son influence dans le monde de l’art. Cet abrégé est téléchargeable gratuitement et offre un bon complé
ment à lire avant ou après Les Temps ultramodernes pour mieux en savourer certaines implications.

Les Temps ultramodernes
de Laurent Genefort
Éditions Albin Michel

Les Artilleuses

Depuis mars 2020, Le Paris des Merveilles imaginé par Pierre Pevel se décline également en bande dessinée. Pourquoi en parler seulement maintenant ? Tout simplement, car j’attendais d’avoir les trois tomes constituant tout le premier arc à lire et relire ensemble pour me faire une idée complète. Après le tome 1, Le Vol de la Sigillaire, le tome 2 Le Portrait de l’antiquaire, le tome 3 Le Secret de l’Elfe clôt enfin cette aventure en compagnie des Artilleuses qui donnent leur nom à cette BD. De qui s’agit-il ? De trois bandits en jupon haut en couleur à savoir Lady Remington, magicienne anglaise de son état, Miss Winchester, fine gâchette américaine au tatouage particulier et Mam’zelle Gatling, petite fée de Paname n’aimant rien d’autre que les explosions. Ce trio s’est spécialisé dans les cambriolages et tombe sur un os quand elles s’emparent de la Sigillaire un bijou précieux qui attirent la convoitise des nations terrestres comme venues d’Ambremer.
Au fil des trois tomes, elles devront résoudre les différents mystères qui entourent l’objet tout en échappant aux services secrets français, allemand, féérique et elfique. Elles seront aidées par toute une ribambelle de personnages
tous plus étonnants et attachants les uns que les autres, Tiboulon chien mécanique de son état en tête.
Si vous avez aimé l’univers du Paris des Merveilles ne boudez pas votre plaisir ! Là où le tome 1 et le tome 2 lus seuls se révélaient frustrants avec cette manie de s’arrêter en plein chemin, Le Secret de l’Elfe termine élégamment cette première aventure tout en laissant la porte ouverte à
d’autres péripéties. Et Pierre Pevel étant lui-même au scénario des BD, vous pouvez être sûrs que l’histoire sera sans fausse note par rapport à la trilogie de romans initiale. Au dessin, le style d’Etienne Willem a juste ce qu’il faut de pétillance et de précision pour donner vie à cette version fantasmagorique de Paris, le tout admirablement mis en couleur par Tanja Wenisch. Et si vous ne connaissez pas du tout le Paris des Merveilles ou que vous souhaitez le faire découvrir à un proche, c’est une excellente porte d’entrée dans l’univers qui peut plaire même aux plus réfractaires à la lecture.

Les Artilleuses
de 
Pierre Pevel (scénario) et Etienne Willem (dessin)
Éditions
Drakoo

Mort dans le jardin de la lune

Acheté sur un coup de tête en raison de sa couverture, Mort dans le jardin de la lune est pourtant une suite. Il s’agit du deuxième volume des mémoires de Pierre Le Noir, membre de la Brigade nocturne de Paris. Heureusement pour moi, même s’il semble se dérouler quelques heures à peine après la fin de Quartorze crocs, le roman de Martín Solares peut se lire indépendamment.
Après l’affaire précédente, Pierre Le noir pensait profiter d’un peu de repos en galante compagnie. Il apprend alors l’assassinat de son collègue Le Rouge (c’est le côté Reservoir Dogs du livre, chaque membre de la brigade a sa couleur) et va devoir en retrouver le meurtrier tout en échappant à un monstre à ses trousses.
Mort dans le jardin de la lune pourrait n’être qu’un roman policier historique de plus (ayant pour cadre Paris et la France de 1927), s’il ne mélangeait pas nombres d’éléments surréalistes au récit. La Brigade nocturne enquête en effet sur des crimes « insolubles », car impliquant des individus particuliers. Fantômes, garous, vampire, gargouilles, dragon, magicienne, mais également statues parlantes et écrivains populaires français d’époques révolues vont se mêler de l’enquête. Celle-ci prendra vite l’aspect d’un conte initiatique à rebondissements alors que Pierre Le Noir, avançant à tâtons entre les différentes règles des « nocturnes » et la malédiction qui le frappe, va découvrir peu à peu les dessous de sa ville, mais aussi de la brigade qui l’emploie.
Au départ assez décousu à la manière des artistes surréalistes et dadaïstes qui y sont des personnages secondaires, le récit de Martín Solares se fait vite captivant. Sautant sans arrêt d’une action à l’autre, il ne cesse de surprendre son lectorat et de l’émerveiller par les différentes associations et clins d’oeil qui en parsèment les pages. Sans toutefois le lasser de tant de frénésie, car le texte est heureusement assez court.


Mort dans le jardin de la lune
de
Martín Solares
traduction de Christilla Vasserot
Éditions
Christian Bourgois

Les dossiers du Voile

Même si le détective ou le policier enquêtant parmi des entités surnaturelles est un classique de l’urban fantasy, y compris pour la jeunesse, il ne reprend que rarement les codes du polar à la française. C’est pourtant ce que réussit à faire Adrien Tomas avec Les dossiers du Voile.
Pour l’occasion, il reprend l’héroïne de deux nouvelles précédentes, non lues pour ma part : Tia Morcese. Celle-ci est inspectrice à Paris en charge plus particulièrement des affaires criminelles se trouvant derrière le Voile, c’est-à-dire touchant d’une façon ou d’une autre à la communauté magique d’Île-de-France : mages, nécromants et druides, vampires et loups-garous, djinns, gnomes, fées et trolls… Et si elle a personnellement tourné le dos à ses talents de sorcière, Tia est affublée d’une grande fratrie magique et catastrophique.
Parmi eux, Mona, lycéenne de 15 ans dans le seul établissement de Paris proposant un cursus magique, voit sa meilleure amie, louve-garou, enrôlée dans la guerre ancestrale contre les vampires. Juste au moment où sa sœur et le reste de la brigade sont plongés jusqu’au coup dans le boulot entre meurtres rituels, tensions claniques et guerres des gangs entre barons de la drogue féérique. Et si les deux problèmes étaient liés ?
Alternant entre le point de vue de l’aînée et de l’adolescente, Les dossiers du Voile va dérouler une enquête somme toute classique pour un polar (qui n’est pas sans rappeler l’intrigue du Parrain de Mario Puzo s’il était raconté du côté du NYPD et du FBI), mais prenante dans un univers à la fois baroque et très parisien.
L’histoire est à destination de la jeunesse : la lectrice aguerrie de polar verra venir d’assez loin le retournement final. Sans pour autant bouder son plaisir, quitte à se retrouver en terrain connu. Adrien Tomas, tout comme dans Engrenages et Sortilèges, ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des imbéciles. Au fil de l’enquête, il les amènent à s’interroger sur le bien-fondé de certaines pratiques ancestrales dans un monde moderne ou sur l’impunité des criminels pour protéger le Voile, mais également sur les limites de l’autodéfense ou les ravages de la gueule de bois lors de la reprise du travail. Sans oublier une bonne dose d’humour et d’action… Et les 261 pages de ce roman se tournent toutes seules.

Les dossiers du Voile
d’Adrien Tomas
Éditions Fleurus

Évariste

Si malgré son appellation, le héros du précédent roman n’avait pas le moindre talent paranormal, ce n’est pas le cas d’Évariste, héros du roman du même nom d’Olivier Gechter et authentique occultiste. Ce qui ne l’empêche pas d’être lui non plus un escroc. Pardon, il se définit comme ingénieur-conseil ayant fondé son propre cabinet d’expertise en sciences occultes au sein d’une pépinière de La Défense. Et, de son propre aveu, ayant appris et perfectionné l’art de la fumisterie pour embobiner le client en grandes écoles. La nuance est mince, non ?
Tout commence lorsque venant de monter sa société, l’une de ses premières clientes lui demande de véritables extra-lucides pour ajouter un service « premium » à son service de voyance téléphonique classique.
Hélas, la prescience ne rime pas toujours avec santé mentale, et la recherche de la perle rare ne plait pas à tout le monde. Une voyante comtesse du 16arrondissement et son étrange secrétaire à verres miroirs n’apprécient pas l’activité d’Évariste et n’hésitent pas à recourir à la manière forte pour lui faire savoir. Heureusement, l’ingénieur pourra compter sur le soutien d’un sorcier de Papouasie échoué dans le 17e, de ses parents morts, mais toujours prévenants, et de pigeons parisiens drôlement affranchis pour en venir à bout et finir son recrutement.
Mon seul bémol à la lecture d’Évariste est que la fin est un peu trop rapide à mon goût et que les motivations du principal adversaire sont vite expédiées. C’est un bémol très léger tellement Évariste s’avère un roman de fantaisie urbaine plus qu’agréable à lire. Sa galerie de personnages loufoques, mais souvent attachants — sauf Dolorès et Bruno — arrive toujours à faire rire et sourire le lecteur sans jamais le lasser devant trop d’excès. Les différents systèmes de magie présentés sont intéressants, compatibles dans cet univers avec la science traditionnelle et les smartphones (y compris dans l’Au-delà), et suffisamment originaux pour ne pas avoir l’impression de les avoir déjà lus des centaines de fois. Et le protagoniste lui-même a un côté Pierre Richard de l’occulte, période Grand blond avec une chaussure noire, plutôt touchant. Et tant mieux, car il semblerait qu’il revienne dans les mois à venir pour de nouvelles aventures… À suivre ?

Évariste
d’Olivier Gechter
Éditions Mnémos

Le garçon et la ville qui ne souriait plus

Voici un livre qui en temps normal n’aurait pas forcément retenu mon attention. Mais il a trouvé le chemin de ma boîte aux lettres, fut lu et s’avéra une bonne surprise. Destiné à un jeune public, comprendre pour adolescent et préadolescent à peu près, Le garçon et la ville qui ne souriait plus ne doit qu’à un seul élément de se retrouver dans une collection dédiée à l’imaginaire : c’est une uchronie où la France de 1858 est un Empire où l’Église et ses normes exercent une pression forte sur la population. Tout le reste ne relève ni de la fantasy, ni du fantastique et encore moins de la science-fiction, mais bien plus classiquement du roman d’aventures et du récit d’initiation. Les anormaux de l’ile de la Cité ne sont que des êtres difformes de naissance ou par accident, malades, fous ou dont le comportement ne correspond pas « aux bonnes mœurs ».
Nous y suivons donc Romain, jeune adolescent de la bonne société qui cherche à échapper au carcan de sa famille en s’encanaillant dans les rues de Montmartre ou en franchissant la Seine pour espionner l’objet de ses pensées à la Cour des Miracles. Une conve
rsation surprise dans le bureau de son père va tout changer… La construction de l’intrigue est tout ce qu’il y a de plus classique avec un rythme soutenu et des retournements (pas si prévisibles que ça) qui arrivent au bon moment pour finir sur un happy end digne d’un téléfilm dominical.
Et pourtant, j’ai aimé cette balade dans les rues de Paris en compagnie de Romain, Ambroise, Lion et Akou. La forme un peu surannée m’a rappelée les étés où je lisais Alexandre Dumas au fond de la garrigue. Et le récit de cette découverte de soi par Romain et de l’affirmation de son identité est intéressant. Je regrette juste l’absence de rôles féminins forts, mais Le garçon et la ville qui ne souriait plus reste un excellent récit épique pour finir les vacances ou entamer la rentrée. Et bien plus optimiste que ne le laisse supposer sa couverture.


Le garçon et la ville qui ne souriait plus
de
David Bry
Éditions
Pocket

Les Futurs Mystères de Paris

Il est des séries que je ne me lasse pas de lire et relire. Outre mon cher Dune et ses suites, Les Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner en fait partie. Parue d’abord chez Fleuve Noir puis chez L’Atalante, cette série policière met en scène un détective privé affligé d’un étrange don. En effet, Tem, de son nom complet Temple Sacré de l’Aube radieuse, est un transparent. C’est-à-dire dans un univers alternatif où les États-Unis ont été emportés par la Grande Terreur primitive de 2013 laissant un grand vide entre le Canada et le Mexique, un mutant dont les gens et même les bases de données numériques et les caméras de surveillance ne remarquent pas l’existence, voire l’oublient très vite s’il ne se fait pas remarquer par différents stratagèmes dont un borsalino vert fluo des plus seyants.
Les Futurs Mystères de Paris reprend tous les codes des polars des années 50 et 60, à quelques détails près. Après ladite Grande Terreur, l’Humanité est devenue nettement plus pacifique et les crimes violents sont en chute libre. L’Humanité elle-même ne se divise plus en pays ou en ethnie, mais entre multinationales surpuissantes (les technotrans) et une multitude de tribus rassemblées suivant des affinités de goûts et de sectes religieuses de tous poils.
Ajoutez-y des intelligences artificielles en pagaille, dont certaines anarcho-marxistes ou amatrices de rock’n’roll, des Archétypes issus de l’inconscient collectif humain (et félin) remontant aux balbutiements d’homo sapiens dans les plaines africaines ou issus des tout derniers usages technologiques. Saupoudrez le tout d’une bonne dose de cyberpunk, de nostalgie hippie, d’action échevelée (mais le plus souvent donc non-violente !) et de personnages hauts en couleurs (dont un cochon !) et vous obtiendrez une série
de neuf romans et une collection de nouvelles et novella parus entre 1996 et 2007. À savoir dans l’ordre, pour les romans : La Balle du néant, Les Ravisseurs quantiques, L’Odyssée de l’espèce, L’Aube incertaine, Tekrock, Toons, Babaluma, Kali Yuga, Mine de rien. Et pour les nouvelles, citons : Honoré a disparu, S’il n’était vivant, Le Retour du parasite, l’Esprit de la Commune,… et Personne n’est venu.
Comme tous les romans entrant plus ou moins dans la case « cyberpunk », les récits des Futurs Mystères de Paris sont datés. Déjà nous sommes en 2020 et les États-Unis sont encore là… Et à la différence de ce que sous-entend La Balle du Néant, le premier roman paru en 1996, les disquettes informatiques ont disparu depuis belle lurette de la circulation dans les centres d’études scientifiques. Et pourtant, pourquoi les lire et les relire ? Tous simplement parce que ces romans et les nouvelles qui constituent ce cycle s
ont des petits bijoux qui plairont aussi bien aux amateurs de polars qu’aux fans de science-fiction. Et qu’ils dégagent une telle énergie que vous finissez l’un d’entre eux avec un grand sourire aux lèvres.

PS : #Confinementlecture oblige, l’intégralité de Les Futurs Mystères de Paris est disponible en numérique

Les Futurs Mystères de Paris
de
Roland C. Wagner
Éditions L’
Atalante

Hante Voltige

Vous aimez les films de « slasher », ce genre roi de l’horreur des années 80 ? Vous aimez Paris et ses coulisses ? Vous aimez les histoires de fantômes et de vengeance ? Si vous avez répondu « oui » à l’une de ces questions et que vous chercher un livre court et percutant, alors jetez un œil à Hante Voltige de Nelly Chadour.
Comment définir ce roman ? Imaginez un film d’action ou d’horreur, du genre Esprits rebelles ou Candyman, où punks et goths d’un côté affrontent des motards spectraux adeptes du coup de matraque fatal de l’autre, le tout dans et sous Paris, et sa banlieue. Jetez-y au milieu un réseau clandestin de retraités maghrébins, des entités étranges et de la magie ; des pantoufles plus redoutables que le .44 Magnum de l’inspecteur Harry. Secouez-le tout, condensez en un peu moins de 200 pages, saupoudrez d’humour et de nombreux clins d’œil à la pop culture de l’époque et vous obtiendrez Hante Voltige.
Avec ce roman, Nelly Chadour reproduit assez
fidèlement une certaine frange du Paris des années 80, entre révolte et espoir, bien loin des yuppies de la Défense qui sont habituellement représentatifs de l’époque. Que vous ayez vécu cette période vous-même ou non, vous dévorerez ce livre avec plaisir. Les plus jeunes rateront peut-être quelques références, mais cela ne freinera pas pour autant leur lecture.
Attention la durée de vie de Hante Voltige est limitée. Acheté lors des Rencontres de l’imaginaire le samedi, je l’ai fini le dimanche soir suivant. Qui à en relire certains passages et à obtenir des regards curieux dans le métro en éclatant de rire devant certains paragraphes. Une fois la dernière page tournée, il ne me restait plus qu’à revenir en arrière m’attarder sur les illustrations de Melchior Ascaride ou à me demander si le film fictif en fin serait du même niveau que la saga des Maniac Cop. Ami lecteur, bon retour vers le futur !

Hante Voltige
de
Nelly Chadour
Éditions
Les Moutons électriques

Contes et récits du Paris des merveilles

Avec Contes et récits du Paris des Merveilles, Pierre Pevel revisite l’univers de sa trilogie (Les enchantements d’Ambremer, Le Royaume invisible et l’Élixir d’oubli), le temps de six nouvelles assez conséquentes. Deux sont de sa plume, Veni, Vidi, V et Sous les ponts de Paris. Et les quatre autres sont d’autrices et auteur invitées. Si certaines mettent en scène Louis Griffont, Isabel de Saint-Gil et les autres personnages de la trilogie initiale, la majorité présente des protagonistes originaux.
L’esprit tout en légèreté des romans est respecté avec toujours un savoureux mélange avec des
personnages historiques. Des races sous-exploitées dans la trilogie originale comme les elfes, les trolls ou les chats-ailés vont parfois se retrouver au premier plan avec un résultat délicieux. Le Moriarty imaginée par Bénédicte Vizier dans Une enquête d’Étienne Tiflaux, détective changelin est à cet égard une réussite absolue. Chaque nouvelle a sa propre voix et son propre ton : plus aventureux dans L’urne de Râ, plus mélancolique dans Les Portes de l’Outremonde et clairement humoristique dans Sous les ponts de Paris. Pourtant le livre dégage une harmonie réelle.
En comparant avec la trilogie initiale, ce format des nouvelles évite ce qui m’avait agacée alors, à savoir certaines longueurs et les apartés de Griffont en direction de son lectorat. Cette taille est finalement plutôt bien adaptée à cet univers.
La taille courte des textes permet d’explorer des vignettes intéressantes de ce Paris enchanté, et le passage d’un auteur à l’autre assez rafraîchissant. De plus, si vous n’avez pas lu la trilogie initiale, vous pourrez commencer par ce recueil sans être totalement perdus.

Contes et récits du Paris des merveilles
de Pierre Pevel, Catherine Loiseau, Benjamin Lupu, Sylvie Poulain et Bénédicte Vizie
r
Éditions Bragelonne

Coupable(s)

Dans la série « à quoi servent les soldes en numérique », voici un nouvel épisode, découvrir de nouvelles maisons d’édition. En l’occurrence, il s’agit du Flamant noir, spécialisé dans le polar. Malgré une couverture assez quelconque piochée dans une banque d’image, j’ai choisi Coupable(s) de Samuel Sutra. Pour deux raisons. La première est que parmi les différents titres proposés de lui, celui-ci est le seul qui ne met en scène un personnage récurrent. Je ne risque donc pas de débarquer dans une histoire sans en comprendre les références. Et la deuxième est que je ne connais pas du tout Samuel Sutra et que je me suis laissée appâter par la présentation de l’éditeur. Celui-ci le vend comme un croisement entre San-Antonio, Alphonse Boudard et Alexandre Astier. Peut être dans ses autres romans, mais pas dans Coupable(s). Celui-ci reste un polar de facture classique, mais à l’intrigue bien montée et prenant à souhait.
Trois meurtres atroces, trois enquêtes sur lesquelles la Criminelle piétine. Jusqu’à ce qu’une quatrième mort ne vienne donner un indice, Haïti, et n’ajoute à la brigade bien rodée de la Criminelle, un jeune inspecteur venu des Renseignements Généraux. Coupable(s) est d’ailleurs raconté de son point de vue, et prend l’enquête, comme lui, en cours de route. Seuls quelques chapitres relatent les meurtres eux-mêmes et donnent un éclairage complémentaire au lecteur.
Malgré l’indice du quatrième meurtre, ne vous attendez pas à partir pour une destination exotique : tout se déroule entre Paris et sa proche banlieue. Ni à du vaudou. Samuel Sutra s’amuse certes avec certains des clichés liés à Haïti, mais c’est pour mieux les détourner et se recentrer son polar sur une vengeance au cadre plus resserré, mais reposant sommes toutes sur des motifs bien plus terre-à-terre. Au final, une lecture plaisante et une bonne surprise.

Coupable(s)
de Samuel Sutra
Éditions Flamant Noir