Ammuin karhua

Parfois l’actualité vous choque, vous pousse à réagir et vous ne savez pas comment faire. Puis vous vous dites que vous pouvez peut-être aider tout simplement en faisant votre métier. C’est le raisonnement qu’a tenu Emmanuel Chastellière, l’auteur — entre autres — de Célestopol et Célestopol 1922. Choqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, il a cherché comment aider et a fini par écrire une nouvelle dont il reversera l’intégralité des bénéfices à la Croix-Rouge pour son action en Ukraine. La nouvelle est donc vendue au format numérique (PDF, epub et mobi dans le même zip, suivant vos préférences) au prix suggéré de 2 € en suivant ce lien.
Bon,
vous l’avez acheté et fait une bonne action, mais y prendrez-vous plaisir ? Si vous avez aimé les deux recueils de nouvelles situés dans l’univers de Célestopol, cette cité slave lunaire du début du XXe siècle, vous allez adorer y retourner avec Ammuin karhua. Nous y suivons les traces d’Irina une des multiples vendeuses des grands magasins Sabline. Réfugiée depuis trois ans à Célestopol, elle s’habitue peu à peu à la vie dans la ville lunaire tout en essayant d’affronter les démons de son passé. Et de comprendre ce qui explique le comportement étrange d’un certain mannequin automate.
Même si elle parle en filigrane de guerre et des blessures que celle-ci laisse dans la vie des gens,
Ammuin karhua n’est pas une nouvelle tragique. Elle est certes pleine de mélancolie, comme quasiment toutes les nouvelles dans l’univers de Célestopol à mon avis, mais parle de renouveau, de reconstruction et finalement se termine sur une note d’espoir. C’est un très beau complément qui se déroule deux mois après la fin de Célestopol 1922. Et si vous ne connaissez pas encore l’univers, c’est également une très belle introduction.

Ammuin karhua
d’Emmanuel Chastellière
https://utip.io/emmanuelchastelliere/ammuinkarhua

La Chose

Approchez… Plus près… Installez-vous confortablement au coin du feu et venez lire cette histoire terrifiante… Laquelle ? Vous la connaissez, voyons… Celle de l’expédition partie au pôle Sud et qui n’est jamais revenue : hommes et chiens confrontés à l’inconnue, à l’horreur radicale. John Carpenter vous l’a déjà racontée en 1982 dans The Thing, à moins que ce ne soit la version de 1951 de Christian Nyby, The Thing from Another World… Ici, revenez à la source et découvrez la toute première version de l’histoire : La Chose, signée par John W. Campbell sous le pseudonyme de Don A. Stuart en 1938 dans les pages de son magazine, Astounding. Un récit culte. Séminale s’il en est. Une pierre de touche dans l’histoire de la SF mondiale.

Délicieusement rétro avec ses grands gaillards adultes parlant de « zoziaux  » ou son poêle à charbon pour chauffer la base, La Chose est finalement très moderne dans son histoire. Et si la lecture superpose les images des films aux mots du texte (l’adaptation de Carpenter s’avérant très fidèle), elle apporte également sa propre scénographie. L’origine extraterrestre de la chose est détaillée, son vaisseau localisé, et son apparence initiale présentée. Le tour de force opère : que le lecteur connaisse par cœur l’histoire qui va se dérouler au fil des pages ou qu’il la découvre complètement, la tension montera petit à petit, jusqu’au climax final. Même si celui-ci est, par une belle pirouette, plus optimiste que les films, et finit par un beau cadeau scientifique pour l’humanité. Si un récit a mérité le nom de la collection qui le publie, c’est bien celui-ci : dès les trois premiers mots, impossible de le lâcher. D’autant que le texte est suffisamment ancien et court pour que l’auteur n’ait pas eu le temps d’exposer ses théories les plus nauséabondes sur l’esclavage, le racisme, les femmes ou la sexualité. Autant en profiter sans remords ni mauvaise conscience, donc.

Le livre terminé, il reste tout de même une question : comment diable des vaches ont-elles été acheminées dans le sous-sol de l’Antarctique pour répondre aux besoins en viande et en lait des scientifiques américains ? Ce à quoi le traducteur précisa : « Par bateau, comme tout le reste, ainsi que l’a fait l’amiral Byrd en 1933 avec trois têtes de bétail qui seront même ramenées aux États-Unis en 1935, ce dont Campbell, curieux et documenté, avait forcément connaissance. »

La Chose
de John W. Campbell
traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions Le Bélial’

(critique initialement parue dans Bifrost n°101)

Bob, textile futé

Vous êtes invité et vous n’avez pas envie d’apporter des fleurs, des chocolats ou une bouteille ? Vous organisez un Secret Santa avec des amis et vous n’avez pas d’idée ?  Offrez de quoi lire ! Et pourquoi pas une petite nouvelle au prix minuscule de 2 € comme Bob, textile futé de Luce Basseterre (qui figure également au sommaire d’une des anthologies de l’éditeur si votre budget cadeau est tout petit peu plus large) ? Ou tout simplement, faites-vous plaisir le temps d’un trajet en métro, bus, tram ou autre funiculaire ou vaporetto favori de par chez vous.
De quoi parle Bob, textile futé ? De l’alliance improbable entre un styliste féru de mode et de légèreté et d’un ingénieur aux dents longues. Les deux se sont associés autour du développement d’un nouveau prototype d’habillement, le fameux Bob du titre. Mais quand le cartésien décide d’exploiter dans le dos de l’artiste le produit de leur recherche commune, les choses tournent très mal dans les tours de la Défense et un bout de tissu ne sera pas de trop pour nettoyer tout ce sang.
La nouvelle étant extrêmement courte (27 pages !), je n’en dirais pas plus pour ne déflorer tout le sujet. Sachez simplement qu’ici, Luce Basseterre explore une thématique très loin des space opéra déjà chroniqués ici et , et beaucoup plus proche de notre réalité actuelle. Et que c’est agréable de voir une fois de plus une intelligence artificielle fictionnelle qui ne cherche pas à détruire ou asservir l’humanité, mais au contraire à en protéger certains éléments. Le tout étant écrit avec un style aussi léger que de la mousseline et précis comme de la dentelle. Un petit régal !

Bob, textile futé
de Luce Basseterre
Éditions 1115

Aucune femme au monde

Spécialisé avec sa collection Dyschroniques dans la réédition de nouvelles et novellas du patrimoine de la science-fiction, la maison d’édition Le Passager clandestin publie enfin un texte d’une grande dame de l’âge d’or de la SF, Catherine L.Moore. D’elle, je ne connaissais que Shambleau et son héroïne de fantasy Jirel de Joiry. Aucune femme au monde représente une facette encore différente de son style. Écrit en 1944, il évoque à mes yeux de lectrices du XXIe siècle tout autant les mythes de Pygmalion et de Frankenstein (ce dernier étant explicitement mentionné dans le récit) que le manga et les anime Ghost in the Shell.
Aucune femme au monde a pour protagoniste principale Deirdre, artiste et star de télévision gravement brûlée dans un incendie. Elle n’a survécu qu’en s’abandonnant qu’aux bons soins d’un savant audacieux qui en fit un cyborg ravissant. Elle est désormais décrite comme une sorte de chevalier féérique à la peau de métal doré et à la grâce et au charme décuplés. Mais est-elle toujours humaine ? Ou devra-t-elle vivre coupée de ses passions et de son public ?
Même si l’autrice est une femme comme son personnage principal, elle a choisi de nous raconter cette histoire d’un point de vue masculin. Celui-ci, Harris, l’ancien impresario de Deirdre en découvre la nouvelle incarnation au début du récit. Il est celui qui verra la femme derrière le métal, tandis que son médecin verra avant tout la mécanique bien réglée qu’il a contribué à édifier. Si les hommes de l’histoire sont pleins de préjugés, Deirdre parvient à s’imposer. Étant enfin de nouveau autonome, elle n’attend pas qu’on lui prescrive la façon dont se comporter et entend bien mener comme bon lui semble le reste de sa vie. Elle compte surtout affronter à sa façon et avec ses propres atouts ses peurs et incertitudes quant à sa nouvelle identité.
Récit émouvant et sensuel,
Aucune femme au monde ne correspond pas à ce que l’on pourrait attendre d’un texte de science-fiction destiné aux « pulps magazine ». C’est pourtant un texte qui consacre à la fois l’essence même de la science-fiction en nous confrontant à une altérité, tout en restant suffisamment atemporel pour parler au lectorat moderne.

Aucune femme au monde
De Catherine Lucille Moore
Traduction d’Arlette Rosemblum
Éditions Le Passager clandestin

En guise d’apéritif — Fournaise

Comme son parèdre éditorial, Scylla, l’avait fait avant avec Bienvenue à Sturkeyville, les éditions Dystopia s’apprêtent à publier un recueil de nouvelles de Livia Llewellyn, Fournaise au mois de novembre prochain. Alors que la précommande bat son plein, la nouvelle-titre du recueil est disponible gratuitement en téléchargement, traduite comme toutes les autres par Anne-Sophie Homassel.
L’histoire est racontée par une jeune fille. Elle explique les changements survenus dans sa ville natale. Ceux-ci, délétères et insidieux, s’attaquent aux magasins comme aux habitants jusqu’à ce qu’il n’y a plus qu’elle, sa mère et leurs souvenirs…
Livia Llewellyn est une autrice œuvrant depuis le début du XXIe siècle et écrivant principalement des nouvelles d’horreur « sexuellement explicite » selon ses propres termes et des poèmes. Fournaise n’est pas sexuellement explicite et son horreur est insidieuse, mais elle dépeint quelques scènes proprement effrayantes et, bien que s’adressant à des adultes, son texte n’est pas sans rappeler le Coraline de Neil Gaiman. Si ce texte donne le ton du recueil à venir, je ne vais pas regretter ma précommande.
Si vous souhaitez découvrir d’autres textes de l’autrice en attendant le recueil, son site liste certaines de ses publications à lire en ligne (en anglais).

Fournaise
de 
Livia Llewellyn
traduction d’
Anne-Sophie Homassel
Éditions
Dystopia

The tale of the Wicked

Courte histoire d’un maître de l’humour en SF, The tale of the Wicked de John Scalzi commence comme un épisode de Star Trek par une bataille entre un vaisseau de la Confédération et un vaisseau ennemi de, supposons nous une espèce différente de la nôtre. Celle-ci, de saut d’un système à l’autre en tir de sommation, dure déjà depuis une semaine. Au moment où débute l’histoire, le capitaine n’a plus assez d’énergie que pour un tir et deux sauts, et décide de se lancer une dernière fois à l’assaut de l’ennemi, quitte à se retrouver en panne sèche dans l’espace après.
Ses plans, tout audacieux et soigneusement élaborés qu’il
s soient, vont être contrecarrés par une trahison particulière. Son vaisseau doté de conscience et ayant accès à toute la bibliothèque de bord, y compris la fiction, a décidé de faire des trois lois d’Asimov sa religion et a parlementé en douce avec son homologue ennemi.
Comment l’équipage humain va-t-il réagir ? Et quelles conséquences cette décision aura pour l’ensemble de la flotte, et la poursuite de la guerre ? Une I.A. peut elle se syndiquer et se mettre en grève ? Après avoir récemment lu The God Engine, une novella horrifique du même auteur qui m’a déçu, j’ai retrouvé avec The tale of the Wicked
ce que j’aime chez cet auteur : une histoire simple bien ficelée qui se tient parfaitement, une satire menée jusqu’à l’absurde et une certaine bienveillance vis-à-vis de l’ensemble de ses personnages. C’est un parfait petit hors d’oeuvre de lecture à consommer sans modération.

The tale of the Wicked
de 
John Scalzi
Éditions
Subterranean Press

Rich Larson en trois nouvelles

Certains éditeurs ont la bonne idée de proposer des nouvelles gratuites pour donner envie de lire les livres dont elles sont extraites. C’est le cas de Le Belial’ qui propose jusqu’au 15 novembre, un extrait de son prochain recueil dédié à Rich Larson, La Fabrique des lendemains (en vente le 29 octobre). Ne connaissant pas l’auteur et avant de savoir si j’allais investir dans un autre gros pavé, j’ai donc téléchargé Rentrer par tes propres moyens et je me suis aperçue à la lecture que j’en avais une autre sur ma liseuse (récupérée gratuitement grâce à Tor.com cette fois-ci) Painless, qui sera également traduite dans le recueil précité sous le nom de Indolore et qu’une troisième, un peu plus longue est disponible également sur Tor.com, How Quini the Squid Misplaced His Klobučar.
Né en Afrique, ayant vécu en Europe et en Amérique du Nord, Rich Larson est un auteur particulièrement cosmopolite et ces trois nouvelles en sont la preuve. Chacune d’entre elles se passe sur un continent différent : l’Amérique pour Rentrer par tes propres moyens, l’Afrique pour Painless et l’Europe pour How Quini the Squid Misplaced His Klobučar. Dans ces trois récits, Rich Larson se classe résolument dans un univers cyberpunk. Des consciences sont téléchargées directement dans des puces en attendant d’être clonées dans Rentrer par tes propres moyens, le personnage de Painless est doté d’implant et a subi une manipulation génétique qui en fait un soldat d’un genre très particulier, et les arnaqueurs de How Quini the Squid Misplaced His Klobučar ont plus d’implants et de piratages possibles que dans les rêves les plus fous de Neuromancien et du Samouraï virtuel réunis.
Et pourtant, chacune de ces nouvelles a une tonalité différente : mélancolique parlant du passage du temps et du sens de la vie dans la première, guerrière à la limite de l’horreur pour Painless (avec une histoire de double que ne renierait pas Tade Thompson et sa Molly Southeborne), très rythmée reprenant le déroulé d’une arnaque classique où le plan ne se déroule pas sans accroc dans la troisième. À chaque fois, le style de l’auteur change comme un caméléon pour s’adapter à l’univers de ses personnages.
Et en soi, le suivre d’une nouvelle à l’autre est un exercice de lecture intéressant. Notez ce nom, Rich Larson, vous en entendrez surement parler prochainement.

Rentrer par tes propres moyens
De
Rich Larson
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions L
e Bélial’
Painless
How Quini the Squid Misplaced His Klobučar
De Rich Larson
Éditions Tor

Lumières noires

Il est des écrivains qui vous plaisent sous tous les formats et d’autres non. Personnellement, j’aime beaucoup la poésie de Victor Hugo, mais je n’arrive pas à lire ses romans. Et quand j’ai tenté de lire la trilogie aux trois Hugo de N.K.Jemisin, Les livres de la Terre fracturée, j’ai lâché le premier tome, La cinquième saison, à mi-parcours bien qu’il soit largement cité comme Incontournable récent de la SFFF selon le bilan de Nevertwhere. Pourtant, un certain chroniqueur m’a convaincue de lui donner une seconde chance. C’est chose faite avec son recueil de nouvelles, Lumières noires qui contient de petits bijoux. Décidément, N.K.Jemisin novelliste me séduit nettement plus que N.K.Jemisin romancière. Et ce, qu’elle écrive dans le genre fantastique, dans différentes déclinaisons de la science-fiction ou de la fantasy pure.
Ce recueil compte vingt-deux nouvelles, toutes très différentes les unes des autres. Certaines m’ont laissé de marbre comme Avide de pierre (dans le même univers que sa trilogie) ou MétrO. D’autres semblent des mises en bouche qui laissent le lecteur sur sa faim, des galops d’essai. C’est le cas de Ceux qui restent et qui luttent, Grandeur naissante ou la Fille de Troie. L’alchimista, Le narcomancien, Cuisine des mémoires et Pécheurs, saints, spectres et dragons — la cité engloutie sous les eaux immobiles ont chacune à leur façon su me toucher par les émotions qu’elles dégagent. La dernière a visiblement été écrite à vif par l’autrice, qui semble y avoir mis beaucoup de sa propre expérience et de son ressenti, tout comme Major de promotion ou La sorcière de la terre rouge.
Le quatrième de couverture parle de « nouvelles sombres et engagées », et il est vrai que N.K.Jemisin est engagée dans son écriture : femme noire vivant aux États-Unis, nombre de ses nouvelles comme Épouses du ciel, Nuages Dragons ou Le moteur à effluents parmi d’autres (y compris des précédentes) parlent de féminisme, de race ou de problème de classe quand ce n’est pas tout à la fois. Mais, elle n’assène jamais de leçon de morale et se contente de proposer une histoire. Au lecteur de réfléchir après coup sur les émotions reçues et de se faire une opinion. En revanche, le qualificatif de nouvelles sombres n’est pas exact. Certes, certaines sont dures ou avec des fins tragiques comme Vigilambule, mais celles optimistes sont
nettement plus nombreuses. Et quelques-unes sont franchement amusantes comme Le moteur à effluent. Que vous l’aimiez en romancière ou non, ou que vous vouliez avoir un bon aperçu de l’étendue de son talent, le recueil Lumières noires est un bon point de départ.

Lumières noires
de
N.K.Jemisin
traduction de Michelle Charrier

Éditions
J’ai Lu

Wait for Night

En achevant Galeux, je m’étais promise de lire d’autres textes de Stephen Graham Jones. L’éditeur américain Tor qui met régulièrement des nouvelles originales en ligne m’a donc permis de tenir mon engagement avec ce court récit, Wait for Night. Il ne fait que 43 pages, soit 25 minutes de lecture en VO d’après Firefox, et pourtant c’est un délice macabre.
Tout commence de façon très prosaïque avec la fin de journée d’un travailleur payé pour déblayer avec d’autres, les ordures d’un ruisseau. Tête de mannequin, vieux livres, branchages… Le travail n’est pas compliqué, mais éreintant et pas forcément bien payé. Quand il trouve un squelette bien conservé coincé entre les racines d’un saule, il compte bien s’en faire quelques dollars de plus en le revendant à un prêteur sur gages peu regardant. Sauf qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Et que cette remarque est également valable pour les squelettes fraîchement déterrés.
Wait for Night commence comme Last Night in Twisted River de John Irving et se termine en rappelant les histoires horribles de Poppy Z. Brite, ou un certain Skinner Sweet créé par Scott Snyder et Rafael Albuquerque. Après les loups-garous de Galeux, Shephen Graham Jones utilise une autre figure classique de l’horreur, le vampire, en le mettant dans un cadre très terre-à-terre. Même les immortels hématophages doivent revenir le vendredi pour encaisser leurs 200 dollars de salaires…
En quelques mots, Stephen Graham Jones nous donne à voir et à entendre les personnages. L’un utilisant un mot trop vieux pour l’époque, l’autre droit comme un I pour mener tout le monde à la baguette… Il lui suffit de peu de pages pour installer une ambiance et capter l’attention de son lectorat. Décidément, un auteur que je vais suivre de plus près.

Wait for  Night
De
Stephen Graham Jones
Illustration de
Éditions
Tor

Dark was the night

Les légendes urbaines sont fascinantes, notamment celles tournant autour de la musique. Parmi elles, celle de Robert Johnson, bluesman de son état, occupe une place à part. Fondateur involontaire du « club des 27 », il était réputé pour avoir vendu son âme au diable pour améliorer son jeu à la guitare.
Dans Dark was the night, Grégoire Hervier ne se penche pas sur cette rumeur précise, mais sur la trentième chanson qu’aurait ou n’aurait pas enregistrée Robert Johnson. Dans cette nouvelle, il nous met dans la peau d’un musicologue, historien du blues qu’un mystérieux coup de film met sur la piste de cette chanson. Après toute une vie de traque, il trouvera que celle-ci aurait énormément voyagé.
À la lisière entre le polar et le fantastique, Dark was the night nous offre une plongée dans l’histoire du blues américain. La nouvelle étant très courte, l’éditeur et l’auteur ont agrémenté le livre d’une playlist de douze morceaux, qui ne sont pas tous de Robert Johnson, présentés et commentés par l’auteur. Le tout en étant à écouter pendant votre lecture. Une expérience originale et plaisante.

Dark was the night
de Grégoire Hervier
Éditions Au Diable vauvert

En bonus, un morceau de Robert Johnson qui n’est pas dans la playlist du Diable.