Notes de lectures récentes

Ayant eu des lectures très fragmentées ces derniers jours, voici quelques notes rapides sur mes dernières aventures littéraires :

– Parfois les écrivains profitent de leurs anniversaires pour faire de beaux cadeaux à leurs lecteurs. C’est le cas de John Scalzi qui le 10 mai dernier a publié sur son blog une très courte nouvelle gratuite : Regarding Your Application Status. Très drôle et corrosive, elle a également la note politique et le franc-parler qui caractérisent John Scalzi hors de ses romans (et notamment sur Twitter).

– C’est également le cas de Stephen King qui nous livre avec Laurie une nouvelle à télécharger en PDF qui ne parle pas d’horreur, mais de vieillesse, de deuil et de résilience. Et de chiens. En trente-deux pages, Stephen King pose ses personnages et nous fait entrer dans leur univers, avec beaucoup de douceur et de mélancolie. Un petit bijou !


– J’ai enfin trouvé le temps de lire le tome 2 de Monstress : The Blood, dont j’avais chroniqué le premier volume aux tout débuts de ce blog ici. L’action se déroule quelques semaines ou mois après la fin de Monstress : The Awakening. Maika Halfwolf revient sur ses terres d’origine toujours suivie par Master Ren le chat, et Kippa l’enfant-renard. Elle veut retrouver ses souvenirs et comprendre d’où vient le monstre qu’elle contient. Ses pouvoirs suscitent également bien des convoitises parmi toutes les races en présence : humains, arcaniques de tous poils ou écailles, dieux anciens. Ce tome 2 plus violent que le premier joue entre le passé et le présent pour lever un voile sur les protagonistes de l’histoire et sur l’origine de leurs fêlures. Maika y apparaît plus froide et moins aimable que dans Monstress : The Awakening, mais son attitude s’explique — sans être excusable ! – par son passé. À noter que le dessin de Sana Taneka est encore une fois sublime de précision et de richesse. Le tome 3 devrait paraître en septembre.

– J’ai profité de la collection Une Heure-Lumière de Le Bélial’ pour lire Cookie Monster de Vernor Vinge et traduit par Jean-Daniel Brèque. Peut-être est-ce en raison de ma vie professionnelle en partie truffée d’IA et de simulation ? Peut-être est parce que depuis 2004, la date à laquelle a été écrite cette histoire, l’informatique a évolué et certains usages cités dans cette novella apparaissent comme préhistoriques ? Toujours est-il que même si j’ai pris beaucoup de plaisir à lire Cookie Monster, il ne m’a pas autant bouleversée que Un Pont sur la Brume. L’histoire est tout de même très classique et la chute prévisible assez vite.

– Toutefois, ce livre m’a donné envie de relire Cat le Psion de Joan D.Vinge, ex-femme du précédent auteur, mais puisque leur divorce date de 1979, il y a largement prescription, d’autant que le livre lui est postérieur. La version choisie était parue chez J’ai Lu traduite à l’époque par Michel Deutsch. J’avoue avoir toujours été fascinée par la télépathie et les histoires de télépathes. Et cette histoire d’adolescent issu d’une race télépathe forcé de collaborer avec les gens qui ont quasiment détruit son peuple et qui le haïssent m’avait beaucoup plus à la première lecture. Impression confirmée à la relecture, malgré un démarrage de l’action un peu lent. Un cran au-dessous de L’Oreille interne pour la description des affres du télépathe, mais beaucoup plus rythmé en termes d’aventures.

– Enfin, intriguée par la bande-annonce de Meg, le prochain gros film de bêbêtes monstrueuses avec Jason Statham, j’ai lu le livre écrit par Steve Alten. Résultat des courses, je n’irai pas voir le film. J’ai beau être bon public, les personnages sont une collection de clichés ambulants, entre la bimbo blonde ambitieuse jusqu’au crime, l’ami richissime alcoolique et stupide, et le père et la fille américano-japonais caricaturaux à un niveau quasi raciste. N’oublions pas le personnage principal qui de spécialiste de la plongée sous-marine en grande profondeur se révèle grand connaisseur en tous les domaines. Y compris dans l’anatomie des tissus mous d’un animal préhistorique au point de pouvoir retrouver dans le noir complet l’emplacement du cœur dudit animal en situation plus que stressante. L’écriture ne sauve même pas l’histoire. Fuyez !

Les 2-en-1 surprises de Forbidden Planet

À l’occasion d’un voyage en Écosse, j’ai découvert une excellente pratique du Forbidden Planet local pour écouler ses stocks de comics et faire découvrir de nouveaux titres à ses clients. En effet, la boutique vendait ce jour-là des lots mystères pour 10 livres (alors que chacun valait au moment de sa sortie plutôt 15 livres). Cédant à la curiosité, j’en ai acheté un et me suis retrouvée avec deux romans graphiques que je ne connaissais pas. Dans deux genres particulièrement différents et constituants, chacun, une histoire complète qui peut soit donner envie d’en savoir plus et d’acheter d’autres livres dans la série, ou à défaut ne frustrera pas le lecteur avec une histoire incomplète alors qu’il n’aurait pas été assez accroché pour acheter la suite.

Sir Edward Grey Witchfinder – City of the Dead
Editions Dark Horse
Une nouvelle histoire de Mike Mignola dans l’univers de Hellboy ne pouvait que m’intéresser. D’autant
plus que ce coup-ci, Mike Mignola se contente de coécrire le scénario avec Chris Robinson. Et laisse la partie graphique à Ben Stenbeck et Michelle Madsen. Or si j’adore la mythologie et l’univers autour de Hellboy, je suis moins attirée par le trait de Mike Mignola. Ici, l’histoire change de continent (de l’Amérique à l’Europe) et de siècle (nous sommes dans l’Angleterre de la reine Victoria). Le personnage principal, Sir Edward Grey est une sorte de James Bond avant l’heure spécialisé dans le surnaturel. De façon tout à fait peu originale, il est confronté dans cette histoire à une épidémie de vampirisme frappant Londres. Celle-ci est plus proche de la série Penny Dreadful que du Dracula de Bram Stoker, mais derrière les monstres assoiffés de sang se cache une divinité ancienne sur le point de s’éveiller.
Bien construit et intrigant juste ce qu’il faut, malgré une histoire ultra-classique, cet album a bien rempli son office. Je ne me précipiterai pas pour ajouter ce titre à ma liste déjà trop longue de comics lus régulièrement, mais à l’occasion, je me relaisserais tenter.

SuperZero Volume 1
Editions Aftershock

Pour la deuxième surprise du paquet, je me suis retrouvée avec cette histoire écrite et dessinée par Amanda Conner et Jimmy Palmiotti. Et j’avoue que je suis mitigée. Rien à dire du côté des graphismes : ils ont ce qu’il faut de peps et de couleur pour cette histoire d’adolescente en mal de super-pouvoirs. L’idée de base est aussi plutôt bonne : Dru Dragowski qui lit peut-être un peu trop de BD pour son bien s’est mise en tête de devenir une superhéroïne pour sauver l’Humanité. Et elle va tester toutes les méthodes
possibles pour se doter de super-pouvoirs, quitte à mettre sa vie et celle de son entourage en péril. Pour qui connaît bien l’histoire des comics en général, le volume est truffé de clins d’oeil. Mais il a un je-ne-sais-quoi de trop peu. Les motivations de Dru sont quand même assez fumeuses, et les personnages au final ne sont pas si attachants que ça. Dans le genre, les premiers pas d’une adolescente au pays des super-héros, Ms Marvel ou Hit-Girl, deux titres très différents m’avaient plus intéressée. Pour SuperZero, je ne retenterais pas.

100 % Ms Marvel

En cette période pré-Noël, voici une série de comics à offrir aux plus jeunes qui ne connaissent des superhéros que la version ciné ou TV. Ou à s’offrir à soi-même si l’on dévore des comics depuis son plus jeune âge : Ms Marvel créée en 2014 par G. Willow Wilson et Sana Amanat au scénario, et Adrian Alphona au dessin. Depuis G.Willow Wilson est restée au scénario, mais les dessinateurs se sont succédé avec Mirka Andolfo, Takeshi Miyazawa et Francesco Gastόn pour le dernier volume publié en français. Qui est cette Ms Marvel ? Non, ce n’est pas la Carol Danvers membre des Avengers, de la NASA, du SHIELD et de l’US Air Force qui depuis 1968 a une part au moins aussi active que Tony Stark et Steve Rogers dans le monde super-héroïque américain. Et qui devrait enfin faire ses premiers pas au cinéma sous les traits de Brie Larson.
Cette Ms Marvel-là est une jeune adolescente pakistano-américaine de 16 ans, Kamala Khan, qui se retrouve dotée de pouvoirs de métamorphose après avoir été enveloppée dans une mystérieuse brume. Pour protéger son identité, elle s’inspire de l’une de ses idoles, Carol Danvers. Et la voici à devoir jongler entre apprentissage de ses pouvoirs, lutte contre les vilains et malfaiteurs de tout poil avec ou sans les Avengers, cours au lycée, et une vie de famille compliquée entre des parents traditionalistes et un grand frère en pleine redécouverte de sa foi musulmane. Cela vous semble familier ? La trame de départ n’est pas si différente que celle en son temps de Peter Parker, jeune lycéen mordu par une araignée radioactive qui va devoir devenir Spiderman, tout en suivant ses cours au lycée, gagnant sa vie en tant que photographe pour le Daily Bugle, et rassurant sa vieille tante May cardiaque. Comme Spiderman dans les années 60, Kamala Khan est à la fois héroïne et porte d’entrée du lecteur ou de la lectrice dans l’univers Marvel. Elle se débat avec des problèmes contemporains : l’adolescence, les difficultés entre l’intégration dans son pays de résidence et le pays d’origine de ses parents, comment vivre la religion de ses parents (ou non d’ailleurs) face à un sentiment anti-musulman toujours très fort aux États-Unis plus d’une décennie après le 11 septembre.
Dans le dernier tome paru, et publié aux USA en pleine campagne électorale, elle affronte les problèmes liés au vote et aux manipulations politiques, sans être aussi technique qu’une Claire Underwood pour ne pas déstabiliser son lectorat, mais également le pouvoir néfaste ou bénéfique des réseaux sociaux et d’un monde ultraconnecté en permanence. Nouvelle venue en tant que superhéroïne, elle découvre les autres personnages principaux de Marvel en même temps que son lectorat. Et son côté fangirl assumée permet de transmettre les informations essentielles sans se perdre dans les détails. Ainsi quelques cases suffisent pour dire que le richissime Tony Stark est Iron Man et un génie, mais qu’il n’aidera pas Kamala à faire ses devoirs de physique… Le tout dans une atmosphère drôle et pleine de tendresse : la transformation du burkini détesté en costume bien plus confortable pour combattre les malfrats que le spandex traditionnel ne manque pas de piquant ; les conversations entre Kamala et son abu (père) sonnent juste, entre l’amour paternel et l’incompréhension du monde moderne. De quoi à la fois attirer un lectorat plus jeune et plus féminin, tout en ne froissant pas les puristes des comics. En effet, contrairement à Jane Foster endossant le rôle de Thor, ou Riri Williams devenant la nouvelle Iron Man, cette Ms Marvel ne remplace pas Carol Danvers, elle n’a pas du tout les mêmes capacités, ni le même rôle dans l’univers Marvel. Si vous avez un jeune lecteur dans votre entourage, ou une jeune lectrice, n’hésitez pas à lui offrir l’un des six tomes de l’intégrale 100 % Miss Marvel.

100 % Miss Marvel (tome 1 à 6)
Scénario de G.Willow Wilson
Traduction de Nicole Duclos
Éditions Panini Comics.

Monstress

Débutée en 2015 chez Image la série Monstress est l’un de ces comics inclassables. L’histoire oscille entre l’aventure de fantasy et l’horreur pure entre pseudo-cannibalisme et tentacules Lovecraftiens à souhait. Le trait lui est à mi-chemin entre les anime issus du Studio Ghibli et le trait plus affirmé classique des BD américaines. Le tout se situe dans un univers où les mythologies nordiques, asiatiques et égyptiennes se croisent et s’incarne. Ce premier volume Awakening — l’éveil — nous présente un monde après la guerre entre des Humains classiques contrôlés par des sorcières Cumea et des Arcaniques, hybrides entre les Humains et les Anciens dotés de talents et dont les corps sont la source de la magie de Cumea. Dans ce monde abritant d’autres races comme les Chats, les Anciens et les Vieux Dieux, une jeune femme Maika Halfwolf est prête à tout pour comprendre ses origines. Particulièrement savoir d’où vient ce monstre qui se tapie en elle, et comment en contrôler la faim sans détruire son entourage. Ce monde est peut-être en paix, mais il n’est pas apaisé. Les traces de la guerre sont toujours là, les horreurs des batailles encore tapies au creux des cauchemars et des cœurs. Et la haine, la méfiance et la rancœur restent bien présentes d’une race à l’autre, que ce soit entre les ennemis d’hier, ou les alliés d’aujourd’hui. Pour autant, entre les failles, certains moments de tendresse et de confiance arrivent à rapprocher pour un temps les personnages au-delà de leurs différences et de leurs peurs. Les personnages, principalement des femmes à l’exception notable de Master Ren, un matou tigré roux à deux queues et à la langue bien pendue, sont tout en nuances. Un instant capable des pires atrocités, et l’autre faisant preuve d’une infinie douceur. Même celles qui n’ont qu’un rôle transitoire dans l’histoire sont étoffées au-delà d’un simple coup de crayon vite oublié. Acheté sur un coup de tête avant de prendre l’avion, Monstress m’a séduit. Et me frustre, car à l’issue de ce premier tome, je veux en savoir plus sur Maika et sur son univers. À bientôt pour une chronique du second volume ?

Monstress – Volume One Awakening
Ecrit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
Editions Image Comics