Fables

L’annonce de la fermeture de sa collection Vertigo, destinée à un lectorat adulte, par DC m’a laissée songeuse… Même si j’ai découvert les comics avec Marvel, c’est Vertigo qui m’a fait découvrir que la BD américaine ne se limitait pas à des histoires de superhéros. J’y ai dévoré avec plaisir Sandman, Hellblazer et bien d’autres titres. Parmi eux, la série Fables de Bill Willingham, achevée en 2015. De plus ce titre combine deux autres éléments que j’apprécie énormément : les contes de fées et une bonne dose de sarcasme dans les dialogues entre les personnages.
En effet, dans Fables, les personnages de contes de fées (dont Blanche-Neige et le Grand Méchant Loup) ont été chassés des Royaumes enchantés par l’Adversaire et se sont sauvés dans notre dimension. Ceux qui ne peuvent passer pour humains (Colin, le dernier survivant des 3 petits cochons, Ma Mère L’Oye, etc.) sont condamnés à vivre dans des endroits
reculés loin des hommes (comme La Ferme en Nouvelle-Angleterre). Les autres s’adaptent tant bien que mal à la vie sur notre Terre. Le Grand Méchant Loup, Bigby pour les intimes, est devenu détective privé/shérif de la communauté des Fables (rassemblant tous ces personnages magiques), Cendrillon vend des chaussures et est une espionne redoutable, Raiponce passe tous les jours chez le coiffeur pour dompter sa crinière et le Prince Charmant use de ses talents de séduction sur l’aristocratie et la bourgeoisie locale pour maintenir son train de vie.
Mais tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Entre terroristes magiques, attaques de l’Adversaire ou autres
créatures maléfiques (comme la Baba Yaga), histoire de cœur, d’espionnage ou de crime, les 150 épisodes de Fables ne laissent pas le temps de s’ennuyer. J’ai juste trouvé la fin de la série un peu moins passionnante, surement parce que Bigby y est moins présent.
En gardant d’un bout à l’autre la main sur le scénario, Bill Willingham a donné une cohérence à sa série et garantit une évolution naturelle de ses personnages. Le ton est lui à l’image de Vertigo sans concession, mais avec une bonne dose d’humour, parfois désabusé. Certaines histoires, notamment les flash-back de Blanche-Neige face aux sept nains et ceux de Frau Totenkinder sont particulièrement éprouvants, d’autres sont nettement plus légè
res comme une grande partie des histoires mettant en scène Jack ou Flycatcher.
Toute la série est disponible en albums reliés, en version originale comme je l’ai lu ou en traduction. Il existe également de nombreuses séries dérivées qui ne sont pas toutes à la hauteur de l’originale.

Fables
Scénario de Bill Willingham
Dessins de Mark Buckingham, Lan Medina, Steve Leialoha et autres
Éditions DC

The Dark Phoenix Saga

Le passage des pages à l’écran est toujours hasardeux. Si fin mai, Good Omens a montré qu’il était possible de faire une adaptation filmée fidèle et modernisée d’un classique,  en début juin la Fox s’est, semble-t-il, ratée avec X-Men : Dark Phoenix, deuxième adaptation et deuxième échec d’une saga culte des X-Men. Autant revenir aux fondamentaux et relire plutôt l’original non ? The Dark Phoenix Saga, scénarisée par Chris Claremont et dessinée par John Byrne est l’une des premières grandes sagas des X-Men, parue de janvier à octobre 1980 dans Uncanny X-Men. C’est également l’un de mes tout premiers souvenirs de bande dessinée quand je l’ai lue enfant au moment de sa parution en français. Et c’est une madeleine que j’ai relue dès que possible adulte en version originale. Avec toujours autant de bonheur et d’émotion.
De quoi s’agit-il ? Après une mission dans l’espace avec le reste de l’équipe de super-héros mutants, Jean Grey a été exposée à un vent solaire trop fort
et pour survivre a du libéré son plein potentiel télépathique et télékinésique. Sauf que la jeune femme n’a même pas 25 ans et qu’elle a bien du mal à contenir une telle puissance. Et que d’autres acteurs (comme le Hellfire Club) essaient de détourner ses pouvoirs à leurs profits, quitte à réveiller le monstre qui dort en elle !
Enfant, cette histoire m’avait présenté l’univers des X-Men, et par extension des superhéros à l’américaine, par le biais de Kitty Pride (Shadowcat), une jeune mutante capable de traverser les surfaces solides et qui se retrouve embarquée dans cette aventure bien malgré elle. J’adorais les pouvoirs des différents héros, et la façon dont venus d’horizons divers (l’Afrique, l’Europe, l’URSS, l’Amérique, etc.), ils ont reconstitué une famille autour de Jean Grey.
Le tout en passant d’une histoire d’espionnage et d’infiltration à une aventure spatiale peuplée d’extra-terrestres aux looks et pouvoirs impressionnants. De plus, à la différence des histoires de superhéros classiques, The Dark Phoenix Saga est une tragédie. Elle se termine mal donc. Si la fin de cet arc narratif a eu un impact durable — au moins durant quelques années — sur l’histoire des X-Men, elle a aussi eu un impact assez fort sur la jeune lectrice que j’étais, l’aidant complètement à sortir d’un monde de fiction ou les « gentils » gagnent toujours à la fin.
Adulte, même si le style est très daté, et
même si Chris Claremont est très bavard par rapport à un scénariste de comics moderne en rappelant notamment sans cesse les capacités de personnage, The Dark Phoenix Saga se lit toujours aussi bien. C’est après tout une version modernisée et adaptée au monde des comics d’un scénario connu depuis au moins la mythologie gréco-romaine : la chute d’un héros devenue trop puissant qui se veut à l’égal des dieux. À l’exception notable qu’il s’agit ici d’une héroïne, Jean Grey, et non de Jason ou de Bellérophon, et que c’est elle qui reprendra en main son destin dans les dernières cases. C’est elle qui décide de rester humaine au lieu de vivre comme une déesse, et d’en payer le prix.
De plus, le style particulier de John Byrne donne une ampleur flamboyante à l’action quitte à passer à une version épurée pour faire ressortir les émotions. Au fil des ans, The Dark Phoenix Saga a été réédité plusieurs fois tant en français qu’en version originale, et mis en image avec plus ou moins de succès (la version
réalisée pour X-Men : The Animated Serie est la meilleure ou la moins pire suivant votre point de vue). Ne vous privez pas de la lire ou de la relire, ou tout simplement d’en admirer l’esthétisme des pages.

The Dark Phoenix Saga
Scénario de Chris Claremont et John Byrne
Dessin de John Byrne
Éditions Marvel

Clean Room

Et si X-Files, Project Blue Book, V et autres histoires d’enlèvements par des extraterrestres n’étaient que de gentilles fables destinées à nous rassurer sur ce que veulent réellement les « aliens » ? Avec Clean Room, une série écrite pour DC Vertigo, Gail Simone au scénario et Jon Davis-Hunt puis Walter Geovani au dessin, lèvent le voile sur ces entités : démons, anges, extraterrestres ou créatures extradimensionnelles ? Celles-ci s’attachent à l’humanité depuis des millénaires, attirées par la mort et la douleur. Elles s’infiltrent parmi nous en possédant des corps, les remodèlent et s’en servent pour infliger encore plus de peine autour d’elle. Invisibles pour les humains, sauf pour les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente, elles vont trouver Astrid Mueller sur leurs routes. Sous couvert d’une organisation quasi sectaire de développement personnel, celle-ci a mis au point une façon de les combattre et de sauver une partie de l’humanité.
Quand Philip, le fiancé de Chloé Pierce se suicide après avoir suivi les enseignements d’Astrid, la journaliste enquête prête à faire tomber toute l’organisation. À moins que…
Clean Room fait partie des séries sacrifiées lors de la remise à plat de Vertigo, la collection adulte de DC Comics. Du coup, la série s’est arrêtée au bout de 18 numéros (soit trois grands formats). Heureusement, Gail Simone a eu le temps de conclure de façon satisfaisante l’histoire qu’elle voulait raconter, même s’il reste des questions annexes sans réponse.
Si vous avez aimé X-Files et La Malédiction, si pour vous l’horreur en BD ou ailleurs ne se limite pas à l’accumulation de scènes gore, n’hésitez pas à vous jeter sur Clean Room. Les différentes protagonistes sont fortes, têtues et prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Sauveuse de l’humanité, Astrid Mueller est tout sauf une sainte. De mon côté je peux même dire que les deux seules choses bonnes en elle sont sa préférence pour le thé Earl Grey et sa passion pour les échecs. Les entités monstrueuses ne ressemblent à rien de connu et se révèlent pourtant effroyables. Notons quelques clins d’œil de leur part, comme la pire d’entre elle, le Chirurgien, qui adopte comme apparence humaine, un corps très proche de L’Homme à la Cigarette dans X-Files.
Attention, Clean Room est libellée comme une série « suggested for mature readers » c’est-à-dire « à réserver aux adultes ». Ou je dirais plutôt à réserver aux personnes ayant l’estomac bien accroché. L’avertissement est largement justifié. Certaines images vous hanteront longtemps, comme le Ponyman pour moi. Et la thématique sous-jacente a de quoi faire frémir. Malgré tout si vous commencez, vous ne pourrez plus arrêter de le lire. Et vous refermerez la dernière page avec un mélange de soulagement pour les personnages survivants et de satisfaction. Celle d’avoir lu une excellente histoire d’épouvante moderne, originale, humaine et horriblement terrifiante.


Clean Room
Scénario de Gail Simone
Dessins de Jon Davis-Hunt et Walter Geovani
Éditions DC/Vertigo

L’Étrange Vie de Nobody Owens

À l’approche de la Toussaint, d’Halloween ou du jour des Morts mexicain (faites votre choix en matière de relation traditionnelle avec l’au-delà), replongeons-nous dans une histoire pour enfant pas si sage que ça : L’Étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman. Et plus précisément, non pas dans le livre original, mais dans l’adaptation en BD qui en a été faite avec P.Craig Russell au scénario comme au dessin (même si sur cette dernière partie de nombreux autres illustrateurs comme Galen Showman, David Lafuente, Stephen Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson ont participé).
Que vous ayez lu le roman original ou que vous le découvriez totalement, cette BD parue en deux tomes est un pur délice d’horreur gothique. L’histoire est fidèle au roman et commence par la mort de toute la famille de notre héros, Nobody Owens, des mains du Jack. Nobody encore bébé est épargné parce que jeune bébé sachant à peine marcher, il s’était aventuré hors de son berceau et dans le cimetière à côté de sa maison. Là, devenu orphelin, il va être adopté et élevé par tous les fantômes du cimetière avec comme figure paternelle, Silas le vampire. Au long des différentes aventures de son enfance et de son début d’adolescence, il va rencontrer toutes sortes de créatures fantastiques, comme une préceptrice particulière faisant office de garde du corps loup-garou, un fantôme de sorcière, une petite fille trop curieuse et bien trop humaine, une momie… Il aura de
nombreuses aventures. Son voyage — bien involontaire — dans le monde des goules est d’ailleurs l’un des passages les plus spectaculaires du tome 1. Mais comme dans le livre, le Jack et sa société secrète n’auront de cesse de retrouver Nobody Owens pour achever le travail. Y réussiront-ils ? Si vous avez lu le roman, vous le savez déjà. Pour les autres, rendez-vous à la fin du tome 2.


Plus condensée que le roman, cette adaptation en BD
apporte une autre vision de l’œuvre. Le trait tout à tour très rond, extrêmement détaillé ou proche de l’aquarelle s’adapte à chaque chapitre. Subjectivement, j’ai trouvé qu’il suit presque la croissance de Nobody. Hormis dans le chapitre d’introduction où Nobody est plus objet à protéger que véritable sujet de l’histoire, le style du dessin s’approche assez du style de dessin des BD destinées à la tranche d’âge où il se situe plus ou moins. Attention, comme souvent avec Neil Gaiman, même les histoires qu’il destine aux enfants, à l’image des contes de fées avant leurs édulcorations par Disney, sont parfois sanglantes. Ici, en plus des mots, vous avez les images. Si vous destinez ces deux albums à un jeune public, tenez compte de sa sensibilité avant. Certaines pourront s’y plonger avec délice dès 9 ans, d’autres attendront un peu.

L’Étrange vie de Nobody Owens T.1 et 2.
Scénario de
P. Craig Russel adapté du roman de Neil Gaiman
Dessin de P. Craig Russel, Galen Showman, David Lafuente, Stephen B. Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson
Traduction de Jacques Colin
Éditions Delcourt

Monstress – Haven

Bien souvent quand une série commence, les premiers épisodes sont excellents puis au fil du temps, la qualité se dégrade. Dans le cas de Monstress de Marjorie Liu et Sana Takeda, ce n’est pas le cas du tout. Alors que viens de sortir le troisième TPB (trade paperback ou en bon français gros album regroupant plusieurs numéros réguliers d’une série de comics) du titre, l’intérêt reste toujours aussi soutenu, et l’histoire aussi riche.
Résumons les épisodes précédents, Si le premier volume – Awakening – nous présentais Maika Halfwolf et son univers actuel, le deuxième volume – The Blood — plus violent, levait le voile sur les origines de Maika, des arcaniques et en partie de Zinn, la créature hantant le corps de Maika.
Ce troisième volume – Haven — commence juste après le deuxième. Devant trouver un refuge face à la vindicte des Blood Queen, Maika, Kippa, Master Ren et les autres se font héberger à Pontus, ville-territoire neutre où les Chats, les humains et les Arcaniques vivent en bonne intelligence. Ville surtout où l’ancêtre lointaine de Maika responsable de la venue de Zinn dans ce monde avait son laboratoire et ses secrets. Et pendant ce temps, et les Arcaniques et l’Imperatrix se battent pour récupérer les différents morceaux du masque, et les Vieux Dieux sortent de leurs sommeils. Et du côté des chats ? Malgré son nom, Master Ren obéit à plus d’un maître et se retrouve pris entre deux ordres contradictoires qui ne mettront pas que lui en danger.
Pour contrebalancer le volume deux, ici Maika Halfwolf mais également Zinn font preuve d’un peu plus d’émotion et d’empathie. De façon logique, mais ce voyage é
motionnel apporte encore un éclairage nouveau sur l’histoire et rend le sacrifice final encore plus impressionnant. Me laissant une fois de plus l’envie folle de savoir la suite à la fin de l’ouvrage.
À noter que comme dans les albums précédents, chaque chapitre se termine par une petite présentation de l’univers de Monstress par le professeur Tam Tam, grande lettrée chez les Chats. Les présentations de ce numéro sont particulièrement réussies : intense après un passage léger, ou au contraire arrachant un sourire après un passage particulièrement sombre. Si certaines pages dénotent une certaine précipitation dans le dessin, le style de Sana Takeda est toujours aussi beau. Parmi les nouveaux personnages, Vihn Nem, l’ingénieure en chef de Pontus m’a particulièrement impressionnée. Sera-t-elle présente dans un des volumes suivants ?

Monstress – Volume Three Haven
É
crit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
É
ditions Image Comics

Notes de lectures récentes

Ayant eu des lectures très fragmentées ces derniers jours, voici quelques notes rapides sur mes dernières aventures littéraires :

– Parfois les écrivains profitent de leurs anniversaires pour faire de beaux cadeaux à leurs lecteurs. C’est le cas de John Scalzi qui le 10 mai dernier a publié sur son blog une très courte nouvelle gratuite : Regarding Your Application Status. Très drôle et corrosive, elle a également la note politique et le franc-parler qui caractérisent John Scalzi hors de ses romans (et notamment sur Twitter).

– C’est également le cas de Stephen King qui nous livre avec Laurie une nouvelle à télécharger en PDF qui ne parle pas d’horreur, mais de vieillesse, de deuil et de résilience. Et de chiens. En trente-deux pages, Stephen King pose ses personnages et nous fait entrer dans leur univers, avec beaucoup de douceur et de mélancolie. Un petit bijou !


– J’ai enfin trouvé le temps de lire le tome 2 de Monstress : The Blood, dont j’avais chroniqué le premier volume aux tout débuts de ce blog ici. L’action se déroule quelques semaines ou mois après la fin de Monstress : The Awakening. Maika Halfwolf revient sur ses terres d’origine toujours suivie par Master Ren le chat, et Kippa l’enfant-renard. Elle veut retrouver ses souvenirs et comprendre d’où vient le monstre qu’elle contient. Ses pouvoirs suscitent également bien des convoitises parmi toutes les races en présence : humains, arcaniques de tous poils ou écailles, dieux anciens. Ce tome 2 plus violent que le premier joue entre le passé et le présent pour lever un voile sur les protagonistes de l’histoire et sur l’origine de leurs fêlures. Maika y apparaît plus froide et moins aimable que dans Monstress : The Awakening, mais son attitude s’explique — sans être excusable ! – par son passé. À noter que le dessin de Sana Taneka est encore une fois sublime de précision et de richesse. Le tome 3 devrait paraître en septembre.

– J’ai profité de la collection Une Heure-Lumière de Le Bélial’ pour lire Cookie Monster de Vernor Vinge et traduit par Jean-Daniel Brèque. Peut-être est-ce en raison de ma vie professionnelle en partie truffée d’IA et de simulation ? Peut-être est parce que depuis 2004, la date à laquelle a été écrite cette histoire, l’informatique a évolué et certains usages cités dans cette novella apparaissent comme préhistoriques ? Toujours est-il que même si j’ai pris beaucoup de plaisir à lire Cookie Monster, il ne m’a pas autant bouleversée que Un Pont sur la Brume. L’histoire est tout de même très classique et la chute prévisible assez vite.

– Toutefois, ce livre m’a donné envie de relire Cat le Psion de Joan D.Vinge, ex-femme du précédent auteur, mais puisque leur divorce date de 1979, il y a largement prescription, d’autant que le livre lui est postérieur. La version choisie était parue chez J’ai Lu traduite à l’époque par Michel Deutsch. J’avoue avoir toujours été fascinée par la télépathie et les histoires de télépathes. Et cette histoire d’adolescent issu d’une race télépathe forcé de collaborer avec les gens qui ont quasiment détruit son peuple et qui le haïssent m’avait beaucoup plus à la première lecture. Impression confirmée à la relecture, malgré un démarrage de l’action un peu lent. Un cran au-dessous de L’Oreille interne pour la description des affres du télépathe, mais beaucoup plus rythmé en termes d’aventures.

– Enfin, intriguée par la bande-annonce de Meg, le prochain gros film de bêbêtes monstrueuses avec Jason Statham, j’ai lu le livre écrit par Steve Alten. Résultat des courses, je n’irai pas voir le film. J’ai beau être bon public, les personnages sont une collection de clichés ambulants, entre la bimbo blonde ambitieuse jusqu’au crime, l’ami richissime alcoolique et stupide, et le père et la fille américano-japonais caricaturaux à un niveau quasi raciste. N’oublions pas le personnage principal qui de spécialiste de la plongée sous-marine en grande profondeur se révèle grand connaisseur en tous les domaines. Y compris dans l’anatomie des tissus mous d’un animal préhistorique au point de pouvoir retrouver dans le noir complet l’emplacement du cœur dudit animal en situation plus que stressante. L’écriture ne sauve même pas l’histoire. Fuyez !

Les 2-en-1 surprises de Forbidden Planet

À l’occasion d’un voyage en Écosse, j’ai découvert une excellente pratique du Forbidden Planet local pour écouler ses stocks de comics et faire découvrir de nouveaux titres à ses clients. En effet, la boutique vendait ce jour-là des lots mystères pour 10 livres (alors que chacun valait au moment de sa sortie plutôt 15 livres). Cédant à la curiosité, j’en ai acheté un et me suis retrouvée avec deux romans graphiques que je ne connaissais pas. Dans deux genres particulièrement différents et constituants, chacun, une histoire complète qui peut soit donner envie d’en savoir plus et d’acheter d’autres livres dans la série, ou à défaut ne frustrera pas le lecteur avec une histoire incomplète alors qu’il n’aurait pas été assez accroché pour acheter la suite.

Sir Edward Grey Witchfinder – City of the Dead
Editions Dark Horse
Une nouvelle histoire de Mike Mignola dans l’univers de Hellboy ne pouvait que m’intéresser. D’autant
plus que ce coup-ci, Mike Mignola se contente de coécrire le scénario avec Chris Robinson. Et laisse la partie graphique à Ben Stenbeck et Michelle Madsen. Or si j’adore la mythologie et l’univers autour de Hellboy, je suis moins attirée par le trait de Mike Mignola. Ici, l’histoire change de continent (de l’Amérique à l’Europe) et de siècle (nous sommes dans l’Angleterre de la reine Victoria). Le personnage principal, Sir Edward Grey est une sorte de James Bond avant l’heure spécialisé dans le surnaturel. De façon tout à fait peu originale, il est confronté dans cette histoire à une épidémie de vampirisme frappant Londres. Celle-ci est plus proche de la série Penny Dreadful que du Dracula de Bram Stoker, mais derrière les monstres assoiffés de sang se cache une divinité ancienne sur le point de s’éveiller.
Bien construit et intrigant juste ce qu’il faut, malgré une histoire ultra-classique, cet album a bien rempli son office. Je ne me précipiterai pas pour ajouter ce titre à ma liste déjà trop longue de comics lus régulièrement, mais à l’occasion, je me relaisserais tenter.

SuperZero Volume 1
Editions Aftershock

Pour la deuxième surprise du paquet, je me suis retrouvée avec cette histoire écrite et dessinée par Amanda Conner et Jimmy Palmiotti. Et j’avoue que je suis mitigée. Rien à dire du côté des graphismes : ils ont ce qu’il faut de peps et de couleur pour cette histoire d’adolescente en mal de super-pouvoirs. L’idée de base est aussi plutôt bonne : Dru Dragowski qui lit peut-être un peu trop de BD pour son bien s’est mise en tête de devenir une superhéroïne pour sauver l’Humanité. Et elle va tester toutes les méthodes
possibles pour se doter de super-pouvoirs, quitte à mettre sa vie et celle de son entourage en péril. Pour qui connaît bien l’histoire des comics en général, le volume est truffé de clins d’oeil. Mais il a un je-ne-sais-quoi de trop peu. Les motivations de Dru sont quand même assez fumeuses, et les personnages au final ne sont pas si attachants que ça. Dans le genre, les premiers pas d’une adolescente au pays des super-héros, Ms Marvel ou Hit-Girl, deux titres très différents m’avaient plus intéressée. Pour SuperZero, je ne retenterais pas.

100 % Ms Marvel

En cette période pré-Noël, voici une série de comics à offrir aux plus jeunes qui ne connaissent des superhéros que la version ciné ou TV. Ou à s’offrir à soi-même si l’on dévore des comics depuis son plus jeune âge : Ms Marvel créée en 2014 par G. Willow Wilson et Sana Amanat au scénario, et Adrian Alphona au dessin. Depuis G.Willow Wilson est restée au scénario, mais les dessinateurs se sont succédé avec Mirka Andolfo, Takeshi Miyazawa et Francesco Gastόn pour le dernier volume publié en français. Qui est cette Ms Marvel ? Non, ce n’est pas la Carol Danvers membre des Avengers, de la NASA, du SHIELD et de l’US Air Force qui depuis 1968 a une part au moins aussi active que Tony Stark et Steve Rogers dans le monde super-héroïque américain. Et qui devrait enfin faire ses premiers pas au cinéma sous les traits de Brie Larson.
Cette Ms Marvel-là est une jeune adolescente pakistano-américaine de 16 ans, Kamala Khan, qui se retrouve dotée de pouvoirs de métamorphose après avoir été enveloppée dans une mystérieuse brume. Pour protéger son identité, elle s’inspire de l’une de ses idoles, Carol Danvers. Et la voici à devoir jongler entre apprentissage de ses pouvoirs, lutte contre les vilains et malfaiteurs de tout poil avec ou sans les Avengers, cours au lycée, et une vie de famille compliquée entre des parents traditionalistes et un grand frère en pleine redécouverte de sa foi musulmane. Cela vous semble familier ? La trame de départ n’est pas si différente que celle en son temps de Peter Parker, jeune lycéen mordu par une araignée radioactive qui va devoir devenir Spiderman, tout en suivant ses cours au lycée, gagnant sa vie en tant que photographe pour le Daily Bugle, et rassurant sa vieille tante May cardiaque. Comme Spiderman dans les années 60, Kamala Khan est à la fois héroïne et porte d’entrée du lecteur ou de la lectrice dans l’univers Marvel. Elle se débat avec des problèmes contemporains : l’adolescence, les difficultés entre l’intégration dans son pays de résidence et le pays d’origine de ses parents, comment vivre la religion de ses parents (ou non d’ailleurs) face à un sentiment anti-musulman toujours très fort aux États-Unis plus d’une décennie après le 11 septembre.
Dans le dernier tome paru, et publié aux USA en pleine campagne électorale, elle affronte les problèmes liés au vote et aux manipulations politiques, sans être aussi technique qu’une Claire Underwood pour ne pas déstabiliser son lectorat, mais également le pouvoir néfaste ou bénéfique des réseaux sociaux et d’un monde ultraconnecté en permanence. Nouvelle venue en tant que superhéroïne, elle découvre les autres personnages principaux de Marvel en même temps que son lectorat. Et son côté fangirl assumée permet de transmettre les informations essentielles sans se perdre dans les détails. Ainsi quelques cases suffisent pour dire que le richissime Tony Stark est Iron Man et un génie, mais qu’il n’aidera pas Kamala à faire ses devoirs de physique… Le tout dans une atmosphère drôle et pleine de tendresse : la transformation du burkini détesté en costume bien plus confortable pour combattre les malfrats que le spandex traditionnel ne manque pas de piquant ; les conversations entre Kamala et son abu (père) sonnent juste, entre l’amour paternel et l’incompréhension du monde moderne. De quoi à la fois attirer un lectorat plus jeune et plus féminin, tout en ne froissant pas les puristes des comics. En effet, contrairement à Jane Foster endossant le rôle de Thor, ou Riri Williams devenant la nouvelle Iron Man, cette Ms Marvel ne remplace pas Carol Danvers, elle n’a pas du tout les mêmes capacités, ni le même rôle dans l’univers Marvel. Si vous avez un jeune lecteur dans votre entourage, ou une jeune lectrice, n’hésitez pas à lui offrir l’un des six tomes de l’intégrale 100 % Miss Marvel.

100 % Miss Marvel (tome 1 à 6)
Scénario de G.Willow Wilson
Traduction de Nicole Duclos
Éditions Panini Comics.

Monstress

Débutée en 2015 chez Image la série Monstress est l’un de ces comics inclassables. L’histoire oscille entre l’aventure de fantasy et l’horreur pure entre pseudo-cannibalisme et tentacules Lovecraftiens à souhait. Le trait lui est à mi-chemin entre les anime issus du Studio Ghibli et le trait plus affirmé classique des BD américaines. Le tout se situe dans un univers où les mythologies nordiques, asiatiques et égyptiennes se croisent et s’incarne. Ce premier volume Awakening — l’éveil — nous présente un monde après la guerre entre des Humains classiques contrôlés par des sorcières Cumea et des Arcaniques, hybrides entre les Humains et les Anciens dotés de talents et dont les corps sont la source de la magie de Cumea. Dans ce monde abritant d’autres races comme les Chats, les Anciens et les Vieux Dieux, une jeune femme Maika Halfwolf est prête à tout pour comprendre ses origines. Particulièrement savoir d’où vient ce monstre qui se tapie en elle, et comment en contrôler la faim sans détruire son entourage. Ce monde est peut-être en paix, mais il n’est pas apaisé. Les traces de la guerre sont toujours là, les horreurs des batailles encore tapies au creux des cauchemars et des cœurs. Et la haine, la méfiance et la rancœur restent bien présentes d’une race à l’autre, que ce soit entre les ennemis d’hier, ou les alliés d’aujourd’hui. Pour autant, entre les failles, certains moments de tendresse et de confiance arrivent à rapprocher pour un temps les personnages au-delà de leurs différences et de leurs peurs. Les personnages, principalement des femmes à l’exception notable de Master Ren, un matou tigré roux à deux queues et à la langue bien pendue, sont tout en nuances. Un instant capable des pires atrocités, et l’autre faisant preuve d’une infinie douceur. Même celles qui n’ont qu’un rôle transitoire dans l’histoire sont étoffées au-delà d’un simple coup de crayon vite oublié. Acheté sur un coup de tête avant de prendre l’avion, Monstress m’a séduit. Et me frustre, car à l’issue de ce premier tome, je veux en savoir plus sur Maika et sur son univers. À bientôt pour une chronique du second volume ?

Monstress – Volume One Awakening
Ecrit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
Editions Image Comics