Mulengro

Si dans la vie courante, les Gitans ont mauvaise presse ; dans la littérature, le nomadisme et toutes les traditions et mythologies qui leur sont associés sont une source d’inspiration pour les écrivains gadje avec plus ou moins de bonheur. Pour qui aime frissonner, le conte horrifique de Charles de Lint, Mulengro, en est l’exemple parfait.
Avec des fantômes, des meurtres horribles et inexpliqués, une vengeance, des sorciers et un chat qui parle, Mulengro mélange tout ce qui fascine chez les Gitans : mode de vie différent des sédentaires, traditions, magie réelle ou supposée… Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un parfait récit à lire au coin du feu ou à se réciter à la veillée. Pour nous Européens, Mulengro a une touche d’exotisme supplémentaire. L’histoire ne se passe ni en Europe, ni aux États-Unis (terre habituelle des récits horrifiques des Pockets Terreur), mais à Ottawa et dans la campagne de l’Ontario, une zone du Canada assez peu mise en avant dans les fictions.
L’histoire commence par deux faits divers : un incendie criminel auquel la victime réagit en prenant la fuite, et la découverte d’un cadavre atrocement mutilé en ville, avec un témoin peu fiable parlant d’un homme en noir et de créatures sorties du brouillard. Peu à peu, en adoptant le point de vue d’une multitude de personnages, tant Gitans que Gadjé, Charles de Lint nous raconte une course contre la montre pour arrêter ces meurtres, et un affrontement entre deux conceptions de ce qu’est « être Gitan ». Même si, pour la beauté du récit, il oublie la partie de la population s’étant sédentarisée. De l’enquête criminelle, on passe ainsi à la réflexion sur la vie bucolique et le temps qui passe, avant de basculer dans l’aventure magique et l’horreur pure. La multitude de personnages et des sous-intrigues ne gênent en rien le récit. Au contraire, elles l’enrichissent et finissent par se ficeler quasi parfaitement à la fin. Malgré l’arrivée d’une sorcière, sorte de Deus ex machina, à la toute fin pour guider les héros.
Comme le dit lui-même Charles de Lint, Mulengro est un récit écrit par un non-Gitan sur l’une des variations de la communauté gitane. Il prévient qu’il a essayé le plus possible d’être fidèle à ce qu’il en a appris, à la différence de Paddy Briggs, son policier bourré de préjugés, mais il ne prétend pas ne pas avoir fait d’erreurs. Prenez-le comme tel, et savourez cette histoire horrifique à la fin pas si prévisible que ça au cours des longues siestes estivales.

Mulengro
de Charles de Lint
Traduction d’Arnaud Mousnier-Lompré
Éditions Presse Pocket

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