Laurent Genefort aime les civilisations interespèces comme le prouve son cycle principal d’Omale. Il aime également écrire sur la façon dont l’humanité peut s’y intégrer ou non. Dans Oppex, la violence intrinsèque et la capacité à faire la guerre des êtres humains étaient exploitées au profit des extra-terrestres en échange de babioles technologiques. Dans Le Test de Rungholt, roman qui se veut le premier de La Méthode Belloc, l’auteur imagine qu’une ville fictive d’Europe et ses alentours sert de point de rencontre entre la Mosaïque fédérant les différentes civilisations extra-terrestres et l’humanité. Petit point d’histoire : la véritable Rungholt était un port prospère dans ce qui deviendra l’Allemagne et a été submergé par les eaux en 1362 ; depuis, c’est une source de légendes sans fin un peu comme notre Ys bretonne. Dans ce livre, Rungholt est donc majoritairement coupée du reste de la Terre, mais elle accueille des portails par lesquels transitent visiteurs et objets aliens. Et comme toutes les grandes agglomérations, il y a de la criminalité et donc des forces de police, dont une équipe de médecine légale. Dans cette ville, c’est lngrid Belloc qui est à la tête de ce service. Cette femme décrite comme assez froide et plutôt solitaire a accepté de se couper de sa famille (et surtout de sa mère) pendant les vingt ans de cette expérience. Elle donne des cours à l’université tout en s’occupant des diverses autopsies, tant humaines qu’aliens. Sachant que, outre le fait qu’elle est confrontée à des biologies inconnues et différentes de celles des êtres vivants terrestres, le règlement du test ne lui donne que 96 heures à partir de la découverte des corps pour comprendre ce qu’il s’est passé. À la fin de ce délai, les autorités de la Mosaïque récupèrent les restes.
Si vous êtes friands de séries médico-policières, comme les différentes déclinaisons de CSI (ou Les Experts pour les titres français), Le Test de Rungholt vous réjouira. Certes, Ingrid Belloc est bien plus glaciale que Catherine Willows, mais ses relations avec l’inspecteur Mendoza et le coordinateur de la Mosaïque valent celles de l’équipe de Las Vegas. D’autant que le cœur de l’histoire reste bien la découverte à chaque fois d’un extra-terrestre mort et la course contre la montre pour boucler l’enquête. Le tout dans un vase clos plutôt explosif. Toute la population de Rungholt n’a pas la même attitude vis-à-vis de ces visiteurs venus d’étoiles lointaines : certains les vénèrent comme des dieux, d’autres sont racistes envers eux et une grande partie oscille entre l’indifférence et une certaine curiosité intéressée. Du côté des visiteurs, non plus, tout n’est pas uniformes : la Mosaïque est constituée d’une multitude d’espèces qui profitent de ce lieu à l’écart de leurs mondes habituels pour se livrer à de petits trafics ou régler leurs comptes.
Le Test de Rungholt est constitué comme une saison de série télévisée. Chaque meurtre occupe quelques chapitres. Le tout est relié par une intrigue sous-jacente autour des difficultés d’intégration d’Ingrid et des conséquences qu’elles ont dans ses relations avec ses supérieures. Jusqu’à une fin similaire au dernier épisode d’une série dont la saison suivante n’est pas garantie.
Personnellement j’avoue que je n’ai pas particulièrement apprécié le personnage d’Ingrid Belloc. Pour rester dans la même collection, je trouve qu’avec son Andrea Cort, Adam-Troy Castro est plus doué que Laurent Genefort pour écrire des personnages féminins peu amènes en leur donnant une certaine épaisseur. En revanche, dans ce roman, j’ai particulièrement apprécié les seconds rôles (humains ou non) et la diversité des extra-terrestres et des enquêtes qui en découlent. De quoi me faire revenir pour une seconde incursion dans Rungholt ? Certainement !
Le Test de Rungholt
La Méthode Belloc t.1
de Laurent Genefort
Éditions Albin Michel
