Il est des personnes de très bons conseils littéraires, avec lesquelles il ne faut absolument pas s’aventurer dans une librairie ou un salon littéraire, sous peine de vider son compte en banque en chargeant ses étagères. (Mal)heureusement pour moi, j’ai fait un tour sur le dernier Festival America avec certaines d’entre elles. À peine arrivée, je me retrouve face à Gabino Iglesias et, sur leurs conseils, je repars avec deux livres — dédicacés par l’auteur tout sourire et amateur de félins — dont Le Diable sur mon épaule.
Bonne pioche, le livre fut lu en moins d’une journée malgré ses plus de 300 pages bien denses. Le roman nous raconte l’histoire de Mario, vivant à Austin au Texas avec sa femme et sa fille. Quand une leucémie foudroyante se déclenche chez la petite, la vie de Mario bascule. Renvoyé de son travail pour ses trop nombreuses absences, criblé de dettes, il se retrouve tueur à gages pour les payer. Sa fille morte et sa femme partie, il accepte un tout dernier contrat en espérant reconquérir son épouse et refaire sa vie loin du Texas. Celui-ci l’emmènera des deux côtés de la frontière avec le Mexique. Et évidemment, il ne se passera pas du tout comme prévu.
Pendant la majeure partie du roman, l’auteur nous place aux côtés de Mario, et nous fait également partager ses pensées, ses rêves et ses cauchemars. Nous irons d’un personnage improbable à l’autre (avec personnellement un faible pour La Reina qui porte si bien son surnom) au cours d’aventures oscillant entre le polar le plus sombre et le pur fantastique. Âmes sensibles, attention ! Entre la grand-mère indigne et les crocodiles, vous ne manquerez pas de scènes pour soulever votre estomac ou alimenter vos cauchemars. N’allez pas croire que Mario soit un ange pour autant. Il trouve toujours de « bonnes excuses » envers sa conscience pour éliminer ou fracasser ceux qui se trouvent sur son chemin. Mais Gabino Iglesias sait nous rendre ce personnage et les autres attachants, en montrant toutes les facettes de leurs personnalités. Mais également la façon dont leur couleur de peau, leur accent ou le fait qu’ils passent avec aisance de l’anglais à l’espagnol, influe sur la perception des gens autour d’eux qui les cataloguent automatiquement comme des immigrés illégaux illettrés et un peu stupides. C’est ce racisme du quotidien, conscient ou non auquel les différents personnages sont sans cesse renvoyés, qui m’a personnellement le plus terrifié dans ce livre. De par sa réalité concrète, contrairement à La Huesuda, qui est à l’origine d’une grande partie de la violence subie et perpétrée par les personnages.
Le Diable sur mon épaule
de Gabino Iglesias
traduction de Pierre Szczeciner
Éditions Sonatine
