Parfois il y a des livres beaucoup trop proches de l’actualité mondiale et qui, pourtant, une fois refermés, vous redonnent le sourire et une bonne bouffée d’espoir. Après vous avoir sérieusement fait travailler la sangle abdominale de rire. La saison de la sorcière de Roland C. Wagner en est le parfait exemple.
Paru pour la première fois en 2003 dans le sillage de la « guerre contre la terreur » décrétée par les États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, ce livre résonne de façon assez amère quand on voit ce que sont devenus les USA en ce début 2026 et leur conception mercantile-narcissique de leur « diplomatie ».
La saison de la sorcière s’ouvre sur une scène improbable : au petit matin, un ptérodactyle (ou un ptéranodon, les témoins ne sont pas sûrs) géant arrache la tour Eiffel des rives de la Seine avant de se volatiliser en plein ciel avec elle. Par quelques actions d’éclat du même tonneau (fonte de la Tour de Londres, animations de statues géantes de Mao en pleine Cité interdite, etc.), la magie signale son existence. Et face à cette nouvelle forme de terrorisme, les Etatzunis (graphie du livre) lancent une guerre planétaire au profit du complexe militaro-industrialiste. Résultat ? Quelques mois après le rapt de la tour Eiffel, la France est occupée par les Tazus et son économie pompée largement par les envahisseurs, quitte à rationner la population locale. Pendant ce temps, les mêmes Tazus traquent les sorciers, promettant une prime de 10 000 puis de 100 000 dollars pour le moindre individu vaguement sensible à la magie capturé vivant.
Le roman va alterner entre deux points de vue. D’un côté, Fric sort tout juste de prison et retrouve les autres paumés de sa cité avant que des embrouilles nées d’une soirée de beuverie ne les emmènent dans une Enclave pavillonnaire et utopiste. De l’autre côté, la Sorcière du titre a été capturée par 4 GI. Elle a une puissance jamais vue et un caractère bien trempé, quoique profondément pacifiste. Les Tazus pourront-ils la transformer en une nouvelle arme pour lutter contre les terroristes ?
Ce roman est un savant mélange de livres d’espionnage et de polars, même s’il offre également une bonne dose d’humour, de convictions politiques fortes (principalement le pacifisme et le refus de toute autorité centralisée) et d’une fusion entre informatique et imaginaire collectif qui rappelle l’univers des Futurs mystères de Paris. Le résultat reste pourtant parfaitement clair et facile à suivre. Il se lit comme si vous regardiez un bon film ou une bonne série d’actions. Et la touche d’espoir ? Il suffit d’un bon gros morceau de rock joué par la bonne personne au bon moment pour renvoyer tous les soldats tazus (sauf un) chez eux et les convaincre de ne plus se mêler des affaires du reste du monde. Une prédiction plutôt sympathique, non ?
La saison de la sorcière
de Roland C. Wagner
Éditions J’ai Lu
