Alors que j’attends avec impatience le troisième et dernier tome de Du nouveau monde, j’ai fait une pause dans ma lecture d’imaginaire pour lire en numérique un thriller du même auteur, La Leçon du mal, publié en 2022 en France, mais sorti douze ans plus tôt au Japon. Les différentes critiques vendent ce livre comme le pendant japonais d’American Psycho (que je n’ai pas – encore – lu, et dont je n’ai pas vu l’adaptation ciné, malgré les multiples mèmes) ou comme un croisement entre le roman de Bret Easton Ellis et Battle Royale.
Sachez que Yûsuke Kishi a certainement lu les romans précités, ou a minima vu les films qui en ont été adaptés, mais que si vous cherchez exactement cet état d’esprit, vous allez être déçus. Au contraire, La Leçon du mal pourrait presque passer pour une parodie de ces deux œuvres – et d’autres similaires –, où tous les curseurs de l’horreur psychologique en milieu scolaire ont été poussés au maximum, quitte à basculer complètement dans le slasher Grand guignol à la fin.
Dans ce roman, le protagoniste, Seiji Hasumi est professeur d’anglais dans un lycée privé de la banlieue de Tokyo et sert de professeur principal à la 1re 4, qui regroupe une grande partie des élèves à problèmes du lycée. Charismatique et volontaire, il est estimé de l’équipe enseignante et adulé par ses élèves. Pourtant, quelques personnes se méfient de lui ou en ont peur. À raison ?
Si vous aviez une image idyllique de vos années lycée, ou de l’enseignement à la japonaise, oubliez tout de suite. Certes, Seiji Hasumi est le « psychopathe » qui va dévoiler au fil des pages sa vraie nature et se lancer dans un massacre de grande ampleur. Mais l’équipe d’encadrement du lycée dans son ensemble ne vaut pas tripette non plus. L’infirmière scolaire et le professeur d’arts plastiques entretiennent des liaisons « consenties » avec des élèves mineurs, l’un des professeurs d’EPS fait du chantage et du harcèlement sexuel, tandis que l’autre considère que les coups de sabre en bois et de poings font partie de l’arsenal pédagogique normal, l’un des professeurs dépressif fait chanter le proviseur, un autre est un alcoolique chronique notoire, la psychologue n’a aucune notion de secret médical et le proviseur adjoint est près à toutes les compromissions pour éviter de faire des vagues. Vous l’aurez compris, absolument rien ne va dans ce lycée. Et si vous trouvez que ce n’est pas crédible, je vous renvoie – hélas ! – x différentes affaires concernant l’enseignement en France l’an dernier (dont une ayant montré le laxisme étrange pour le moins pendant de longues années d’un ex-Premier ministre). C’est donc dans cette mare particulièrement bourbeuse que Yûsuke Kishi nous entraîne en nous y plaçant principalement du point de vue de Hasumi. Ce qui instaure dès le début un certain malaise quand, sous ses apparences de prof sympa et dynamique, celui-ci dévoile peu à peu sa vraie personnalité et ses tendances manipulatrices et criminelles.
Si, comme souvent chez Yûsuke Kishi – et dans une grande partie de la fiction japonaise – la première partie prend le temps d’installer le cadre et de nous présenter les différents intervenants de l’intrigue, bien vite les pages défilent sans qu’on s’en aperçoive. Si vous regardez beaucoup d’anime et lisez beaucoup de manga du genre « vie scolaire », beaucoup d’éléments vous seront familiers : les différents clans dans les classes, le triangle amoureux non dit entre les amis d’enfance, le voyage scolaire, la fête du lycée, etc. C’est tout à fait normal, car si, en France, La Leçon du mal est vendu comme un polar thriller ordinaire au Japon, le titre est d’abord paru en light novel à destination d’un public d’adolescents et de jeunes adultes, proches en âge de la majorité des victimes de Hasumi. Et les références, nombreuses, à d’autres œuvres violentes de la pop culture, sont parfaitement volontaires et fonctionnent comme un clin d’œil de l’auteur vis-à-vis de son public. Sa morale ? Lisez mon livre, utilisez-le si vous voulez comme défouloir ou catharsis, mais ne le prenez pas trop au sérieux.
La Leçon du mal
de Yûsuke Kishi
Traduction de Diane Durocher
Éditions Belfond
