Avis d’invitée : La mécanique du coeur

Ce blog s’ouvre parfois à des invités qui nous font partager leurs coups de coeur. Ici, Fiona, 10 ans, nous explique pourquoi lire La Mécanique du cœur de Mathias Malzieu


Jack est né le jour le plus froid du monde, en 1874 à Édimbourg et son cœur en reste gelé. Le D
r Madeleine lui installe une horloge à la place. Du coup, son cœur fait toujours : tic-tac tic-tac. Jack n’a pas le droit de se mettre en colère ou de tomber amoureux, ce qui déréglerait son horloge-cœur. Mais le jour ou il voit une petite danseuse de flamenco à l’âge de 10 ans, il en tombe instantanément amoureux ; il va donc aller à l’école pour la retrouver, mais ne la trouve pas et subit beaucoup de moqueries de la part de ses camarades, surtout par un dénommé Joe (ancien amoureux de la petite danseuse). Trois ans après, ça dégénère et Jack est obligé de partir. Il va se mettre en tête de retrouver Miss Acacia, la petite danseuse de flamenco et va découvrir de nouvelles personnes… Et en retrouver certaines.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui exprime bien les pensées de quelqu’un qui est différent (en l’occurrence Jack) et qui se lit facilement. Il y a évidemment quelques passages où l’on se perd un peu, mais dans l’ensemble, il est très bien. Il est drôle, émouvant, avec parfois une pointe de dureté. Je vous le conseille vivement.

La mécanique du coeur par Mathias Malzieu
Editions Flammarion (et J’ai lu en poche)

Eschatôn

Si mes années lycée m’ont bien appris une chose, c’est que la prière est totalement inutile pour changer le cours d’une dérivée ou parvenir à absoudre n’importe quelle équation mathématique. En revanche, les coups de gueule et les tapotages au pifomètre de claviers peuvent soit dompter les ordinateurs les plus rétifs soit les précipiter dans des abysses insondables du plantage irrécupérables. Lire Eschatôn, c’est en quelque sorte revivre ces mêmes expériences en 269 pages. Ou plutôt regarder les différents personnages de cette saga futuriste incongrue les vivre à la place du lecteur. Suite à une rupture du multivers dans un voyage interstellaire jusqu’ici sans histoire, deux espaces-temps différents sont entrés en collision et l’humanité a du se confronter à des êtres gluants, visqueux, tentaculaires et sans forme (toute ressemblance avec les Grands Anciens d’un certain HPL étant parfaitement volontaire). Des générations plus tard, la confrontation avec ces Puissances étrangères s’est déplacée sur le champ de bataille religieux. Puisque la science – pardon la sapience – est responsable de cette catastrophe stellaire, bannissons toute science (y compris le calcul autre que compter sur ses doigts ou les machines dépassant la carriole) et comptons sur la prière, et une variation de la Force échappée de Star Wars pour nous en sortir. Toute tentative pour quitter le chemin sacrée est punie de mort. Et pourtant quelques soldats croisés vont se retrouver confrontés à l’impensable. Pris entre la science, leurs propres systèmes de croyances et l’esclavage des Puissances, abandonnés dans une planète perdue au milieu de nulle part, ils devront faire leurs propres choix. Et au final, sortir l’humanité de cette nouvelle période d’obscurantisme. Si la mise en place de l’histoire est un peu lente à se mettre en place, alors que la fin est expédiée en — soyons généreuses — trois pages et un épilogue d’une page, le livre se déguste très bien. Le postulat de base est original et, une fois qu’on apprend à les connaître les personnages sont attachants, particulièrement dans mon cas, Alania et Lothe. Il y a tout de même un grand manque, j’aurais aimé avoir le point de vue d’une des Puissances échouées dans notre univers.

 

Eschatôn de Alex Nikolavitch
Editions Les Moutons électriques

Le marchand d’âmes

Lors de notre rencontre sur un salon, l’auteure m’avait prévenue : ce livre est dédalesque, tout en faux-semblant et en retournement. Elle n’a pas menti. Autant dire qu’il faut s’accrocher le long des pages pour ne pas perdre le fil. Bouclez votre ceinture, ce voyage du fond des Enfers jusqu’à une version future de notre réalité n’est pas sans détour. Mélangeant la mythologie grecque, parfois la plus obscure comme Héméra ou Ceto, et science-fiction pure et dure, Le Marchand d’âmes nous offre à la fois une aventure initiatique somme toute classique dans la littérature imaginaire, et une réflexion sur la définition même d’un être vivant et conscient. Est-on encore vivant quand on passe plus de temps dans un monde imaginaire que dans le réel, ici abandonné totalement à la toute-puissance de corporations multinationales ? À quel moment peut-on dire d’une entité artificielle qu’elle a dépassé sa programmation et est devenue pleinement consciente ? Comment différencier dans un environnement virtuel, les individus d’origines humaines de ceux générés par ce même environnement ? Sur ces interrogations classiques en SF, Chris Rigell arrive à créer une histoire attachante, alors que son personnage principal, Orion, se laisse porter par les évènements durant les deux tiers du livre. Ses questions, ou souvent son obstination à les éviter, ses peurs, ses élans émotionnels nous le rendent particulièrement humain. À noter : outre le texte, le livre est magnifiquement illustré. Il ne s’agit pas juste de décorations, mais, tout comme les choix typographiques, d’un second niveau de lecture par rapport à l’intrigue.

Le marchand d’âmes de Chris Rigell
Editions Underground

Quand sort la recluse

L’arrivée d’une nouvelle errance de Jean-Baptiste Adamsberg est toujours un moment d’angoisse. Va-t-il définitivement se perdre dans les brumes qui guident ses enquêtes ? Va-t-il nous perdre, nous les lecteurs, lassés de ses tergiversations et de sa mollesse. Et pourtant… Dès la sortie de Quand sort la recluse, sa dernière enquête, il se retrouve directement dans la pile de livres à lire. Une fois rentré, il évince tous les autres et impose son pas pour nous entraîner entre Paris, Nîmes et Lourdes sur les traces de cette mystérieuse recluse. Moins de 24 h plus tard, on ressort de cette déambulation avec le sourire aux lèvres. Notre commissaire atypique préféré est de retour, au mieux de sa forme et de sa nonchalance. Après s’être fourvoyée dans ses deux précédents romans, Vargas signe l’un de ses meilleurs livres avec celui-ci. Pour qui ne connaît pas Fred Vargas et son commissaire Adamsberg, Quand sort la recluse est une excellente introduction. L’enquête en elle-même est solide et tortueuse à souhait pour tout amateur de littérature policière, les personnages anciens comme nouveaux sont bien campés, atypiques et attachants. Adamsberg s’égare quant à lui très loin dans ses pensées, remonte le temps, mais bien entouré et avec des appuis amicaux solides il arrive au bout du compte à suivre ses bulles de pensée au bout de leurs chemins. Et à débusquer l’araignée tueuse au fond de sa tanière. Le lecteur nouveau venu prend plaisir à découvrir cette histoire, l’habitué y retrouvera les personnages qu’il connaît et apprécie. Ceux-ci évoluent, vieillissent, mais restent fidèles à eux-mêmes. Ce mélange de familiarité et de surprises fait que Quand sort la recluse est un roman qu’on ne lâche pas facilement une fois entamé.

Quand sort la recluse de Fred Vargas
Edition Flammarion