Habitué du catalogue du Bélial, Ken Liu revient sous une forme longue avec un roman Un rêve dans un rêve, qui s’annonce comme le premier tome d’une trilogie autour de Julia Z, hackeuse américaine d’origine chinoise. Et si j’apprécie particulièrement Ken Liu au format court, celui-ci était mon premier essai en tant que lectrice d’une de ses histoires au format long. Ce ne fut pas une mauvaise expérience mais l’auteur me captive plus quand il s’étale en moins de pages.
Il faut dire que non seulement ce premier tome aborde des thèmes chers à l’auteur : la créativité humaine à l’heure de l’IA, la frontière entre l’homme et la machine et les conséquences aussi bien merveilleuses que déshumanisantes et catastrophiques des progrès technologiques. Mais, en plus, à travers ses deux protagonistes – Julia et Piers -, il ne peut s’empêcher de glisser une partie de lui-même : ingénieur et bidouilleur d’un côté et juriste de l’autre. Le résultat est un bon récit de cyberpunk moderne (avec l’utilisation des réseaux sociaux, des drones, des smartphones et une multitude de détails qui étaient inexistants et impensés sous cette forme dans les années 1980 à la naissance du mouvement cyberpunk), mais finalement très classique dans sa trame. Une nuit, Elli, tisseuse de rêves vivaces (une nouvelle forme de spectacle collectif ou individuel où l’artiste crée des rêves à partager avec son public), disparaît. Son mari, Piers, avocat de profession plutôt réfractaire face à la technologie, reçoit une demande de rançon d’un certain Prince qui veut récupérer les informations qu’Elli avait sur lui. Piers va alors demander l’aide de Julia Z., pour essayer de retrouver sa femme. Évidemment tout ne sera pas aussi simple…
L’ensemble se révèle être un techno-polar de bonne tenue et plutôt bien rythmé, malgré des sauts dans le passé de certains personnages. Mais l’intrigue finalement ne révèle que peu de surprises à la lectrice un tant soi peu rodée aux polars ou au cyberpunk. Même l’épilogue final est prévisible au bas mot depuis la poursuite en bateau, Et pour les plus perspicaces depuis le prologue. Certains des outils de Julia sont juste adorables comme son Puck à tout faire, et deviennent – sans être dotés de conscience – presque des personnages à part entière. En revanche, en étant dans un format long, Ken Liu ne peut s’empêcher de prendre ses aises et de développer certaines idées, opinions, ou explications de façon assez indigeste car ne s’intégrant pas assez bien au reste de l’action et sortant temporairement la lectrice du récit comme s’il brisait le quatrième mur ou, dans le cas de Serena par exemple, en étant trop caricatural. Espérons que cette tendance s’effacera dans les prochaines aventures de Julia Z., esquissée dans le livre avec la finesse d’une dernière scène de film de slasher où le monstre bouge de nouveau, car Julia est l’un des personnages les plus attachants que l’auteur ait créé, et que ses extrapolations en matière de technologie et de changements sociétaux donnent envie de creuser un peu plus la question.
Un rêve dans un rêve
Un roman de Julia Z – livre 1
de Ken Liu
traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions Le Bélial’
