I Was A Teenage Slasher

À force de parcourir les pages de ce blog, vous avez dû vous apercevoir que j’apprécie particulièrement l’écriture de Stephen Graham Jones, et également que j’aime beaucoup le cinéma d’horreur. Et s’il rend un hommage magnifique au genre et à ses final girls avec Jade Daniels la protagoniste de My Heart Is A Chainsaw et de ses suites, le « slasher » est une figure à laquelle il ne cesse de revenir. Après avoir lu avec plaisir Night of the Mannequins, quand je suis tombée sur I Was A Teenage Slasher dans une librairie anglophone du sud de la France, je ne pouvais que le lire. Et ce fut un régal.
Dans son écriture, ce roman s’est inséré dans la construction de la trilogie d’Indian Lake, et propose une version en miroir. Tout en étant plus « léger » dans sa qualité. Pour rester dans le monde de l’horreur, My Heart Is A Chainsaw serait dans l’œuvre de l’auteur l’équivalent d’Halloween : la nuit des masques pour John Carpenter, et I Was A Teenage Slasher celui de Ghosts of Mars du même réalisateur (sachant que j’aime profondément ces deux films). Dans ce roman, le narrateur nous raconte le mois de juillet 1989 dans la petite ville de Lamesa, à l’ouest du Texas. Il avait 17 ans cet été-là, allait faire sa dernière année au lycée et se remettait difficilement de la mort de son père. Sa meilleure — et quasiment sa seule — amie l’entraîne dans une soirée chez un des fils de riche de la ville, qui se termine dans un bain de sang et qui, pour lui, est le début de sa vocation, de sa malédiction, ou de sa porte de sortie dans une existence étriquée suivant l’angle d’où l’on considère l’affaire. Sauf que… Tolly nous raconte cette histoire, ou plutôt il en écrit le récit de son point de vue à celle qui était sa meilleure amie de l’époque, douze ans plus tard. Et il le dit lui-même, il n’est pas un narrateur fiable. Il enjolive en effet certains passages, passe sous silence d’autres, fait des retours arrière fréquents dans leurs passés communs, et des commentaires éclairants sur sa situation actuelle et sur ses capacités qui se sont éveillées au cours de cet été-là.
Le type de slasher mis en scène dans ce livre est similaire à Jason Voorhe
es, c’est-à-dire des individus motivés par la vengeance ayant des capacités inhumaines (notamment celle de survivre à des traumatismes mortels pour la plupart des êtres humains ou de sortir de leur tombe). Et l’élément fantastique arrive très tôt dans l’histoire. Le rythme de celle-ci reprend d’ailleurs la forme classique d’un film de slasher des années 1980 et 1990 : après une scène plutôt ordinaire, un premier gros passage bien sanglant et riche en action avant toute une mise en place truffée d’indices de ce qui va arriver. Et un dénouement final qui va crescendo dans la violence et l’improbabilité des coïncidences — très bien expliquée de façon intradiégétique par le narrateur — avant de laisser, très légèrement, la porte ouverte à une éventuelle suite avec le retour du monstre. Si vous raffolez des films d’horreur, I Was A Teenage Slasher reste un pur délice à lire, même s’il reste dans la lignée de nombreux autres romans de l’auteur sur ce thème (qui le reconnait lui-même dans la postface). Et il propose des armes résolument non conventionnelles pour les différentes victimes. Ce qui est toujours un petit plus dans les histoires de slashers non ?

I Was A Teenage Slasher
de Stephen Graham Jones
Éditions
Titan Books.

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