L’Odyssée

Impossible d’échapper à l’actualité cinématographique de l’été 2026 : Christopher Nolan a sorti sur grand écran sa version de L’Odyssée. Ne faisant pas partie des fans du réalisateur britannique, et n’ayant pas envie de passer près de 3h en salle obscure, j’ai préféré repartir à la source et lire L’Odyssée d’Homère. Et parmi les multiples versions disponibles, j’ai choisi celle éditée en poche par GF- Flammarion pour trois raisons : 1 – c’est en poche donc elle est plus pratique pour lire à la plage et vraiment bon marché (4,20 €), 2 – je pensais que c’était une traduction plutôt récente puisqu’elle était notée comme datant de 2006 sur plusieurs sites, un lecteur m’a depuis signalé qu’elle date en fait de 1935, et 3 – c’est la seule version en français moderne co-traduite par une femme. Il existe bien une version entièrement traduite par Anne Dacier, mais celle-ci date de 1720 et elle est disponible ici si vous souhaitez la découvrir. Or, dans le petit monde littéraire anglo-saxon, la dernière traduction en date, faite par une femme à savoir Emily Wilson, semble être très différente sur la place des personnages féminins par rapport aux traductions précédentes faites par des hommes. Et bonne surprise en ouvrant le livre, L’Odyssée en elle-même est assez courte : moins de 400 pages. Le reste du livre est consacré à du paratexte bien utile pour les étudiants ou les personnes voulant aller plus loin : présentation de l’œuvre, trois articles thématiques (dont un sur la place des femmes dans le récit d’Homère et/ou dans sa constitution même), cartes pour suivre les voyages d’Ulysse et un index des noms propres pour se rafraîchir la mémoire sur qui est qui.
Et un peu plus de 3000 ans après que le retour épique d’Ulysse en son foyer d’Ithaque ait été chanté pour la première fois, le résultat est très agréablement réussi. Bon Homère (que celui-ci soit un seul aède, ou  que le récit parvenu à nous soit une compilation de textes plus ou moins attribués à une personne unique) fait fi de toutes les règles classiques de la narration en ne racontant pas une histoire de façon linéaire, en alternant les points de vues, en multipliant les récits dans les récits et les digressions sur tel autre acteur du siège de Troie, les repas, le couchage des uns et des autres (il a une fascination pour la literie). Et surtout, à chaque chant ou presque, il revient sur le fait qu’il ne faut pas oublier de nourrir et d’abreuver la personne racontant une histoire (sa version d’aède de faire passer le chapeau dans les tavernes ou palais où il déclamait ses récits probablement). Certes la partie purement merveilleuse avec les sirènes, les cyclopes, Circé et les autres ne représente pas une grande part de l’histoire, la où la façon dont Ulysse récupère son trône et celles dont Pénélope et Télémaque font mariner les prétendants ont des tailles équivalentes. Mais l’on s’attache assez vite aux personnages, dont aucun d’entre eux – pas même « Ulysse, nourrisson de Zeus » le protagoniste qui donne son nom au récit – n’est à proprement parler héroïque tel qu’on l’entend au XXIe siècle.
A l’époque d’Homère, les héros désignaient en effet les descendants des dieux ou les rois qu’ils aient une conduite parfaitement honorable ou parfaitement abjecte (Thésée et Jason par exemple…) Et finalement c’est en nous présentant à la fois les qualités et les défauts des uns et des autres, mais également les conséquences de leurs actes qu’Homère et son Odyssée reste une lecture moderne, même si l’histoire se situe dans un lointain passé. Et il y a suffisamment de rebondissements dans tous les sens pour en faire une parfaite lecture estivale.

L’Odyssée
d’Homère
Traduction de Médéric Dufour et Jeanne Raison
Préface et dossiers de Pierre Pellegrin

Éditions
GF Flammarion

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