Les derniers jours de Maple Street

La nouvelle collection d’horreur, Styx, sort avec son troisième titre, Les derniers jours de Maple Street de Sarah Langan, un récit où le surnaturel n’a pas sa place. Mais où des mécanismes très simples conduisent à un bain de sang, de bitume et de haine dans un quartier pavillonnaire en apparence tranquille.
Juillet 2027, dans une rue pavillonnaire d’une ville tranquille de Long Island : la canicule et la sécheresse provoquent l’apparition d’une doline dans le parc municipal. Quelques jours plus tard, une adolescente du quartier tombe dedans, et peu à peu toute la rue se ligue contre les Wilde, la dernière famille à y avoir emménager et qui ne correspond pas du tout aux critères bourgeois chics du quartier.
À partir d’un simple fait divers, Sarah Langan se livre à une remise à nue des banlieues pavillonnaires qui ont longtemps incarné le rêve américain : barrières blanches, pelouses impeccables, famille avec deux ou trois enfants, et relations de voisinage chaleureuse. Mais derrière les sourires de façade, chaque famille cache ses failles, ses perversions ou ses propres démons. Et ici, quand les Wilde — trop bruyants, trop pauvres, trop « ghetto », « trop bizarres » — débarquent dans la rue, les apparences s’effondrent. En particulier, celles de leur voisine directe : Rhea Schroeder, 53 ans,. Elle va mener la fronde contre les Wilde pour ne pas qu’on découvre que derrière ses apparences de mère de famille dévouée et professeure d’université se cache une femme peu sûre d’elle, malheureuse et refusant de regarder en face un passé pas si glorieux que ça.
Peu à peu, l’autrice nous dévoile les travers de chaque famille : du couple qui ne voulant pas divorcer pour une sombre histoire d’héritage a séparé en deux son pavillon à coup de marqueurs au sol, au vétéran de l’Afghanistan coincé avec ses vieux parents, en passant par l’ex-reine de beauté à l’enfance volée, le couple dépassé par ses jumeaux capricieux, etc. Qu’ils soient victimes, témoins ou meneurs, et parfois tout ça à la fois, les habitants de Maple Street ne sont ni profondément sympathiques, ni particulièrement odieux. Et pourtant, le temps d’un été, tous vont agir « dans leur bon droit » et amener à la tragédie finale. Et le pire ? Vingt ans plus tard, les événements de Maple Street ayant fait l’objet d’études, de pièce de théâtre et de moult articles de journaux, la plupart ne se remettent pas en question et font toujours porter les conséquences de cet été-là à ceux qui ont été désignés d’office coupables. Et c’est cette alternance entre d’un côté un récit au quotidien, puis presque d’heure en heure, des événements de l’été 2027 et les coupures de journaux, les interviews, les extraits de thèses écrits bien plus tard, qui fait l’originalité du livre de Sarah Langan. Et le fait que, partant d’un univers extrêmement familier, et d’un fait divers marquant — mais hélas assez banal — elle arrive à nous surprendre en détournant nos propres a priori aussi bien sur la psyché de ses personnages que sur les personnes qui ne ressortiront pas vivantes de Maple Street. Et le tout ne donne absolument pas envie de se lier au voisinage, que vous viviez dans une rue pavillonnaire tranquille, un petit village perdu, ou dans un grand immeuble.

Les Derniers jours de Maple Street
De Sarah Langan
Traduction de Janique Jouin-de Laurens
Éditions Fleuve

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