Eschatologie du vampire

Si à la fin de Humain.e.s, trop humain.e.s vous pensiez en avoir fini avec Navarre et les autres personnages de l’Altermonde et des différents royaumes, réjouissez-vous. Ceux-ci sont de retour dans le recueil Eschatologie du vampire, paru tout récemment. Regroupant dix nouvelles parues de façon éparpillées entre 2006 et 2015, ce recueil peut également se lire comme un roman de la première nouvelle, Mosquito Coast, à la dernière, Gilles au bûcher.
En effet, elles sont classées par ordre chronologique et si ce cher Navarre n’apparait pas dans toutes, les histoires se répondent de l’une à l’autre. Le ton peut être parfois primesautier comme dans Le Sceau d’Alphonse ou dans Jingle Hells, ou au contraire dur et âpre comme dans L’Ogre de ciment.
Le style varie également du western crépusculaire de Mosquito Coast à la science-fiction post-apocalyptique, en passant par le conte de fées urbain de Mémorial en prime avec une gentille sorcière. La galerie de personnages, tant les humains que les autres, qui y sont présentés ne manque pas de différentes nuances. Il n’y a guère que ce cher Gilles qui soit pleinement détestable. Il faut dire que Jeanne-A Debats n’hésite pas à les malmener et leur faire subir les pires des souffrances. En quelques mots, quelques lignes, elle vous fait comprendre l’horreur qu’ils ont subie ou réalisée, et vous laisse gérer émotionnellement votre empathie ou votre dégoût vis-à-vis d’eux. Certains des textes ne sont donc pas à mettre entre toutes les mains, tenez-en compte. En revanche, même si comme le titre l’indique, il s’agit de parler de la fin des temps, le recueil Eschatologie du vampire n’est pas si désespéré que ça… La plupart des personnages humains s’en sortent au final pas si mal, et Navarre mord encore à la fin des pages. Laissant présager une suite ? Rien n’est moins sûr… Mais sait-on jamais avec ce blondinet aussi attachant qu’irritant ? D’autant qu’avec sa longévité, il est certainement possible de revenir sur des époques encore peu abordées dans ses différentes apparitions.

Eschatologie du vampire
de Jeanne-A Debats
Éditions
ActuSF

Banlieue Est

Il est des polars qui vous prennent aux tripes par leur sujet et par l’action qui dégouline de leurs pages. Il en est d’autres qui fascinent par leur style et l’inventivité linguistique de leur auteur. Avec Banlieue Est, Jean-Baptiste Ferrero s’essaye au double exercice. Ce livre, qui m’a été recommandé par PostTenebrasLire, est le premier de la série des Thomas Fiera que je lis, mais surement pas le dernier.
Son héros, Thomas Fiera est un paumé désabusé recyclé en détective privé. Sa méthode d’enquête principale consiste à cogner sur tous les arbres de la forêt pour énerver les frelons qui s’y nichent puis à les éliminer. Ici, dans Banlieue est, il se retrouve sur les lieux de son enfance, dans une banlieue sans âme de Seine–Saint-Denis entre barres HLM crapoteuses et petits pavillons où la façade proprette dissimule la vie sordide de ses habitants. Il devra enquêter sur la mort d’un vieux copain de cour d’école. Et découvrir peu à peu l’ensemble des magouilles qui lient entre eux politiciens locaux, truands du grand banditisme et malfrats des cités, mais également les responsables religieux locaux, quelles que soit leurs obédiences. Et cela se terminera par un grand nettoyage façon écuries d’Augias.
Le Thomas Fiera en question et sa fine équipe ne font pas dans la dentelle. Le style de Jean-Baptiste Ferrero non plus. Ses personnages sont hauts en couleurs, son écriture varie entre la fulgurance argotique, le reportage au cordeau et la verve à la Balzac. Le résultat ? Un pavé de plus de 500 pages qui se dévore à toute vitesse. Et qui commence dans les rires avant de se terminer dans un flot de bile face à l’atrocité et au cynisme des gens impliqués. Je n’ai que quelques bémols à reprocher à ce texte : une fin moins cathartique qu’annoncé et de trop grosses similitudes entre ce Thomas Fiera et mon cher Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe.

Banlieue Est
de Jean-Baptiste Ferrero
Éditions Lajouanie