Deep Roots

Après avoir découvert les uchronies lovecraftienne de Ruthanna Emrys l’an dernier avec Winter Tide, j’ai passé la transition entre 2025 et 2026 avec sa suite directe Deep Roots.
Rappelons le point de départ : à la fin du
Cauchemar d’Innsmouth, la nouvelle écrite par H.P.Lovecraft en 1936, l’armée envahit la ville et déporte toute sa population dans des camps loin de la mer. Des années plus tard, lors de la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine y enfermera les citoyens d’origine japonaise en représailles de Pearl Harbour. En 1948, Aphra Marsh, l’une des dernières survivantes à terre d’Innsmouth, est forcée de collaborer avec le FBI pour enquêter sur des usages dangereux de la magie. Quelques mois après les événements de Winter Tide, Aphra Marsh – désormais « aînée sur terre » pour les Profonds – ne rêve que d’une chose : repeupler Innsmouth avec les descendants plus ou moins éloignés de son peuple. Ses recherches la mènent à New York, où elle retrouve deux cousins éloignés, mais où le plus jeune, Freddy, a disparu il y a quelques semaines dans le quartier de Red Hook avec des « amis peu fréquentables ».
Il s’agit en effet des Mi-Go, une race extérieure (apparue chez Lovecraft dans la nouvelle
Celui qui chuchotait dans les ténèbres) qui cherche de nouveaux compagnons de voyage avec qui converser quand ils s’en vont vers d’autres galaxies ou d’autres dimensions. Seul petit détail, les compagnons pour voyager doivent laisser leurs corps catatoniques derrière eux et transférer leur esprit et leur voix dans un bidon de fer… Et les Mi-Go ont une notion du consentement concernant ces voyages assez… fluctuante d’un spécimen à l’autre, et ne se gênent pas pour manipuler les esprits qui les contrarient trop.
Responsables de nombreuses disparitions dans New York, ces Mi-Go vont se retrouver confrontés à la fois à Aphra Marsh et ses alliés (et les Profonds vivants dans l’océan qui ont bien des choses à leurs reprocher) et au FBI, toujours en quête de nouvelles armes pour défendre les États-Unis contre l’URSS, mais également contre les autres espèces sentientes, qu’elles soient terrestres ou non.
Se situant principalement en milieu urbain et alors que New York et principalement ses
arrondissements de Brooklyn et du Queens sont des terres d’immigration et de discussions entre différentes cultures, Deep Roots a un ton bien différent de Winter Tide. L’action est plus dense et plus « pulp » que le précédent. Elle ne perd pas de temps en longues explications et surtout, il y a moins de personnages à découvrir. Après, personnellement, même si Celui qui chuchotait dans les ténèbres est l’une des nouvelles les plus marquantes de H.P. Lovecraft, je trouve les Mi-Go très antipathiques. Y compris dans ce livre, et j’ai donc vraiment du mal à comprendre les décisions de certains personnages, comme Neko, par exemple. Ce qui explique peut-être que je lui ait préféré le roman précédent. En revanche, même si la conclusion n’est pas tout à fait celle qu’aurait aimée Aphra Marsh, ni au contraire une catastrophe, je l’ai particulièrement apprécié. Et même si l’autrice parle de revenir un jour dans cet univers ; pour moi, elle peut laisser ses personnages à ce moment de leur vie sans frustrer son lectorat. Toutefois cette nouvelle lecture m’a convaincue de lire d’autres romans de Ruthanna Emrys, qui, eux ne s’appuieront pas sur des mythes préexistants.

Deep Roots
de Ruthanna Emrys
Éditions Tor

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