Godzilla

Aimant l’action et les gros monstres, je ne pouvais qu’adorer les films de kaïjus et notamment ceux mettant en scène le plus célèbre d’entre eux Godzilla. Alors quand les deux premiers récits, plus des novellas que des romans vu leurs longueurs, écrit par Shigeru Kayama sont devenus disponibles en français, je ne pouvais que les lire. Et en dévorer les pages.
Si vous avez vu les deux premiers films mettant en scène Godzilla,
c’est-à-dire ceux réalisés respectivement en 1954 et 1955 par Ishiro Honda puis Motoyoshi Oda, l’histoire ne vous surprendra pas. Écrit par le scénariste des films, et auteur de science-fiction intéressé par la cryptozoologie en général, ces deux textes — Godzilla et Le Retour de Godzilla — reprennent la trame des films. Si vous ne les avez pas vus, le premier s’ouvre sur le naufrage mystérieux d’un navire marchand, l’Eiko Maru frappé par un éclair venu du fond de l’océan et non du ciel. Le bateau dépêché à son secours coule lui aussi et une mystérieuse créature ravage l’ile d’Oto voisine. Mettant en scène aussi bien des gens du commun, comme un sauveteur en mer frère d’un pêcheur doublement victime de Godzilla que des hautes pontes, comme le paléontologue qui identifie la créature et sa fille, Godzilla tient d’abord de l’enquête horrifique avant de trouver comment se débarrasser du monstre. Le deuxième texte, Le Retour de Godzilla, est nettement plus court et bien plus destructeur. Ici, il n’y a pas un monstre, mais deux, et la puissance de destruction est démultipliée. La fin est également plus abrupte, et peut être moins ouverte que dans le précédent.
Malgré l’âge des textes, l’écriture est plutôt moderne.
Le premier texte, Godzilla, joue habilement sur la carte de l’horreur notamment lors de la première apparition hors de l’eau du monstre. Mais il montre également bien les tensions entre les différents personnages, tout en restant dans les sous-entendus et les ellipses du fait de la brièveté du texte. Ce qui en fait une excellente histoire que vous soyez fascinés par les monstres géants ou non. Le Retour de Godzilla est nettement plus léger concernant la personnalité des différents intervenants et à mon avis, moins intéressant que le film qui l’a inspiré.

Godzilla
de 
Shigeru Kamaya
traduction de Sarah Boivineau et Yacine Youhat

Éditions
Ynnis

Dr. Greta Helsing

Souvent l’urban fantasy soit joue la carte de la romance soit reprend les codes du polar en plongeant le ou la privé dans un monde où ses suspects sont des êtres surnaturels. Pour sa trilogie autour du Dr Greta Helsing, Vivian Shaw choisit elle l’angle médical. À l’image de son illustre ancêtre, et en ayant laissé tomber le Van de son patronyme, Greta Helsing est médecin généraliste à Londres. Ce sont ses clients qui ne correspondent pas à la norme. Entre croquemitaines allergiques et bébé goule atteint d’otites, elle doit aussi traiter des sanguinovores dépressifs de différentes espèces, des démons atteints de bronchites chroniques ou des momies aux os fragiles.
Loin d’être une simple série de cas assemblés les uns derrière les autres, la vie du Dr Helsing va se trouver mêlée à plusieurs ruptures de la réalité, et il faudra l’aide de ses amis humains ou non pour restaurer la situation.
Le premier livre, Strange Practice, nous entraîne à Londres et dans ses sous-sols à la poursuite d’un ordre religieux dévoyé ; le deuxième, Dreadful Company se passe à Paris où un clan de vampire sème la zizanie dans les catacombes ; et le troisième, Grave Importance nous entraîne à Marseille dans une maison de santé pour momies. Attention pour les lecteurs français connaissant ces deux dernières villes,
il y a quelques belles incohérences. Ainsi, même si l’autrice a visiblement visité les lieux et fait quelques recherches, j’attends toujours de voir comment faire en 45 minutes l’aller-retour entre Montmartre et le cimetière du Père-Lachaise dans le noir du sous-sol et sans grimpette ou descente excessive.
Cette précision apportée, que retenir de cette trilogie ? Qu’elle est finement drôle ! En effet, Vivian Shaw connaît ses classiques de l’horreur tant en livres (Le Vampire de Polidori, Entretien avec un Vampire d’Anne Rice, Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux et bien d’autres) qu’en films (avec les apparences de ses différents personnages). Et elle en détourne les clichés avec intelligence, tout en proposant des histoires
légères à lire sans tomber dans les travers des pages turners anglo-saxons. Seul reproche, elle vous donne envie de relire certains classiques. Pour ma part ce sera le théâtre de Goethe avec Faust. Et vous ?

Dr Greta Helsing
(Strange Practice, Dreadful Company et Grave Importance)

d
e Vivian Shaw
Éditions
Orbit

Bienvenue à Sturkeyville

Vous aimez La Quatrième dimension ou Les Contes de la Crypte ? Vous vous délectez de l’atmosphère d’horreur campagnarde qui règne dans la Castle Rock de Stephen King ou dans les différentes Scary Stories ? Alors, jetez-vous sur Bienvenue à Sturkeyville de Bob Leman. Ce recueil rassemble six des quinze nouvelles que cet auteur américain du 20e siècle a jamais écrites. Ayant toutes ont la particularité de se dérouler dans la bourgade fictive de Sturkeyville, elles ont des thématiques a priori classiques pour de l’horreur : maison hantée, vampire, malédiction familiale, voyage temporel ou mutation incontrôlée. Et pourtant, elles proposent à chaque fois une variante suffisamment originale pour accrocher le lecteur, même le plus érudit en matière de fantastique et d’horreur.
La saison du ver et Viens là où mon amour repose et rêve qui ouvre et ferme respectivement ce recueil ne dépareilleraient dans un épisode de la nouvelle saison de Creepshow, avec juste ce qu’il faut de prévisibilité pour se réjouir avec anticipation de tourner la page suivante. Si Odila et Les Créatures du lac sont nettement plus conventionnelles, elles ont su par le choix d’un narrateur à la fois extérieur et proche de l’affaire m’intriguer jusqu’au bout.
Des six nouvelles du recueil, seule Loob, pourtant la plus orientée science-fiction, m’a déçue par le côté décousu de sa narration. J’ai même peiné à la finir. En revanche La Quête de Clifford M. est une réécriture grotesque et délicieuse du mythe du vampire que je recommande à tout fan de Dracula. Attention, ici nous sommes loin du suceur de sang séducteur.
Au final, ce petit recueil très sobrement, mais très agréablement illustré est un
régal à lire confortablement installé au creux de son fauteuil préféré, ou à le relire un soir d’orage. En effet, le talent de Bob Leman est tel que dans des récits aussi courts, il arrive à concentrer plusieurs niveaux de lecture.

Bienvenue à Sturkeyville
de Bob Leman
traduction de Nathalie Serval
Éditions
Scylla

Scary stories – Histoires effrayantes à raconter dans le noir

Ayant vu Scary Stories le film, je me suis précipitée sur le livre une fois trouvé en librairie. Sauf que Scary Stories d’Alvin Schwartz n’est pas un roman, ni même un recueil de nouvelles d’horreur, comme pouvait le laisser entendre le film. C’est une compilation d’histoires effrayantes, de racontars et de légendes urbaines à se raconter entre amis la nuit autour d’un feu de bois ou lors d’une soirée pyjama.
Les visiteurs réguliers de ce blog connaissent mon amour pour les mythes, anciens ou modernes.
Ils se doutent donc déjà que j’allais me régaler avec ce livre. Alvin Schwartz était un folkloriste et un écrivain jeunesse américain spécialisé dans les contes pour enfants et adolescents à faire hurler. De peur, de surprise ou de rire, et parfois des trois à la fois. Le recueil français rassemble les trois tomes américains de Scary Stories, parus entre 1981 et 1991. Et que contient-il ? Beaucoup de légendes urbaines (Le crochet, Le bouton rouge), d’histoire de fantômes (Les invités, L’arrêt de bus) ou autres récits. Certains sont assez anciens comme La robe de satin blanc ou Merveilleuse saucisse, d’autres plus récents. À chaque fois, Alvin Schwartz les a modernisés et rendus accessibles pour un jeune public. Les histoires sont très courtes, ne dépassant pas cinq pages pour la plus longues, L’Enfant-loup. Elles sont souvent magnifiquement illustrées par des dessins en noir et blanc de Stephen Gammell. D’ailleurs certains ont été parfaitement intégrés au film comme la dame pâle dans Le Rêve. Et pour aller plus loin, dans ses notes, Alvin Schwartz explique d’où viennent les récits qu’il a choisis, les changements qu’il y a apportés ou les versions plus connues ou plus anciennes (comme la légende de Romulus et Remus pour L’Enfant-loup).
Le résultat final est un livre parfait pour enfants et adolescents voulant jouer à se faire peur. Et un bon point de départ pour qui s’intéresse aux légendes urbaines et à leurs formations. À lire bien entendu le soir, si possible seul dans une maison venteuse. Si vous l’osez…

Scary stories–Histoires effrayantes à raconter dans le noir
d’A
lvin Schwartz
Illustrations de Stephen Gammel

Traduction d
e Maxime Le Dain
Éditions
Castelmore

Annihilation

Il suffit parfois d’une bande-annonce de film pour vous entraîner à la recherche d’un livre. Et Annihilation de Jeff Vandermeer en est la preuve parfaite. Le film réalisé par Alex Garland sera disponible le 12 mars sur Netflix, mais il génère déjà beaucoup d’impatience mêlée d’inquiétude dans mon entourage ayant lu le livre. Quant à moi, les quelques images glanées sur le Web me semblaient une version féminine et peut-être un peu plus sanglante de Jurassic Park. Arrivée au bout des 208 pages du roman, je mesure à peine le poids de mon erreur.
Malgré le titre du roman, Annihilation n’est pas une histoire de destruction massive. Certes aucune des quatre protagonistes ne ressortira de l’Area-X qu’elles sont parties explorer, mais sont-elles vraiment mortes, disparues ou transformées en autre chose ? La narratrice principale elle-même semble peu fiable dans son récit. Nous dit-elle tout ce qu’elle sait et voit ? Que sait-elle sur cette expédition ? Et si l’organisme, Southern Reach, qui l’a envoyé là leur a menti de bout en bout ? À moins que ce ne soit l’Area-X elle-même et ses habitants qui la manipulent et changent complètement son récit ?
La forme même du roman est étrange : nous nous trouvons placés au beau milieu d’une expédition en cours. Exploration scientifique ? Militaire ? Mission de secours ? Aucun nom, aucune description des personnages n’est jamais donné. On sait juste que l’expédition est composée de quatre membres : la biologiste et narratrice, l’anthropologiste, la psychologue et la géomètre. On ne connaît ni leur âge ni leur apparence physique. De même pour les autres personnages cités. Volontairement, l’auteur nous laisse dans un brouillard persistant. Les descriptions des lieux, des créatures et des phénomènes rencontrés sont à la fois très évocatrices et aussi précises que du H.P.Lovecraft. Et pourtant, le lecteur se trouve happé par cette brume, et avance au fil des pages de plus en plus perdu, mais toujours fasciné par ce récit. À la façon dont certains films d’horreur font monter doucement la pression : vous savez que la fin sera inéluctable et insoutenable, mais vous regardez quand même, quitte à cacher vos yeux avec les mains. Et souvent la rencontre finale arrive comme un soulagement : « ah ce n’était que ça ! ». Ici, si la rencontre avec la créature finale ne déçoit pas par son intensité et son étrangeté, la fin n’est qu’un nouveau commencement. En effet, celle-ci répond à la plupart des questions soulevées par le récit, mais elle en laisse d’autres, plus importantes, béantes et en pose de nouvelles. Annihilation fait parti d’une trilogie est suivi par deux autres romans, Autority et Acceptance. Tous les trois ont été publiés la même année, mais ils ne sont pas bâtis sur la même structure. Après avoir lu Annihilation, je vais lire les deux autres, en espérant ne pas être déçue. En revanche, je ne sais pas si je regarderais le film : l’histoire me semble assez inadaptable.

Annihilation de Jeff Vandermeer
Éditions MacMillan