The Race

Il suffit parfois de peu de choses pour choisir un livre. Pour que j’achète The Race de Nina Allan, ce fut juste le commentaire en couverture d’Alastair Reynolds le qualifiant de « roman de science-fiction superbement étrange. » Et devinez ? Il a parfaitement raison. The Race est si déroutant et inclassable qu’à la fin du livre, le lecteur se demande exactement ce qu’il a lu. Un roman ? Ou plusieurs nouvelles ? En fait, le livre est conçu comme quatre histoires distinctes : celle de Jenna, celle de Christy, celle d’Alex et enfin celle de Maree. À travers ces personnages, The Race nous entraîne à la frontière entre deux mondes. L’un qui semble être inspiré de notre Grande-Bretagne actuelle, et un — ou deux ? – autre post-apocalyptique dans un monde où la guerre des Malouines s’est prolongée durant des années et où la campagne anglaise a été dévastée par la fracturation hydraulique.
Mettant l’accent sur les personnages et sur leurs sentiments, chaque partie du livre semble s’achever là où le lecteur espère un dénouement proche, et là où les échos d’une vie précédente se font plus fort dans la vie suivante. La clé finale du roman n’est livrée que dans les quarante dernières pages. Ou voire dans la nouvelle en annexe, Brock Island. Celle-ci est soi-disante écrite par l’un des personnages, Christy Peller, et met en scène un autre, Maree. De quoi vous perdre encore plus.
Si vous cherchez des combats contre des civilisations extraterrestres ou des pouvoirs dignes de super-héros, passez votre chemin. Si en revanche vous cherchez un roman plus intimiste à la Gabriel Garcia Marquez mâtinée d’un peu de science-fiction, The Race de Nina Allan est fait pour vous.

The Race de Nina Allan
Éditions Titan Books

The Collapsing Empire

Après un polar futuriste réussi, Lock In (paru chez L’Atalante sous le nom Les Enfermés), John Scalzi revient avec The Collapsing Empire à ses premières amours : le space opera. Situé dans un univers différent de celui de sa saga entamée avec Le Vieil homme et la guerre, ce roman est le premier d’une longue série (avec le deuxième volume The Last Emperox attendu pour l’an prochain), toute aussi pleine d’humour et de piques bien senties sur notre propre culture économico-politico-religieuse. Ici, dans un futur lointain, l’Humanité a perdu tout contact avec la Terre. Elle a construit un empire galactique en s’appuyant sur un courant spatial permettant de contourner la barrière physique de la vitesse-lumière. Sauf que ce courant est un phénomène naturel que l’Humanité ne maîtrise pas. Quand certaines de ses branches disparaissent coupant ainsi des systèmes stellaires entiers du reste de l’empire, elle ne peut rien faire pour les retrouver. À l’heure où un nouvel Emperox monte sur le trône, c’est l’ensemble du courant qui s’apprête à changer de route, laissant l’humanité à sec sur les bas-côtés spatiaux, chacun dans son système. Comment s’y préparer ? Comment éviter les profiteurs qui chercheront à s’enrichir avec cette catastrophe annoncée ? Comment gérer l’inertie naturelle des bureaucrates et autres tenants de la politique de l’autruche ? Telles sont les questions abordées par The Collapsing Empire. En revanche, les réponses viendront dans un second tome.
J’ai adoré lire The Collapsing Empire. Les personnages sont attachants, particulièrement Lady Kiva et ses manières si raffinées. L’histoire est à la fois prenante et très drôle, avec comme souvent chez John Scalzi une résonance assez forte avec l’actualité du moment. Oui, mais… Le livre s’achève là où tout commence. Et il faudra attendre la suite pour savoir de quoi il retourne exactement. Avouez que c’est particulièrement frustrant.

The Collapsing Empire
de John Scalzi

Editions Tor

Eschatôn

Si mes années lycée m’ont bien appris une chose, c’est que la prière est totalement inutile pour changer le cours d’une dérivée ou parvenir à absoudre n’importe quelle équation mathématique. En revanche, les coups de gueule et les tapotages au pifomètre de claviers peuvent soit dompter les ordinateurs les plus rétifs soit les précipiter dans des abysses insondables du plantage irrécupérables. Lire Eschatôn, c’est en quelque sorte revivre ces mêmes expériences en 269 pages. Ou plutôt regarder les différents personnages de cette saga futuriste incongrue les vivre à la place du lecteur. Suite à une rupture du multivers dans un voyage interstellaire jusqu’ici sans histoire, deux espaces-temps différents sont entrés en collision et l’humanité a du se confronter à des êtres gluants, visqueux, tentaculaires et sans forme (toute ressemblance avec les Grands Anciens d’un certain HPL étant parfaitement volontaire). Des générations plus tard, la confrontation avec ces Puissances étrangères s’est déplacée sur le champ de bataille religieux. Puisque la science – pardon la sapience – est responsable de cette catastrophe stellaire, bannissons toute science (y compris le calcul autre que compter sur ses doigts ou les machines dépassant la carriole) et comptons sur la prière, et une variation de la Force échappée de Star Wars pour nous en sortir. Toute tentative pour quitter le chemin sacrée est punie de mort. Et pourtant quelques soldats croisés vont se retrouver confrontés à l’impensable. Pris entre la science, leurs propres systèmes de croyances et l’esclavage des Puissances, abandonnés dans une planète perdue au milieu de nulle part, ils devront faire leurs propres choix. Et au final, sortir l’humanité de cette nouvelle période d’obscurantisme. Si la mise en place de l’histoire est un peu lente à se mettre en place, alors que la fin est expédiée en — soyons généreuses — trois pages et un épilogue d’une page, le livre se déguste très bien. Le postulat de base est original et, une fois qu’on apprend à les connaître les personnages sont attachants, particulièrement dans mon cas, Alania et Lothe. Il y a tout de même un grand manque, j’aurais aimé avoir le point de vue d’une des Puissances échouées dans notre univers.

 

Eschatôn de Alex Nikolavitch
Editions Les Moutons électriques

La mort des étoiles – Spin

 

Couverture Spin

Des livres de fin du monde et d’extra-terrestres, la science-fiction en a produit des milliers. Des livres où des extra-terrestres anéantissent notre civilisation également, à commencer par le classique « La Guerre des Mondes » d’H.G.Wells. Et pourtant, sur cette trame ultra-classique, Robert Charles Wilson arrive à tisser un roman unique. Le point de départ est simple. Une nuit d’octobre, les étoiles et la lune disparaissent, cachées par une membrane entourant la Terre. Cette membrane met la planète en stase, tandis qu’autour d’elle le temps continue à s’écouler : en une année terrestre, des millénaires s’écoulent à l’extérieur. Et le soleil vieillit, grossit et absorbera d’ici quelques années la planète. Coincé sous cette membrane, les trois protagonistes de l’histoire essaient de vivre au mieux en attendant la catastrophe, de la comprendre et peut être d’en tirer partie. Ce roman oscille entre résignation, espoir et nostalgie du temps qui passe. Et redonne foi en l’humanité : malgré ses défauts et son non-respect de l’environnement (qui a conduit indirectement à la formation de la membrane), elle trouvera elle-même le moyen de se tirer de ce mauvais pas. Même si la sortie finale n’est pas celle prévue par les têtes pensantes. Ce roman a été suivi de deux autres, Axis et Vortex, mais ils n’ont pas la puissance évocatrice du premier.

Spin de Robert-Charles Wilson, traduction de Gilles Goullet