L’oreille interne

Pour faire un bon roman de science-fiction, il ne faut pas forcément y inclure des vaisseaux spatiaux, des lieux exotiques et des extra-terrestres. J’en veux pour preuve L’oreille interne, court roman écrit par Robert Silverberg en 1972. L’histoire se passe entièrement à New York, voire quasi uniquement sur l’île de Manhattan. Et la seule différence avec le New York réel de 1972 est la mutation dont est affligé son protagoniste, David Selig. En effet, depuis l’enfance, celui-ci est télépathe et peut donc entendre l’esprit de son entourage. Pourtant la quarantaine venue, son talent ne lui a pas servi à devenir riche ou puissant. Tout au plus survit-il en servant de scribe aux étudiants aisés pour rédiger thèse, dissertation ou mémoire à leurs places.
Hélas avec l’âge, son talent, si utile pour savoir ce que veut l’étudiant et ce qu’attend le professeur, devient de plus en plus instable jusqu’à disparaître complètement. Comment accepter cette disparition, et à travers elle comment accepter de vieillir, tout est l’enjeu de ce roman de Silverberg.
La première fois où j’ai lu ce texte, j’étais adolescente. Même s’il ne débordait pas d’action comme les space operas que je dévorais également à l’époque, ce livre m’avait profondément touchée. Je l’ai relu bien des fois depuis en m’approchant de plus en plus de l’âge du héros. Et je suis toujours aussi profondément émue de son sort et de la chronique douce-amère de la fin de son exception. Pourtant, difficile de dire que David Selig et moi ayons beaucoup en commun. Vivant sur deux continents et à deux époques différentes, dans des peaux diamétralement opposées et pour ma part, sans la moindre trace de télépathie. Pourtant, Robert Silverberg arrive à me faire comprendre le poids de ce talent dans la vie quotidienne de son personnage, et l’obstacle qu’il représente au fait de nouer des relations amoureuses, amicales ou familiales normales. Et à me faire ressentir petit à petit toutes les déchirures liées à sa perte jusqu’au soulagement final. En 2018 comme en 1972, ce texte reste d’une actualité criante sur la façon dont nous tissons des liens avec les autres et sur le mélange de fragilité et de solidité de ceux-ci.

L’oreille interne de Robert Silverberg
Traduction de Guy Abadia
Éditions Livre de Poche

2 réflexions sur « L’oreille interne »

    1. Oh oui. Je l’ai lu (en VF) il y a quelques étés en récupérant un lot de livres de Dan Simmons, dont l’Echiquier du Mal (Carrion Confort).

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