Nos mondes i-maginés

De la maison d’édition Akata, je ne connaissais jusqu’ici que les mangas et non la collection de romans. Réparons cette erreur avec Nos Mondes i-maginés de Tetsuya Sano. Ce livre nous raconte l’histoire croisée de Somei, Yoshino et Mashiro. Les deux premiers se rencontrent au collège et se lient d’amitié grâce à un amour commun de la littérature et de l’écriture. Quand Yoshiro publie un best-seller à la fin du collège, Somei rongé par la jalousie, fait un blocage et n’arrive plus à écrire. Quand elle meurt, il s’enfonce dans la dépression et n’arrive plus qu’à envoyer des mails à l’adresse de son amie défunte. Un jour, il reçoit une réponse… Y a-t-il un signe ? Et quelle est la place de la nouvelle du lycée, Mashiro, elle aussi fan de l’œuvre de Yoshino ?
Roman relativement court, Nos Mondes i-maginés est lourd du mal-être de ses personnages. Ceux-ci sont des adolescents en décalage avec les attentes de leur entourage, mais aussi avec leurs envies et leurs sentiments. Du coup, le récit oscille du fantastique au polar ou au récit de sortie de l’enfance classique. D’autant qu’on y suit deux trames temporelles : l’une où Yoshino est morte et où Somei survit en tentant de guérir son rapport à l’écriture, et une où elle est vivante. Jusqu’au bout, le lecteur se plaçant du point de vue de Somei ne sait sur quel pied danser. Et si le jeune homme n’est pas particulièrement sympathique ni populaire, il en est bien conscient. Déjà solitaire avant de rencontrer Yoshino, la mort de cette dernière n’a fait que le renfermer un peu plus dans sa coquille. Et pourtant ce sont ses mots qui lui permettront de s’épanouir.
Proposé dans la collection « Young Novel », Nos mondes i-maginés est effectivement à destination d’un public adolescent (ou de parents d’adolescents). S’il dépeint parfaitement les sentiments d’inadéquation, de déprime ou d’incertitude de cette tranche d’âge chez leurs personnages, il a l’avantage ne de pas plaquer de leçon de morale sur le récit. Certes la fin est plus heureuse, mais elle n’est pas réellement un « happy end ». Comme dans la vie.

Nos mondes i-maginés
de Tetsuya Sano
traduction de Diane Durocher
Éditions Akata