Legends and Lattes

Comme vous pouvez le constater à la décoration de ce blog, ici le café est une boisson appréciée que ce soit avec un bon livre à portée de main ou non. Or si étrangement le café est assez présent en science-fiction, même à des années-lumière de la Terre, ce n’est que rarement le cas en fantasy. Celui-ci n’y est que rarement mentionné, à l’exception notable du cycle des princes d’Ambre où c’est une boisson exotique rapportée du monde de villégiature favori de la famille régnante. Sans parler des cafés ou troquets matinaux auxquels les auteurs préfèrent les pubs et tavernes rustiques nocturnes comme point de rencontre pour leurs personnages. Autant dire qu’un livre appelé Legends and Lattes ne pouvait que m’intriguer.
D’autant que le roman de Travis Baldree commence là où les autres livres de fantasy héroïques se terminent : la quête est achevée, le monstre est mort et les différents aventuriers se partagent le butin. Viv, une orc prend alors sa part et tourne le dos à plus de 20 années d’aventures. Elle décide de s’établir, une ville universitaire et cosmopolite traversée par une rivière. Pour sa retraite, elle va ouvrir un café, du nom de l’endroit et de la boisson qu’elle a découverts au loin parmi les gnomes. Nous la suivrons dans son projet, de la recherche d’un local à l’ouverture et à la conquête des premiers clients. Peu à peu, au fil des rencontres, elle va se créer un réseau de soutien : Cal, le charpentier hobgobelin ; Tandri, la succube artiste qui postule pour un poste de serveuse, un chat de gouttière gris fumé de la taille d’un loup ou la bande de la Madrigal, la mafia locale de la ville. Outre les aléas de la vie d’entrepreneuse, le passé et les instincts violents de Viv la rattrapent. Arrivera-t-elle à se forger une nouvelle vie et à trouver la paix ? Tel est l’enjeu de cette histoire.
Legends and Lattes ne prétend pas être une fresque épique, mais simplement dévoiler une facette méconnue de la vie dans un monde de fantasy. C’est une lecture légère, très drôle
avec ce qu’il faut d’action et des personnages bien campés, dans un univers à peine esquissé, mais que l’on devine assez riche. Sans être une critique voilée de notre société, elle propose de nombreux clins d’œil à notre monde réel et à certaines chaines multinationales de café, même si elle contient beaucoup moins de jeux de mots qu’un épisode des annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Si vous cherchez de quoi vous détendre pendant que vous sirotez votre boisson chaude favorite, ce roman plein de douceur et de sourires est l’idéal.

Legends and Lattes
de 
Travis Baldree
Éditions
Cryptid Press

Un café maison

De Keigo Higashino, je n’avais lu que Les Miracles du Bazar Namiya, mais un certain blogueur grand amateur de littérature japonaise m’avait longuement vanté ses polars. Amatrice de café, je me suis laissée tenter par le titre de celui-ci : Un café maison.
Acte 1 — Scène 1. Un homme, une femme : il lui annonce son intention de la quitter pour une autre. Elle part en voyage. Lui meurt empoisonné d’une tasse de café, seul chez eux durant son absence.
Comme dans un épisode de Columbo, le lecteur se doute de l’identité du coupable dès les premières pages. Le tout reste de savoir comment cela s’est produit, pourquoi et surtout est-ce que les policiers japonais arriveront à l’arrêter ?
De ces trois questions, c’est cette dernière qui m’a le plus inquiétée. En effet, je ne sais si ce que décrit
Keigo Higashino décrit des procédures policières est proche de la réalité, mais c’est à se demander comment les enquêtes peuvent aboutir à un quelconque résultat. Nous avons quand même un fait essentiel à l’affaire, à savoir que l’une des inspectrices a identifié la maîtresse de la victime, et son supérieur hiérarchique lui intime l’ordre de ne pas en communiquer l’information à ses collègues, chargés de la même enquête ! Tandis qu’à côté de ça, avoir un professeur d’université en consultant officieux farfouiller sur la scène de crime semble presque normal ! Certes, c’est l’un des deux personnages récurrents de Keigo Higashino pour ses romans policiers, mais tout de même, le respect des procédures semble largement oublié.
L’histoire en elle-même, toute en non-dits, est terriblement classique et suffisamment tortueuse pour que de pages en pages, de fil en aiguille, et de café en thé, le lecteur se retrouve d’un coup à la fin du roman. Je dois y reconnaître une certaine ténacité et ingéniosité dans la conception du crime. Pour un mobile qui finalement ne correspondait pas à celui
qui semblait prévisible aux premières pages. Réflexion faite, j’ai trouvé ce polar moins magique que l’incursion de Keigo Higashino dans l’imaginaire. Néanmoins, il aura fait le travail que je demande à tout bon roman policier : me captiver d’un bout à l’autre sans que j’aie envie de reposer le livre. Bien joué !

Un café maison
D
e Keigo Higashino
Traduction de Sophie Refle

Éditions
Actes Sud