Manitou

Dans la série relecture confinée, je demande la première partie de la série Manitou de Graham Masterton. Ayant acheté les trois premiers romans lors de leur parution chez Pocket Terreur, j’ai profité du week-end pour m’y replonger avec délice.
De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la série qui lança Graham Masterton dans le domaine de l’horreur avec la sortie de Manitou en 1975 (1978 en France). Chaque épisode met en scène Harry Erskine, un voyant new-yorkais de pacotille, aux prises face à un homme-médecine
amérindien du 17siècle bien décidé à éradiquer la présence de l’homme blanc sur les terres de son peuple. Si la structure reste grosso modo la même d’un titre à l’autre, les moyens mis en œuvre et l’échelle de la menace vont crescendo dans le niveau d’horreur. Attention, je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, mais je le répète : Graham Masterton ne fait pas dans l’horreur suggestive ou indicible, même si Lovecraft et son mythe des Grands Anciens servent clairement d’inspiration pour une partie de la saga de Manitou. Ses descriptions sont détaillées et viscérales. Si vous avez l’estomac sensible, ne le lisez pas aux heures de repas.
Pour un premier roman, Manitou est tout simplement une réussite. L’idée d’avoir un sorcier du passé en train de se réincarner dans un monde moderne peut sembler a priori assez clichée, mais la méthode choisie
pour ce faire est plutôt originale. De même, si l’antagoniste est un homme-médecine et que le protagoniste reçoit l’aide dans ces trois romans d’un homme-médecine du XXe siècle, Graham Masterton est britannique et pas du tout américain. Et cela se sent dans son écriture. Il peut se permettre des réflexions sur le passé de l’Amérique du Nord ou sur les relations entre les différentes ethnies qui composent les États-Unis qu’un auteur américain ne pourrait pas faire, ou n’aurait tout simplement pas l’idée de faire. Quitte à changer la fin du roman entre l’édition originale anglaise et la réédition américaine. Personnellement, même si l’affrontement entre un manitou sous Unix et un vieux démon indien m’a fait beaucoup rire, je préfère également la fin américaine nettement plus hollywoodienne.
Le deuxième roman, La Vengeance du Manitou, se lit également très bien, malgré une scène impliquant des draps de lit dont je me demande si elle était franchement nécessaire. Il reprend la même structure que le premier. Misquamacus, le sorcier venu du passé dans le premier, cherche à nouveau à se réincarner et à invoquer les pires démons de la mythologie amérindienne contre l’Amérique moderne. Il sera ici accompagné de vingt-et-un autres sorciers venus de différentes tribus, avec au passage un bel aperçu des différences dans les croyances d’une tribu à l’autre, et d’une grande variété dans les démons présentés. L’action passe de New York à la Californie et monte en puissance, mais ce livre reste une transition.
Écrit près de vingt ans après le premier, L’Ombre d
u Manitou est le récit d’une apocalypse version amérindienne. Une fois de plus Misquamacus en est le principal responsable, et une fois de plus Harry Erskine va devoir l’affronter rappelé par certains personnages du premier roman. Ici le terrain de jeu n’est plus une ville ou un état, mais l’intégralité du pays avec des villes entières qui sont englouties. Et là, vous aurez votre lot de scènes cauchemardesques : comme un amalgame de vaches avançant dans la prairie ou l’ensemble du centre-ville de Chicago s’effondrant un gratte-ciel après l’autre. Des trois livres, L’Ombre de Manitou, malgré ses longueurs, reste mon favori. Justement parce qu’on y retrouve le Misquamacus inquiétant et sardonique des débuts, un Harry Erskine plus perdu et maladroit que jamais, et la juste dose entre violence, action, gore et tout ce qui en fait un excellent récit d’horreur signé Masterton. Si je les ai lus en version de poche, Bragelonne a réédité les trois romans y compris en version numérique, donc vous pouvez en profiter facilement. C’est d’ailleurs dans la version de Bragelonne que vous trouverez les deux fins écrites pour Manitou.

Manitou
La vengeance de Manitou
L’ombre de Manitou

de 
Graham Masterton
Traduction de François Truchaud
Éditions Pocket terreur/Bragelonne

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