Les Employés

Vous connaissiez les OVNI, voici un OLNI, objet littéraire non identifié, signé Olga Ravn, une poétesse danoise qui s’essaie ici à la prose. De quoi parle Les Employés ? Du travail d’une commission d’enquête au sein du six millième vaisseau. Celui-ci a quitté la Terre pour explorer La Nouvelle-Découverte sans espoir de retour. À son bord d’étranges incidents se produisent après l’observation prolongée de certains « objets » qui ont été trouvés sur la planète. La commission va donc interroger l’ensemble de l’équipage, humains comme ressemblants, pour tenter de comprendre ce qu’il se passe et prendre une décision sur la poursuite ou non de la mission.
L’histoire elle-même des
Employés se dévoile par petites touches, plus par des impressions sensorielles, des rêves, des hallucinations et des réminiscences du passé que par un enchaînement linéaire de faits. Nous ne rencontrons jamais les membres de ladite commission, mais nous ne lisons qu’une série de dépositions numérotées très courtes. Certaines ne font que quelques lignes, la plus grande ne dépasse pas quatre pages. Peut-être certains employés témoignent-ils plusieurs fois, et peut-être que non. Certains sont clairement identifiés comme humains, d’autres comme ressemblants (des androïdes immortels similaires à ceux de la série Äkta människor – Real Humans), d’autres restent dans un entre-deux flou vis-à-vis du lecteur, de la commission et pour certains d’eux-mêmes.
En remontant dans les souvenirs et les sensations des anonymes faisant ces dépositions, Olga Ravn nous dresse le portrait d’une société oppressive et interroge l’humanité de ses employés. Son écriture fluide est également très organique. Sons, images, goûts et odeurs sont convoqués pour montrer son coin d’univers. Les objets, inspirés des installations et sculptures de
Lea Guldditte Hestelund, n’ont qu’un rôle de catalyseur pour les frictions qui vont apparaître au sein de l’équipage. Et pourtant, ils sont si graphiquement restitués que le lecteur les sent presque palpiter au bout des pages.
Ai-je aimé ce livre ? Je ne saurais le dire après une première lecture. Il m’a intrigué, touché et me donne envie de le redécouvrir. Peut-être cette fois-ci en lisant les dépositions par ordre croissant des numéros et non au fil du texte ?


Les Employés
d’Olga Ravn
traduction de Christine Berlioz et Laila Flink Thullesen
Éditions
Pocket Imaginaire

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