Le dérèglement climatique, conséquence de la surexploitation par l’Humanité de son environnement immédiat, n’est pas un thème nouveau en science-fiction, loin de là. La preuve avec Les Âmes de feu, un roman de science-fiction écrit en 1920 par la biologiste autrichienne Annie Francé-Herrar. Dans ce court récit, elle imagine un monde où la plus grande partie de l’Humanité vit dans la Culture et a délaissé la Nature environnante. Au début du récit, les derniers « cabaniers », c’est à dire les humains vivant encore en contact avec la nature et tirant leur subsistance directement de celle-ci sont rapatriés de force dans les métropoles anonymes, car désormais, les humains peuvent produire leur propre nourriture directement de l’azote de l’air. Sauf que… cela déséquilibre tout le cycle de la planète et menace à très courte échéance la survie même de l’Humanité. La planète ? Elle en a vu d’autres, et si une forme de vie meurt, une autre nait dans les flammes de sa chute.
L’idée sous-tendant ce roman est excellente et Les Âmes de feu présente des images fortes : les différentes sorties en arachnion, la rencontre avec les « âmes de feu » du titre, l’échappée finale… Mais il souffre paradoxalement d’un manque d’âme. Annie Francé-Herrar a écrit une histoire à thèse, sans pour autant donner de la profondeur à ses personnages. Et l’exposition de la situation — la vie dans A15, métropole de la Culture d’où sont originaires les principaux personnages — prend finalement plus de place que la découverte des risques eux-mêmes et la résolution de la crise. Les personnages se définissent d’une ligne sans plus de profondeur : le vieux scientifique excentrique seul contre tous, les amoureux qui rêvent d’une autre vie, la jeune princesse ingénue incapable de réfléchir sans qu’un homme lui dise quoi faire, le jeune scientifique tiraillé entre ses aspirations sociales et ses découvertes, les « cabaniers » assez proches des bons sauvages de Jean-Jacques Rousseau ou du Vendredi de Robinson Crusoé, etc. Vous l’aurez compris, le livre d’Annie Francé-Herrar est « dans son jus » et reflète certains travers de l’Europe des années 1920 : mépris de classe très prégnante, y compris du côté des « héros », idéalisation d’un retour à la terre, rôle bien moindre accordé aux femmes (un exemple de misogynie intégrée par l’autrice malgré sa propre carrière scientifique ?).
Pour autant, ce n’est pas une mauvaise lecture. Loin de là ! Le récit est également truffé de bonnes idées et de réflexions intéressantes, prémonitoires d’autres œuvres (comme Idiocracy) et de notre actualité à un siècle d’écart (même si c’est le gaz carbonique et non l’azote qui est à l’origine des bouleversements climatiques). Il aurait d’ailleurs fait un bon scénario pour un film-catastrophe.
Les Âmes de feu
d’Annie Francé-Harrar
Traduction d’Erwann Perchoc
Éditions Pocket
