Le français est à nous !

Après plus de décennies à travailler professionnellement avec les mots, il était peut-être temps que je m’intéresse aux dessous de mon outil de travail, et à ses évolutions. Parmi les titres qui m’ont été chaudement recommandés, figure Le français est à nous ! de Maria Candea et de Laélia Véron. Ce court texte qui se veut un « petit manuel d’émancipation linguistique » est sorti une première fois en 2019 et cette version chroniquée a été revue en 2021. Écrit par deux spécialistes de la linguistique et de la langue française, ce n’est ni un précis de grammaire, ni un livre d’histoire des langues et encore moins un texte militant pour la sauvegarde de la langue ou au contraire prônant plus particulièrement telle ou telle évolution. C’est tout simplement un essai s’attachant à comprendre ce qu’est le français, tel qu’on le parle et l’écrit au XXIe siècle, d’où il vient et comment il a été un instrument politique à travers les âges et les continents. Il se divise donc en trois grandes parties. La première « Qu’est-ce que la langue ? » s’intéresse à la fabrication d’une langue, et à la façon dont un consensus s’établit — ou non — sur ses règles, au rôle des dictionnaires et à l’(in)utilité de l’Académie française, ainsi qu’aux différences entre un créole, un dialecte et une langue. La deuxième « Au nom de la langue » est à mon avis la plus ardue : elle se penche sur les pouvoirs des mots et la façon dont ceux-ci ont été et sont encore instrumentalisés pour devenir des instruments de domination ou d’émancipation sociale, de genre, coloniale ou économique. La troisième « Langue et débats : promenade dans les histoires de la langue » cherche à démonter certains préjugés sur la langue française et notamment ceux concernant le fait qu’il y aurait eu un âge d’or et que depuis les usages iraient en un appauvrissement de celle-ci.
Vous l’aurez compris, Le français est à nous ! tord le cou à de nombreuses idées reçues sur la langue et sur la façon dont celle-ci évolue au quotidien. Il rappelle au passage que l’écriture inclusive ne se limite pas à l’adoption ou non d’un point médian (·) mais que celle-ci peut prendre plusieurs formes, et certains mots avaient une déclinaison féminine volontairement effacée par cette chère Académie française lors des siècles précédents avant de revenir en force. L’orthographe et sa simplification, la grammaire et ses règles truffées d’exceptions sont également passées en revue. En fin de compte, que vous soyez ou non pour l’accord de proximité, la simplification du participe passé suivant le verbe « avoir » ou l’application de la dernière réforme en date de l’orthographe (de 1990 tout de même !), ce petit essai ludique, souvent très drôle et d’abord très facile ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur vos propres façons de manier le français, à l’écrit comme à l’oral. À vous de vous en réapproprier les usages en toute connaissance de cause !

Le français est à nous !
de M
aria Candea et Laélia Véron
Éditions
La Découverte

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