Eriophora

Si le monde d’Eriophora a servi de cadre à trois nouvelles du recueil Au-delà du gouffre de Peter Watts, il est désormais au cœur de cette longue novella, ou de ce court roman suivant votre point de vue. De façon surprenante, c’est l’un des textes les plus faciles et rapides à lire de cet auteur spécialisé dans la SF la plus hard-core qui soit, alors que deux des trois nouvelles précédentes du cycle, L’Île et Géantes, sont parmi les plus perchés de ses écrits. Ici, l’Eriophora est un vaisseau-astéroïde embarqué dans un voyage au long cours à travers la galaxie pour construire des portails de déplacements instantanés entre les étoiles. À son bord se trouvent 30 000 spores, des êtres humains spécialement conçus pour servir d’ouvrier et de petites mains quand Chimp, l’intelligence artificielle du vaisseau, et ses robots se trouveront devant un problème demandant de l’intuition et non de la logique. Chaque spore n’est éveillée que quelques jours par ans avec au grand maximum une dizaine de ses semblables qui formeront sa tribu. Au fil du temps, et sans avoir rencontré jamais personne passant par les portails ou venu de la Terre, les choses déraillent. Et la viande, comprendre la cargaison humaine, commence à devenir paranoïaque. À tort ou à raison ? Et comme le dit très bien l’un des personnages : « Comment fomenter une mutinerie quand on n’est éveillé que quelques jours par siècle, quand votre petite poignée de conjurés est remaniée chaque fois qu’ils sont appelés sur le pont ? Comment conspirer contre un ennemi qui ne dort jamais, qui dispose de toutes ces ères vides pour explorer exhaustivement le moindre recoin, tomber sur le moindre indice que vous auriez pu avoir l’imprudence de laisser traîner ? Un ennemi dont le champ de vision englobe l’intégralité de votre monde, un ennemi qui peut voir par vos yeux et entendre par vos oreilles en haute définition, comme s’il était vous-même ? »
Eriophora est l’histoire de cette rébellion avec une narratrice déjà présente dans les nouvelles de Au-delà du gouffre, partagée entre l’amitié qu’elle éprouve pour l’IA, le rejet de certaines décisions et actions prises par celle-ci durant ses périodes de sommeils, et la solidarité envers les autres spores. Peu fiable aussi bien vis-à-vis des autres voyageurs que vis-à-vis du lecteur, elle n’a qu’une vision partielle de l’action et le retournement final, qui m’a rappelé celui d’Acadie de Dave Hutchinson, en est la preuve. Roman d’ambiance et de hard-SF, à la science pourtant facilement expliquée même pour les novices, Eriophora est une excellente porte d’entrée dans l’univers particulier de Peter Watts. Et une fois que vous avez lu le livre, reprenez le page par page pour chercher le message caché de l’auteur, et poursuivre l’expérience de lecture quelques millénaires plus loin. Ou vous pouvez, si vous ne l’avez déjà lu, lire la nouvelle Éclat présentant une autre facette de la narratrice gratuitement jusqu’au 18 octobre 2020 en la téléchargeant ici.

Eriophora
De Peter Watts
traduction de Gilles Goullet
Éditions Le Bélial’

3 réflexions sur « Eriophora »

  1. Bonjour,
    Merci pour ce résumé intéressant qui me donne envie de découvrir ce roman. J’ai déjà lu « Acadie » dont j’avais particulièrement apprécié l’humour 🙂

  2. Je viens de le finir et j’ai beaucoup aimé et c’est d’ailleurs le seul univers de Peter Watts qui me convienne. J’ai abandonné les deux autres.

    Par contre le message caché sur ma liseuse en noir et blanc est quasiment invisible donc je n’y ai pas encore eu accès.

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