Askabak : un modèle non-conformiste et des nouveautés

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Fondée par deux éditeurs chevronnés — Melchior Ascaride et Mérédith Debaque — suite à la débâcle des Moutons électriques, la maison d’édition Askabak s’est lancée l’an dernier. Et elle frappe fort pour la rentrée littéraire, avec des rééditions de titres annoncés comme Eschatôn d’Alex Nikolavitch (en deux formats et deux nouvelles couvertures), mais également des nouveautés. Et avant de détailler ces dernières, arrêtons-nous un instant sur le mode de fonctionnement de cette maison d’édition.
D’après leur profession de foi accessible sur le site, et largement inspirée des déboires de l
a vie professionnelle précédente des créateurs, Askabak s’engage sur trois points :

— Askabak n’est pas une structure à visée lucrative. Elle ne dépend pas d’un diffuseur, ces créatures économiques qui vampirisent la créativité et entraînent les lecteurs au pire, dans les tréfonds de l’extrême droite, au mieux vers une littérature fade et consensuelle.
— Askabak ne possède pas ou peu de stocks. À mort les frais inutiles, les tirages excessifs et le gaspillage, économique autant qu’écologique. Vive l’impression à la demande qui nous offre un double avantage. Sans frais d’impression, le concept de « commercial » est enterré : un livre existe dès qu’un seul lecteur souhaite le lire, et nous disposons d’une souplesse éditoriale sans précédent : éditions adaptées aux dyslexiques, couvertures et maquettes alternatives, et autres variances et joyeusetés graphiques dont nous raffolons tous.
— Enfin, la rentabilité n’est pas une fin, mais un moyen. Nous n’abandonnerons pas les livres qui tardent à plaire, nous n’hésiterons pas à donner à une singularité écrite la chance de se concrétiser. Les ventes serviront principalement à publier encore, et à rémunérer celles et ceux sans qui il n’y a pas de « chaîne du livre » : les artistes.

Concrètement ? Les livres sont disponibles d’abord en précommande sur la plate-forme Ulule qui permet alors de payer un tirage en imprimerie traditionnelle et d’être par la suite diffusés en librairies ou sur les salons. À la différence de feu Les Moutons électriques, quand le projet arrive sur Ulule, les différents intervenants — auteurices, artistes, maquettistes, etc. — sont déjà payés et la plate-forme sert avant tout de boutique en ligne et d’outil de promotion des titres. Pour les titres déjà parus chez Ulule, et pour certaines rééditions retravaillées de livres comme Hante Voltige et Hante Tension, il existe également la possibilité d’acheter directement sur le site.
Cette volonté de procéder différemment des maisons d’édition traditionnelles se retrouve également dans la méthode de communication, et nous arrivons ici aux nouveautés de rentrée… Là, où les autres éditeurs d’imaginaire envoient l’intégralité du livre en version papier ou numérique — parfois sans que le destinataire ne le demande, Askabak a choisi de n’envoyer que des « échantillons » en indiquant bien que les textes proposés à l’évaluation ne sont ni la version complète, ni la version définitive du produit final. De quoi donner un avant-goût, mais ne pas dévoiler toutes les surprises… Et accessoirement, c’est la raison pour laquelle ces nouveautés ne sont pas intégralement critiquées ici. Elles le seront peut-être une fois le livre en main.
Pour septembre — hors rééditions de textes, Askabak nous propose un retour dans l’univers de
La Ligue des Écrivaines extraordinaires. Le concept est simple : demander à une autrice francophone actuelle d’écrire une nouvelle mettant en scène une écrivaine du passé face à un « monstre » fantastique. Les deux premières saisons étant parues aux Moutons électriques, et reparaissant pour les autrices ayant accepté d’entrer dans l’aventure chez Askabak, la troisième saison est annoncée ce mois-ci, avec une ouverture de la précommande la semaine prochaine. Elle s’intitulera Les Temps modernes et annonce des autrices habituées de la maison (et une petite nouvelle, il me semble) en mettant en scène des écrivaines du tout début du XXe siècle face à des créatures de la même période : Isabelle Bauthian — Charlotte Perkins Gilman contre l’Homme invisible ; Sarah BuschmannGertrude Barrows Bennett contre Arthur Gordon Pym ; Nelly Chadour — Juliette Lamber contre le mystérieux Docteur Cornélius ; Mélanie Fievet — Violet Paget contre Dorian Gray et Sushina Lagouje — Hazel Heald contre Herbert West, réanimateur. Comme pour tous les recueils présentant des plumes variées, certaines histoires vous plairont plus que d’autres, mais personnellement de ce que j’ai lu, la balance entre « j’adore » et « c’est pas forcément pour moi » penche suffisamment pour que j’envisage d’acheter le recueil.
En novembre, c’est au tour de Guillaume Baychelier d’intégrer le catalogue de la maison avec
L’Atelier écarlate, un recueil de huit nouvelles fantastiques, dont deux — L’Atelier écarlate et La brèche — étaient proposées en apéritif. Artiste plasticien et universitaire, Guillaume Baychelier n’avait encore jamais publié de fiction. Son amour de l’art et du matériel se retrouve dans les deux nouvelles lues, la première portant sur un mystérieux tableau reçu dans un musée perdu de Nouvelle-Angleterre et sur le sort funeste que subira le conservateur trop curieux, la deuxième sur la transformation corporelle radicale d’une ornithologue. Et là, je ne peux présager les six autres nouvelles qui seront présentes dans le recueil, mais ces deux textes m’ont séduite. Le style est soigné, sans être trop précieux, érudit (surtout dans celle parlant de peintures) sans perdre les novices. Et le fond ? Si L’Atelier écarlate, d’inspiration très Lovecraftienne, raconte une histoire classique où un objet maudit mène à leur perte ceux qui s’en approchent trop, La Brèche, elle, est un texte étrange, beau, mélancolique et surprenant. Je suis assez curieuse d’en découvrir plus de la part de cet auteur et je serais également au rendez-vous à l’ouverture des précommandes entre la mi-octobre et novembre.

Les éditions Askabak : https://www.askabak.com/
Page Ulule pour les précommandes : https://fr.ulule.com/users/editionsaskabak/#/projects/online/

Cette publication a un commentaire

  1. iaiamuss

    Ooooh j’avais beaucoup aimé La ligue des écrivaines extraordinaires !

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