Si vous avez découvert la plume de Nicolas Martin avec son premier roman, Fragile/s — qui sort ces jours-ci en poche —, son deuxième roman Je ne suis pas venu apporter la paix va vous surprendre et ne pas vous ménager. Mais dans un genre bien différent de coup bas dans les tripes. Ici, nous ne sommes plus dans une dystopie d’anticipation, mais bien dans un récit de folk horror tout ce qu’il y a de plus viscéral et de terroir.
Dans ce nouveau roman, nous suivons principalement Marie et Pierre (dit Peyo mais aucun rapport avec de petits hommes bleus), deux jumeaux trentenaires qui retournent dans la ferme natale assister aux derniers jours du père avec le reste de la fratrie et sa future veuve. Nous les découvrons de nuit, sous une pluie battante, dans une voiture tentant tant bien que mal de grimper la montagne jusqu’à la demeure ancestrale isolée. Et nous ne quitterons plus ce coin perdu des Pyrénées où même le portable passe à grand-peine de tout le roman, hormis quelques flashbacks, jusqu’à la toute fin au cœur même de la montagne.
Le tout commence comme une tragédie familiale où absolument toutes les personnes présentes (sauf Aluna) s’entredéchirent à belles dents en se souvenant des traumatismes de leur enfance et des conséquences de ceux-ci dans leurs vies adultes. Et autant le dire tout de suite, aucun n’apparaît comme franchement sympathique à la lectrice, même Marie et Pierre (sauf encore une fois Aluna). Et peu à peu, par petites touches, par insinuations, par dissonances, le surnaturel et le fantastique font leur apparition, jusqu’à une pure boucherie et un final mêlant différents mythes folkloriques. Les personnes ayant lu Dans ma maison sous terre du même auteur, ou celles qui ont quelques notions d’occitan et de catalan, verront assez vite où Nicolas Martin veut les emmener. Avec délice même ! Que vous soyez surpris ou non par ce qu’il va arriver dans le fond de l’histoire, celle-ci se lit toute seule et les pages se tournent sans pouvoir s’arrêter. La forme du roman est très structurée. Faites notamment attention aux différents détails typographiques pour déterminer le réel du rêve. L’histoire divisée en cinq actes comme une pièce de théâtre (et chaque acte se termine d’ailleurs par un chapitre écrit comme une scène) est également originale. Et donne envie de voir cette histoire adaptée sur grand écran. En littérature comme au cinéma, l’horreur française est chiche en vrai bon récit de folk horror. Celui-ci en est un.
Je ne suis pas venu apporter la paix
de Nicolas Martin
Éditions Au Diable Vauvert
