Même si l’autrice m’a été recommandée par des lecteurs d’horreur et de thriller que j’apprécie, j’entretenais jusqu’à présent une relation compliquée avec Catriona Ward et ses romans. J’ai commencé par The Last House on Needless Street et cela fait deux ans (trois peut-être ?) qu’il attend sur ma table de nuit que je le poursuivre. De même, il y a quelques mois, lors de la soirée de lancement de Pocket New Horror, j’ai reçu Quelqu’un derrière les murs qui fut très vite lu et deux autres romans de Catriona Ward. Le premier, Mirror Bay a été entamé et… se trouve quelque part au fond d’un de mes sacs. Le deuxième, Un cri dans le désert, est ressorti de ma pile à lire tout récemment, car sa couverture rouge a attiré mon regard et qu’il avait le format idéal pour être lu en salle d’attente. Et effectivement je l’ai lu en moins de 24 h.
L’ai-je pour autant aimé ? Trois jours après l’avoir fini, je n’en sais absolument rien. Décortiquons cela ensemble.
D’un côté le résumé en quatrième de couverture est alléchant et promet une ambiance gothique mystérieuse au cœur du désert Mojave. De l’autre, non seulement l’histoire commence comme un mauvais épisode de Desperate Housewives, mais en plus absolument aucun des personnages n’est sympathique. Ni les adultes, ni les gamines de respectivement 9 et 12 ans. En revanche, il suffit de quelques pages pour comprendre que le mariage idéal de Rob dans sa jolie maison de banlieue n’est qu’une mascarade. Son mari la trompe, ils se disputent sans cesse avec de la violence physique et psychologique de part et d’autre, et elle-même ne semble pas complètement… équilibrée, dirons-nous. Quand elle sent un danger lié à sa fille aînée, Callie qui parle à des amis imaginaires et a une fascination pour les ossements, elle file se réfugier avec elle dans le ranch où elle a grandit au milieu du désert. Seule face à une pré-adolescente défiante, elle va lui raconter son passé et devoir prendre une décision quant à la survie de ses deux filles. Peut-elle se permettre de les laisser vivre toutes les deux, quitte à reproduire les erreurs du passé, ou doit-elle en sacrifier une pour que l’autre vive et que les apparences soient sauves ?
À la limite entre le surnaturel et le thriller dont les traumatismes passent d’une génération à l’autre, Un cri dans le désert se révèle suffisamment addictif pour se lire très vite, avec une dose généreuse de rebondissements et de surprises, mais… A mettre une trop grande distance entre elle, la lectrice et l’ensemble des personnages, l’autrice livre un récit froid, artificiel presque. Plus l’histoire progresse, plus les révélations sont énormes. Même si la plus grosse, à savoir les expérimentations menées dans ce ranch durant l’enfance de Rob ont été inspirées des pires délires de la CIA au milieu du XXe siècle (comme d’autres œuvres horrifiques, telles que Charlie ou The Institute de Stephen King ou la série Stranger Things). Pour autant, certaines de ces révélations, comme le passé de Pawel, tombent comme un cheveu sur la soupe.
En conclusion, j’ai trouvé qu’Un cri dans le désert est un bon thriller avec des narratrices tout sauf fiables, mais il manque un peu de chair sur ce squelette pour en faire un vrai bon roman.
Un cri dans le désert
de Catriona Ward
Traduction de Pierre Szczeciner
Éditions Pocket
