Visqueuse

Ne vous fiez pas au titre ! Visqueuse de Morgane Caussarieu n’est pas une lecture qui glisse toute seule. Au contraire, chaque page en est âpre, rugueuse et poisse peu à peu dans votre cerveau, laissant une trace bien prégnante après avoir refermé le livre.
Visqueuse parle d’une créature au corps étrange mi-femme, mi-poisson. Découverte par un homme brutal (pour ne pas dire une pure brute, dans tous les sens possibles du terme) revenu cassé de la Première Guerre mondiale, la créature est d’abord faite prisonnière dans sa cave, avant de passer de mains en mains au fil de l’histoire.
Autour de cette créature mystérieuse, Morgan
e Caussarieu va dresser une galerie de personnages cabossés par la vie et quasiment tous à la fois maltraités et maltraitants (dans des proportions différentes). À commencer par Huguette, la fille du découvreur de la créature, 11 ans au début du récit, boiteuse et qui tente de s’évader de son quotidien grâce au cinéma dans l’arrière-boutique du quincailler et ses films d’horreur. Et par Louise Simone qui a pris l’habit pour échapper à une union et non par foi, et qui s’est découvert une âme de naturaliste et de baroudeuse. Du petit village de Franche-Comté au Paris des années 1930 en passant par la côte méditerranéenne, l’autrice va nous balader dans le sillage de sa protagoniste pour que celle-ci trouve enfin deux réponses : qu’est-elle et qui est-elle ?
Je ne dévoilerais rien de plus sur l’intrigue, mais sachez que si vous êtes sensible (et que donc vous ne connaissez pas l’œuvre de la romancière), L’imaginaerum de Symphonie propose une liste assez fournie de contenue potentiellement dérangeant sous sa chronique et… qu’elle n’a ni menti, ni exagéré. Sachez également que tous les aspects glauques ou voyeuristes de ce texte ne sont pas gratuits (hormis peut-être le gorille, en hommage à Brassens ?). Ils sont là pour étayer le propos de l’autrice et nous faire comprendre qu’il y a toujours une part sombre dans ceux qui nous entourent et que leurs actions ont souvent des motifs ultérieurs plus ou moins avouables. De plus, à travers Huguette, elle nous montre également comment l’imaginaire et la culture (en l’occurrence, les vieux films d’horreur pour ce personnage) peuvent aider à appréhender sa réalité et à sortir des cases où le reste du monde veut vous enfermer. Outre les références explicites, l’autrice multiplie également les clins d’œil à la littérature (comme Damien dans le cirque) ou au cinéma (tel le nom du père d’Huguette) comme un m
inijeu de piste courant tout au long du livre. De plus, chaque chapitre se clôt par une fiche d’encyclopédie fictive illustrée avec talent par l’écrivaine (également tatoueuse sous le pseudonyme Nature Obscure à Berlin). Celles-ci font office de petites remontées respiratoires avant de replonger dans le prochain chapitre. À noter que la couverture de l’édition Poche est également de sa main et que, personnellement, je la préfère à celle du grand format. Je vous laisse juge…

Visqueuse
de
Morgane Caussarieu
Éditions
Pocket

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