2026 sonnera-t-il enfin le retour de l’horreur dans des collections littéraires dédiées ? Il semblerait bien. Après Styx, lancée fin 2025, c’est au tour de Maison Pop associée au service de streaming, Shadowz, de sortir sa collection, Obscur. Et le premier titre dans celle-ci est Strandling de James Brogden.
L’auteur britannique, dont c’est ici la première traduction en français, s’est spécialisé dans les récits de « folk horror » s’appuyant sur les créatures du terroir local. Dans ce roman, il se situe dans un petit village côtier au nord de l’Angleterre, où la mer grignote peu à peu les falaises et menace l’existence même du hameau. À la suite d’une énième tempête, une créature maléfique refait surface après avoir été enfouie durant des siècles sous les flots. Face à elle, Megan et son immense chienne Kelpy. Elle est de facto le « mouton noir » du village en butte à la détestation du grand propriétaire terrien du coin, Harry Fueller. Et, depuis que son père a sombré dans la dépression et l’alcoolisme à la mort de sa mère, elle vivote entre son travail de serveuse au pub, et les menus services rendus aux personnes âgées.
Pour les amateurs de films d’horreur, la trame de Strandling est on ne peut plus convenue : une première partie montrant les différents protagonistes de l’histoire dans leur environnement naturel et les premiers signes inquiétants venant bouger le statu quo ; une deuxième partie où tout part en vrille, le sang se met plus largement à couler et les protagonistes se retrouvent dans la panade la plus complète ; enfin le troisième acte est le combat final avec encore plus d’action, de sang et de décisions radicales. Mais c’est une trame qui a fait ses preuves à l’écran et qui fonctionne tout aussi bien à l’écrit. D’autant que l’auteur va mêler différents éléments du folklore anglais d’une façon qui semble inédite vu du continent. En résumé, les deux créatures s’affrontant ici sont d’un côté un barghest (ou Black Dog, comme évoqué dans Le chien des Baskerville de Sir Arthur Conan Doyle) et de l’autre un « neukk » (ou nixe), une créature féérique aquatique, et le tout est saupoudré de référence à la mythologie scandinave (comme cette côte est celle où les Vikings ont débarqué au Moyen-âge pour leurs raids) et aux druides. Pour autant, James Brogden écrit pour un public du XXIe siècle en parlant de préoccupations modernes, comme les retombées de la pandémie de Covid-19 ou la transidentité (dans un pays où les attaques contre les personnes transgenres — et, par extension, les femmes en général — se multiplient avec le soutien financier d’une certaine autrice célèbre) à travers le personnage de Lou. Et même si son style reste très factuel, comme celui de Stephen King d’ailleurs, il construit une histoire solide avec des personnages attachants. Et je me suis retrouvée à tourner les pages les unes après les autres jusqu’au dénouement final, très tard dans la nuit. Ou très tôt le matin, suivant votre point de vue. Ce qui est exactement ce que j’attends de ce genre de roman.
Strandling
De James Brogden
traduction de Cécile Chartres
Éditions Maison Pop
