Fil rouge 2018 : Hogfather

Et voici la dernière édition de notre fil rouge 2018 avec une thématique d’actualité — Noël et plus exactement le Père Noël. Plutôt que de m’intéresser à notre gentil ogre porteur de cadeaux habituel, je me suis penchée sur la façon dont le Disque-monde célèbre Noël. Et j’ai relu l’un de mes livres favoris, hors ceux mettant en scène la garde d’Ankh-Morpork : Hogfather de Terry Pratchett (pour ceux qui lisent en français, il est paru sous le titre Le Père porcher chez l’Atalante).
Là-bas, Noël ou plutôt Hogswatch se célèbre le 32 décembre et Hogfather dans son traineau tiré par des porcs distribue des cadeaux à tous les enfants sages du Disque-Monde. Sauf que… Les Auditeurs de la réalité ont mis sa tête à prix et c’est Teatime, l’assassin le plus fêlé de la Guilde des Assassins, qui se charge du contrat. Du coup, la Mort doit le remplacer au pied levé et apprendre sur le tas le concept de Noël. Et sa petite-fille, Susan Sto
Helit doit retrouver le Hogfather, aidée par Bilious, le tout nouveau dieu des Gueules de bois, quitte à remettre de l’ordre au passage dans la cosmogonie du Discworld et menacer quelques croquemitaines de son tisonnier.
Tout rentrera finalement dans l’ordre, sans qu’au passage Terry Pratchett ne dise ses quatre vérités sur l’esprit de Noël qui ne souffle qu’une fois par an
et l’aspect très commercial de cette fête. Il n’oublie pas de rappeler les origines païennes et sanglantes d’une fête qui n’est au fond qu’une célébration pour demander au soleil de revenir éclairer le monde au cœur de l’hiver froid et sombre. Si les adultes peuvent y lire ce double sens, et apprécier certaines digressions assez dures sur la différence entre cadeau rêvé et cadeau véritable, ou entre fantasme et réalité, les plus jeunes eux se laisseront porter par l’intrigue et les nombreuses créatures invraisemblables engendrées par la disparition de Hogfather, comme un éléphant miniature aspirateur de chaussettes solitaires ou un oiseau gobeur de bout de crayon. Si Susan Sto Helit en Mary Poppins revisitée par Tim Burton est l’une des créations les plus réussies de Terry Pratchett, j’avoue néanmoins que mes passages favoris étaient ceux où la Mort essaie de remplir son rôle de pourvoyeur de cadeau tout en tentant de comprendre l’esprit de Noël.

Hogfather
de Terry Pratchett
Editions Corgi

The Discworld: The Fifth Elephant

L’univers du Discworld de Terry Pratchett (Les Annales du Disque-monde en français) a ceci de pratique que, malgré une trame commune, tous les livres peuvent se lire un peu dans n’importe quel ordre, et qu’il y en a pour tous les goûts. Certains livres, notamment ceux avec Tiffany Archer s’adressent plus particulièrement au jeune public. Néanmoins en pratique, n’importe quel lecteur à partir de 10 ans et doté d’un bon sens de l’humour pourra y prendre beaucoup de plaisir. Et chaque relecture ajoute une petite touche d’ironie et de satire de notre monde contemporain qui n’apparaissait pas forcément à la première lecture.
The Fifth Elephant en est le parfait exemple. Classé dans les livres concernant la garde (les forces de police) d’Ankh-Morpork (la principale ville du Discworld qui concentre tous les défauts et les avantages d’une grande métropole de fantasy et moderne), The Fifth Elephant nous propose une enquête bien loin des rues pavées de la ville, dans les bois d’Überwald. Hors de son élément, Samuel Vimes va tout à la fois devoir comprendre la diplomatie d’une région sans loi où nains, loups-garous et vampires s’affrontent en coulisse pour le pouvoir suprême et résoudre un crime qui officiellement n’a pas eu lieu. Le tout comme d’habitude en découvrant non sans mal les coutumes locales et en les faisant coexister avec sa vision particulièrement citadine du monde.

Si à la première lecture ce livre est, sous couvert d’une enquête policière, une parodie à la fois des films de la Hammer et du Seigneur des Anneaux, à y lire d’un peu plus près, comme souvent avec Terry Pratchett, c’est une critique féroce sur le choc des civilisations, sur la place des femmes (tant chez les nains que chez les loups-garous ou dans la noblesse de quelques espèces que ce soit) et sur le rôle de la diplomatie au quotidien. Ajoutez-y quelques réflexions sur la survie matrimoniale et la cuisine, et vous obtiendrez un livre extrêmement drôle difficile à lâcher. Qui, j’espère, vous donnera envie d’explorer d’autres aspects du Discworld.

The Fifth Elephant de Terry Pratchett
Éditions Harper Collins

Pour le #100defislecture2018 de Dame Ambre : 39 points avec celui-ci.